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Ce 1er décembre est commémoré le 75ème anniversaire du massacre du Camp Thiaroye. 75 ans après le massacre perpétré par le pouvoir colonial sans que les responsabilités ne soient situées, nous avons fait un tour au Camp Thiaroye et au cimetière des tirailleurs pour voir ce qui reste de ces lieux de mémoire.

L’endroit est un haut lieu de mémoire. C’est là que des Tirailleurs sénégalais, revenus de la guerre après avoir combattu pour la France, ont été tués un matin de 1er décembre 1944. Le drame qui s’est produit ce jour-là aurait coûté la vie à près de 70 personnes, selon les chiffres officiels (un chiffre contesté par certains historiens). Aujourd’hui, 75 ans après, Camp Thiaroye n’est plus ce qu’il était. Cet endroit qui rappelle ce massacre dont les responsabilités n’ont jamais été situées, malgré l’insistance des descendants de ces tirailleurs, présente un autre visage. Dans cet espace, on retrouve aujourd’hui deux Collèges d’enseignement moyen (Cem), un hôpital, un lycée, des cantines pour le marché de Thiaroye. La zone militaire s’est rétrécie entre-temps.
Aujourd’hui, les militaires cohabitent avec tous les occupants de ces infrastructures. Pour que cette page sombre de l’histoire ne tombe pas dans l’oubli, les Cem qui se trouvent à l’entrée du camp ont été dénommés l’un «Les Martyrs» en hommage aux tirailleurs tombés au front et l’autre «Thiaroye 44» pour symboliser le drame qui a eu lieu à cet endroit. Réunis par petits groupes devant leur collège à la fin de leur cours, les collégiens de «Thiaroye 44» discutent de différents sujets.
Interrogés sur le drame du 1er décembre de 1944, des élèves trouvés sur les lieux ne semblent pas maîtriser le sujet. Ces élèves savent que le nom donné à leur école est lié à l’histoire de la Guerre mondiale, mais il leur est impossible d’expliquer dans les détails le drame qui s’est produit dans ces lieux. L’un d’eux a essayé quand même de donner une explication. Selon Ibrahima, élève en classe de 4ème, il y a eu une guerre et des tirailleurs sénégalais ont été tués. Il n’est pas le seul à croire à cette histoire. Un peu plus loin au terrain de sport qui se trouve également dans le camp, des jeunes filles ont tenu presque les mêmes propos. Elève au Cem «Les Martyrs», Ami parle aussi de guerre. Seulement dans ses explications, elle souligne que ce sont des tirailleurs qui réclamaient leur argent après avoir combattu pour la France. Ses copines moins loquaces sur la question estiment que leurs camarades du Collège «Thiaroye 44» sont mieux placés pour y répondre. Pour elles, le nom de ce collège renvoyant à ce drame, ils doivent être ceux qui maîtrisent mieux le sujet. Certains élèves dudit collège, interrogés à ce sujet aussi, n’en sortent pas mieux que leurs collègues du Cem «Les Martyrs». A la question de savoir pourquoi ils ignorent cette page importante de l’histoire du Sénégal et de l’Afrique, ces élèves en classe de 4ème rétorquent ne l’avoir pas vue en classe. A part le nom de «Thiaroye 44» donné au Cem, reste-t-il quelque chose dans ce camp qui renvoie à l’histoire ou qui rappelle le drame ? Pour cela, il faut faire un tour sur ce qui reste de la zone réservée aux militaires dans cet endroit. Il n’y a pas certes de mur de séparation, mais il y a des allées réservées aux civils pour aller à l’hôpital, au lycée, dans les Cem et les terrains où les élèves font leur cours d’Education physique et sportive (Eps). En traversant ces allés, on peut apercevoir ce qui reste du Camp Thiaroye, des logements, des bureaux, un monument sur lequel il est écrit «A nos morts». Il faut noter que les militaires montent la garde vers l’entrée et la sortie de cette zone.

Des affiches renvoyant au drame du Camp Thiaroye absentes du Mémorial
Pour espérer trouver un symbole de cette tragédie, il faut aller plus loin. Sortir du camp pour aller au cimetière des tirailleurs sénégalais. C’est là que chaque 1er décembre et 23 août, Journée des tirailleurs, que des militaires sénégalais et français se retrouvent pour rendre hommage à ces soldats. Sur les lieux, une stèle où il est écrit «A nos tirailleurs» est érigée. Peint en blanc, l’endroit renseigne avec des affiches collées sur les murs la participation des tirailleurs lors des deux guerres mondiales (1914-1918 et 1939-1945). C’est aussi le cas à l’intérieur du Mémorial avec des affiches de part et d’autre de cette salle. Des affiches avec des documents sur le passé colonial, les résistants, les guerres. Mais il n’y a rien sur les affiches qui fait penser ou relater le drame du 1er décembre 1944.
Interpellé sur ce fait bizarre, le conservateur des lieux soutient que cette histoire n’est pas affichée, mais racontée. Selon Mamadou Ndione, à chaque fois qu’il reçoit des visiteurs, il revient sur cette partie de notre histoire. Autre chose qui attire l’attention sur les lieux, ce sont les tombes. Tous des tirailleurs, mais aucun nom n’est inscrit sur les tombes. Tous des anonymes. Ce qui confirme la thèse de ceux qui disent que les victimes de ce massacre n’ont pas été enterrées à cet endroit. Autre fait marquant, c’est le nombre de tombes. Il y en a plus d’une centaine dans ce cimetière, alors qu’officiellement on ne parle que de 70 morts. Ce qui montre la pertinence de s’interroger sur le nombre exact des victimes de ce massacre. Le nombre de tombes représentées dans ce cimetière donne aussi raison aux historiens qui soutiennent que le chiffre avancé est en deçà du nombre réel de victimes. On ne peut pas parler de 70 morts et avoir sur le lieu supposé d’inhumation plus d’une centaine. Autant de questions en suspens qui demandent des recherches scientifiques approfondies pour y apporter des réponses.

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