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L’art peur être un levier de développement pour les régions rurales. L’exemple de l’éco-village de Ndem dans le Baol est assez illustratif. A l’occasion d’un symposium organisé au mois de septembre dernier au Musée des civilisations noires dans le sillage de l’exposition sur «L’émergence de la campagne chinoise à travers le développement», en collaboration avec la Shanghai academy of fine arts, le Dr Thierno Guèye a expliqué le succès de cette initiative qui repose essentiellement sur la foi et les expertises traditionnelles, locales et solidaires.

Après un séjour de dix ans en France, en Italie et en Suisse, Cheikh Babacar Mbow, disciple Baye Fall, retourne en 1984 dans le village de ses ancêtres à Ndem pour y créer un daara, une école coranique. Lorsqu’il s’installe dans ce village du Baol, la sècheresse y sévit. Les populations subissent l’avancée du désert et connaissent un exode des forces vives. Le village manque d’infrastructures sanitaires, d’école et d’eau potable. Seule l’agriculture saisonnière était pratiquée dans un contexte de rareté des pluies et d’appauvrissement des sols. C’est dans cet environnement que le Cheikh et son épouse Sokhna Aïssa Cissé, originaire de France, s’installent à Ndem. Quelques décennies plus tard, le village est devenu un modèle de développement «illustratif du mode de vie alternatif pour ce monde surtout occidental peu soucieux au final de l’environnement».
Dr Thierno Guèye, enseignant chercheur à la Faculté des sciences de l’éducation et de la formation (Fastef) de Dakar, s’est penché sur l’éco-village de Ndem. Le Dr Guèye a présenté le succès de cette initiative qui repose essentiellement sur la foi et les expertises traditionnelles locales et solidaires à l’occasion du symposium organisé dans le sillage de l’exposition sur «L’émergence de la campagne chinoise à travers le développement», organisé par la Shanghai academy of fine arts en collaboration avec le Musée des civilisations noires. Le thème du symposium qui portait sur «La campagne en évolution avec la globalisation» a été l’occasion de présenter plusieurs expériences artistiques qui se sont déroulées dans les campagnes sénégalaises. «Ndem est une illustration du potentiel humain africain bâti par le savoir sain avec un bonne dose de spiritualité incarnée par le guide de Ndem : Serigne Babacar Mbow», estime Dr Guèye qui explique que  le modèle initié et développé par Cheikh Babacar Mbow et Sokhna Aïssa Cissé depuis plus d’une trentaine d’années «repose essentiellement sur la foi et les expertises traditionnelles locales et solidaires». Dr Guèye explique que c’est en plaçant l’humain au centre, en l’inscrivant dans l’environnement qui le nourrit et le protège et en mettant les femmes au premier plan de leurs activités que Cheikh Babacar Mbow et son épouse ont développé Ndem. «Ils ont créé le Centre des arts et métiers, Maam Samba de Ndem, qui constitue une grande unité artisanale, structurée et organisée qui a su allier intelligemment les savoir-faire traditionnels et les bienfaits des innovations technologiques, tout en s’appuyant sur l’accessibilité des moyens de communication afin de livrer ses productions partout au Sénégal et en Europe», dit-il dans sa présentation.
L’Association des villageois de Ndem regroupe dès le départ une quinzaine de villages et 4 600 habitants dont les 90% sont des femmes, un indicateur fiable de l’ampleur de l’exode rural dans la région. En 2007, l’association est devenue une Orga­nisation non gouvernementale (Ong) afin de s’adapter aux exigences de sa mission et relever les nouveaux défis auxquels sont confrontées les populations.

Centre des arts et métiers de Ndem
Aujourd’hui, «le Centre des arts et métiers Maam Samba en constitue le poumon et la foi ‘’baay faal’’ le cœur», constate le Dr Guèye. «Cette unité de création et de production regroupe en effet divers ateliers qui sont spécialisés dans la filature et le tissage traditionnel de coton, les teintures naturelles et chimiques, la coupe et la confection, la broderie, la décoration, l’ameublement, le bois, le métal, le cuir et la vannerie. Ces ateliers sont pilotés par un bureau de coordination qui dispose d’un magasin de stockage des matières premières et d’une galerie d’exposition et de vente. Ce centre, à lui seul, emploie directement jusqu’à 360 personnes dans les périodes de forte demande.» Une trentaine d’années plus tard, le Dr Guèye estime que «le succès de cette initiative repose essentiellement sur la foi et les expertises traditionnelles locales et solidaires». Les produits issus des ateliers de Ndem se vendent tant au Sénégal qu’à l’extérieur, notamment dans beaucoup de pays du nord. Et l’organisation fait partie de plusieurs réseaux de commerce équitable dont Artisans du monde.

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