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Situé au cœur du Boundou, arrondissement de Kéniéba, Sansanding manque de tout. Cette situation ulcère les populations qui ont tenu une Assemblée générale pour attirer l’attention de l’Etat.

Niché en plein cœur du Boundou, dans la commune de Toumboura, arrondissement de Kéniéba, département de Bakel, le village manque de tout ou presque. Les conditions de vie des populations sont quasi-moyenâgeuses. Il n’y a aucune infrastructure sociale de base, les femmes continuent de plus belle à moudre les grains à la main en ce 21e siècle. Quand elles doivent accoucher, c’est sur des charrettes qu’elles sont évacuées sur des chemins tortueux. L’accès à l’eau relève d’un parcours du combattant pour les deux milliers d’âmes qui y vivent. Le fleuve Falémé qui le traverse est la principale source d’approvisionnement en liquide précieux. «Seulement, les populations le partagent avec les animaux sauvages. Pis, depuis quelque temps, les orpailleurs qui le fréquentent l’ont pollué avec leurs produits chimiques, le rendant presque inutilisable», ont expliqué les populations. «Et c’est pourquoi, fulmine le vieux Chérif Cissokho, il y a beaucoup de maladies liées au problème de l’eau dans le village. Et malheureusement, il n’y a pas de structure sanitaire adéquate pour prendre en charge les cas.»
Ce n’est pas tout. Il faut s’armer de courage pour rallier ce village peul, vieux de 63 ans. Distant de Goudiry d’à peu près 70km, on y accède grâce à une route latéritique, réalisée aux 3/4 dans le cadre du Pudc. Pour sortir de cette situation, les populations ont décidé de battre le macadam pour pousser les autorités.
En cette matinée frisquette, jeunes, hommes et femmes ont décidé de faire entendre leur voix. La vie à Sansanding, perdu au milieu de nulle part, n’est pas un cadeau. Chérif Cissokho, qui a longtemps vécu en France, poursuit sa vie active chez lui après avoir décroché. Il dit : «Ici le bâtiment qui fait office de poste de santé, tout ce que vous voyez est réalisé par les émigrés. Sans eux, Sansanding n’existerait pas. C’est eux qui se cotisent pour faire des réalisations. L’Etat, de Senghor à Macky, n’y a rien fait. Ici, tomber enceinte est quasi-suicidaire pour les femmes. Il n’y a pas de poste de santé digne de ce nom et l’état des routes est chaotique. Les femmes ne passent aucune visite médicale normale, faute de personnel qualifié. D’ailleurs, cette année, deux d’entre elles ont perdu la vie en voulant en donner», a dit le septuagénaire. Diary Diallo, visage terne, raconte le calvaire des dames, réduites encore aux pénibles travaux ménagers. Elle explique : «C‘est un manque de considération et d’égards à notre endroit. Nous n’avons pas de moulins et continuons à puiser de l’eau au fleuve ou dans quelques rares puits qui existent. Seulement, nous saurons signifier notre colère le moment venu.» En écho, Alassane Maka Diallo, notable du village, remet une couche. «Le peu que vous voyez est l’œuvre des émigrés. Sans eux, le village aurait été depuis longtemps rayé de la carte du pays. Ce sont eux qui se cotisent pour faire des réalisations. Même des mini-forages, nous n’en avons pas. Nous sommes vraiment fatigués», martèle le notable.

afall@lequotidien.sn

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