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La 2ème édition du Festival de l’Union s’ouvre aujourd’hui dans la région orientale du Sénégal : Tamba. Environ 50 artistes et 3 000 festivaliers sont attendus à cette rencontre qui prévoit durant 3 jours différentes manifestations, allant des concerts de hip-hop à des expositions d’objets, en passant par des formations en djiing, graffiti, des campagnes de sensibilisation sur l’importance de l’inscription à l’état civil et des séances de consultations gratuites. Deuxième édition du genre, les organisateurs qui relèvent l’absence du ministre de la Culture et de la communication espèrent tout de même que leur festival soit labellisé et inscrit dans l’agenda culturel du Sénégal, tout comme celui de Fatick, Ndef leng.

Entre Poular et Sérère, le cousinage à plaisanterie permet tout écart de langage, dit-on souvent. Mamadou Alassane Sem, alias Negger Dou, coordonnateur du Festival de l’Union de Tamba, a usé à sa guise de son «veto» sur le Sérère Mbagnick Ndiaye pour lui lancer des pierres. Pour la deuxième édition de son festival qui se tiendra aujourd’hui, demain et après-demain dans la région de Tamba, le rappeur poular s’inquiète de ne pas voir le ministre de la Culture et de la communication à ses côtés. «Ce dernier redoute certainement l’idée de voir ses vilains maîtres Peulh», affirme-t-il avec hu­mour. A défaut d’avoir le ministre à leurs côtés, les organisateurs du Festival de l’Union qui réunit pas moins de 50 artistes issus du hip-hop, provenant du Sénégal et hors du Sénégal (Guinée Conakry, Côte d’Ivoire, Espagne) souhaitent que cette initiative soit labellisée et inscrite dans l’agenda culturel du Sénégal. En 2016, le rappeur Negger Dou, animateur de l’une des émissions les plus écoutées «Takkanderou rap», sur Alhuma Fm, avait lancé ce festival autour de la thématique de l’entente. Etant, de par sa position géographique, une région carrefour et accueillant tous les gros porteurs qui viennent à Dakar chercher du ciment, de l’huile, du sel, Tamba est aux yeux de Negger Dou la région la mieux placée pour accueillir le Festival de l’Union, en ce sens qu’elle représente elle-même l’union. «Ceux qui viennent de la Guinée, de la Mauritanie, de le Gambie y passent forcément. Tamba est une région carrefour, une région frontalière et donc une région de melting-pot. C’est la seule où l’on retrouve à la fois, le Diola, le Mandingue, le Bambara, le Socé, le Tou­couleur, le Peulh, le Ndiago…», explique-t-il, précisant que ce sont les raisons qui l’ont poussé à initier en 2016 ce festival qui en est à sa deuxième édition. Pour ce rappeur natif de Tamba, plus qu’une ville carrefour qui illustre parfaitement l’union des ethnies, des cœurs et des pays, sa ville avait besoin de ce festival.

Un parcours atypique
Parti pour être un bon élève, Negger Dou a dû renoncer aux études en classe de 3ème. En 2003, il découvre sa passion pour l’art et se promettait d’être le Prométhée de sa région. Alliant les vœux aux textes, les textes aux gestes, le rappeur ne cesse de réfléchir à comment trouver un avenir meilleur aux jeunes de son terroir et participer au développement de Tamba. Avec le festival de l’Union, il pense avoir trouvé une façon de matérialiser son vœu. En effet, ce festival revêt, outre son côté ludique et divertissant, une dimension pédagogique et sociale. Aux concerts et spectacles de reggae, hip-hop, électro, seront juxtaposées des expositions d’objets d’art, des formations en djing et en graffiti, des séances d’hommages à des figures historiques et actuelles de Tamba, des séances de consultations gratuites contre certaines maladies, mais aussi et surtout une campagne de sensibilisation pour l’inscription des enfants à l’état civil. Dans cette région orientale du Sénégal, constate-t-on, beaucoup de parents retirent leurs enfants de l’école pour défaut de pièce d’état civil. Negger Dou, président de l’association artistique et culturelle Duggi tiggi art, estime que c’est inadmissible et en fait d’ailleurs son thème principal pour cette édition 2017.

La grande croisière pour l’inscription sur l’état civil
«A Tamba, arrivés en classe de Cm2, les jeunes sont obligés d’arrêter parce qu’ils n’ont pas d’extrait de naissance. Sans extrait, ils ne peuvent pas faire des examens. On voit même des adultes qui n’ont pas d’extrait. C’est un grand problème», s’offusque l’artiste qui espère à travers le Festival de l’Union sensibiliser la population de Tamba sur l’importance de ce «bout de papier». «C’est à cause de ces genres de problèmes que l’Etat ne respecte pas les Tam­ba­coundois. Parce que l’électorat ne pèse d’aucun poids à Tamba. Souvent, ils disent même que les Parcelles As­sainies pèsent plus, côté électoral, que Tamba. Si dans une région comme Tamba il n’y a pas un électorat assez représentatif, l’Etat nous laissera forcément en rade en termes d’infrastructures, d’accès à l’emploi…» Negger Dou enclenche déjà la communication en ce sens. Avec 3 000 festivaliers, le Festival de l’Union est pour l’animateur le meilleur moyen de faire passer son message. Pour autant, il reste toujours dans son rôle de rappeur. «C’est important de sensibiliser pour le changement de comportements. A la base, le rap, le hip-hop, c’est cela. C’est un message qu’il faut véhiculer», dit-il. Negger Dou peut donc compter sur la pléthore d’artistes attendus à ce festival. L’on annonce des ténors du rap galsen tels que Matador, Simon, Kalif et d’autres venants de la Côte d’ Ivoire, Guinée, France, Espagne… Ce festival annonce déjà les couleurs de l’Union, mais ce sera toujours dans un nid d’actions-sensibilisations et un effluve de sons lumières et sensibilisations.
 aly@lequotidien.sn

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