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Invitée au festival du livre de Lagrasse, la poétesse et philosophe se raconte du côté de l’intime dans une causerie enregistrée au cœur des Corbières.

La plupart du temps, elle vit désormais à Toulouse, la première ville où elle vint de Côte d’Ivoire, étudier en France, avant Paris (La Sorbonne). Tanella Boni, née en 1954, s’est passionnée pour l’histoire de la philosophie, qu’elle enseigne toujours, plusieurs mois par an, à Abidjan, sa ville natale. Toulouse n’est pas loin de Lagrasse. Pourtant, elle ne connaissait pas ce beau village des Corbières, qui l’a aussitôt séduite, ainsi que la programmation du Banquet du livre où elle était invitée à lire des extraits de son œuvre, sous le chapiteau devant l’abbaye. Pour la deuxième année consécutive, après Achille Mbembé, la manifestation, qui fête ses 25 ans, accueille une voix venue d’Afrique. A cette occasion, nous avons «causé» avec l’auteure d’Habiter (Museo éditions) de ce qui a motivé et nourri son itinéraire intellectuel et littéraire. «Tout ce que je tiens de fondamental, je le tiens de ma mère. Et pourtant, l’on n’a pas vécu longtemps ensemble», confie-t-elle. Sa mère lui a apporté les valeurs sur lesquelles elle a adossé son besoin de philosophie. L’écrivaine cite aussi sa sœur, partie étudier à l’étranger et lui rapportant une bibliothèque riche d’encyclopédies !

Bouche bée
Enfant, Tanella Boni était surnommée «bouche bée», «de nos jours, on m’aurait dit autiste, car je ne parlais pas du tout à l’école, j’étais une fille du silence». Elle raconte au micro comment les moqueries d’un garçon dans la cour de l’école la conduisent soudain à se rebeller et à se battre (physiquement) avec lui. La parole se libère. L’écriture vient avec. C’est le début des premiers poèmes «petit à petit, je suis sortie de ma coquille grâce à la poésie». Plus tard, Tanella Boni s’oriente vers la philosophie via la littérature, Sartre, Gide, mais surtout -et grâce à un professeur qui le lui fait découvrir- s’enthousiasme pour Aristote. Il va supplanter Platon sur lequel elle travaillait aussi en thèse. Parce que le philosophe grec la ramène à l’Afrique, explique-t-elle, dans ce qu’il dit de la biologie, du vivant, du rapport à la nature, de la vie même, celle de l’humain, mais aussi celle d’une plante ou d’un arbre, de la terre. «Il m’a ramenée à ce que me disaient ma mère et mon oncle, qui m’ont beaucoup appris s’agissant du respect de la nature.»
Une vie d’enseignante, de poétesse (lire son dernier recueil édité par Bruno Doucey Là où il fait si clair en moi) d’essayiste et de romancière, une vie traumatisée par les conflits de son pays natal. Elle fait le lien entre le contexte géopolitique et la nature malmenée dans son prochain roman qui traite du scandale, en 2006, du Probo Koala, qui a déversé ses déchets toxiques dans la ville d’Abidjan.
Après la lecture, Tanella Boni a échangé avec un jeune compatriote en difficulté. Il faut dire que Lagrasse et le Banquet du livre sont liés par la question de l’accueil des réfugiés puisque le village abrite un Centre d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada), et que l’on a entendu de très forts témoignages au festival, venus de Libye, Albanie et Syrie.
Le Point Afrique

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