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Vivant en France où le Covid-19 est en pleine propagation, je vois avec inquiétude à travers les réseaux sociaux et les témoignages de mes amis et proches restés au pays, que certains de mes compatriotes ne semblent pas prendre conscience de la gravité de la pandémie. Je ne suis ni médecin ni infirmier, et je n’évolue pas dans le secteur de la santé. Cependant, je prends ma plume pour faire un témoignage et alerter les Sénégalais sur ce danger qui guette à la fois, les fondements de notre système santé et la cohésion sociale.
A ceux qui doutent, réveillez-vous. Ne soyez pas les Saint-Thomas des temps modernes. Le coronavirus fait des ravages. De ce que je vis en France, je puis vous attester que ce n’est pas une blague. Je suis inquiet parce qu’il faut le dire, si cette pandémie frappe rudement le Sénégal, le pays risque de se retrouver en lambeaux. Car notre pays n’a pas les capacités de faire face à une telle situation.
Même si vous ne connaissez pas Paris, vous savez que c’est une ville touristique très animée. Elle dispose de transports et de lieux de vie immenses. Mais aujourd’hui, la ville lumière est devenue un fantôme. Les trains, métros, Rer, Ter, bus… sont vides. Les gares sont désertes. Un calme de cathédrale règne dans la ville. En fait, ce que vous voyez souvent dans certains films, c’est ce que nous vivons actuellement à Paris.
Cette situation, elle était inimaginable il y a quelques mois. Mais nous la vivons présentement. Les hôpitaux d’Ile-de-France sont en train d’être débordés. A tel point que l’Agence régional de santé a lancé un appel aux étudiants en médecine et aux retraités de reprendre du service. Ce qui prouve que la situation est très inquiétante.

Changeons nos habitudes
Pourtant, la France est l’un des pays où le système de santé, par sa protection sociale, est l’un des plus protecteurs au monde. Mais aujourd’hui, il est au bord du gouffre. A tel point que l’Armée a été appelée en renfort pour monter un hôpital militaire de campagne à Mulhouse. Toutefois, malgré les gros moyens déployés par les autorités françaises, il y a quand même des morts.
Nonobstant ces informations qui tournent en boucle sur les chaines de télévision, certains Sénégalais continuent de se comporter comme si de rien n’était, versant parfois dans le déni. Nous qui vivons dans le confinement en Europe, nous ne prions pas que ce qui passe ici, arrive au pays. Parce que si le virus se propage à vitesse grand V au pays, le Sénégal ne pourra pas y faire face. Car nous n’avons pas les infrastructures et les ressources humaines pour y faire face.
D’où la nécessité que chacun de nous revoie son comportement. Nous sommes dans un pays avec des particularités que l’on trouve rarement dans d’autres pays. Nous avons des gens qui se soumettent volontairement à des chefs religieux et coutumiers, à l’échelle nationale ou locale. Ces chefs religieux et coutumiers qui peuvent être de très bons leviers dans la sensibilisation et la prévention du coronavirus, peuvent aussi être de redoutables propagateurs du virus s’ils sont dans le déni et opposés aux injonctions prises par les pouvoirs publics. C’est pourquoi il faut que les chefs religieux et coutumiers fassent preuve d’ouverture d’esprit.
Sachant que nous ne produisons pas grand-chose, la propagation du virus pourrait mettre le Sénégal sous un embargo qui ne dit pas son nom. Ce qui risque d’entraîner la rareté des denrées et provoquer des émeutes. Ce point, il ne faut pas le négliger car ça peut bien arriver.

L’enfer est à nos portes
En France, quand les populations se sont ruées dans les magasins au début du confinement, certains produits avaient commencé à manquer. Et pas plus que ce matin, je faisais la queue à la boucherie pour acheter un carton de cuisses de poulet. Mais c’était impossible. Je ne pouvais acheter que 4 kilos. Parce qu’il faut rationaliser les produits pour que chacun puisse en avoir.
Ces images des villes fantômes et des personnes qui font la queue pour entrer dans les magasins, les Sénégalais les voient à la télévision. Mais ils se disent que «l’enfer c’est les autres», sans se rendre compte que l’enfer est déjà dans leur maison. Certains croient même que Dieu a élu domicile au Sénégal. C’est faire preuve d’une inconscience hallucinante.
A ces dangereuses personnes à l’esprit obscurantiste, en France, certaines villes sont sous couvre-feu. Le couvre-feu pour nous les Africains, c’est synonyme de période de guerre ou de troubles politiques graves ou de coup d’Etat. Pourtant, des millions de Français le vivent aujourd’hui.
Sur le plan économique, rien ne va. La boîte pour  laquelle je bosse a suspendu les embauches et mis en fin de mission des personnes qui étaient en intérim, parce que l’activité a drastiquement baissé.
Chers Sénégalais, prenez garde. Le coronavirus existe et il ne rigole pas. Respecter les gestes barrières et conformez-vous aux injonctions du gouvernement. Parce qu’après, ce sera trop tard. Et j’ai peur.
Dieu nous garde et veille sur nos familles.
François MENDY
Journaliste-politiste

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