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«De Sembène on retient d’abord un grand romancier qui a écrit de très belles œuvres. On retient un peu le résistant qui s’est battu contre l’injustice sous quelque forme que ce soit. On retient le grand cinéaste. En matière de cinéma, Sembène est une référence mondiale. Mais en parlant de Sembène, on retient aussi l’homme entier, sans compromission, têtu, un peu lunatique.
Quand il était de bonne humeur, il m’appelait papa, mais quand il était de mauvaise humeur, il ne fallait même pas lui dire bonjour. C’était ça Sembène. C’était un être entier, total. Je dirais, pour paraphraser Césaire, Sembène était un nègre fondamental. Quelqu’un qui ne jouait pas avec ses sentiments, quelqu’un qui n’était pas dans les futilités. Il ne disait que la vérité, était proche du Peuple. C’était un ceddo, mais il croyait en lui-même, en l’Africain et se définissait comme un Africain.
Sembène était l’un des premiers panafricains dans le milieu du cinéma. Dans son œuvre, il avait une vision programmatique. De Borom sarette jusqu’à Moladé, c’est un parcours illustratif des monstres qui habitent son esprit. Ces monstres que sont l’injustice, la colonisation, la domination.
C’était un cinéaste de confrontation. Il challengeait l’autre qui était celui qui l’a humilié, qui l’a dominé, celui qui lui a ôté ses ressources, celui contre qui il doit se battre pour se définir en tant qu’être humain, en tant que nègre, en tant que fils d’un continent meurtri. C’était quelqu’un qui avait son cinéma dans sa tête et qui était toujours dans cette quête de liberté. De lui, je retiens de belles choses.»
aly@lequotidien.sn

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