PARTAGER

Guéla Baldé, chauffeur de 38 ans, était en territoire bissau-guinéen au moment où mourrait sous les balles d’un agent de la Douane sénégalaise Saïdou Baldé, né en 1970 à Ngabou (Guinée Bissau), alors qu’il voulait aller en pèlerinage à Médinatoul Houda (nom donné à Médina Gounass par les Peulhs Fouladou). C’est lui qui a payé les frais de la colère soulevée par ce meurtre chez les Bissau-guinéens. Le Quotidien l’a rencontré à son domicile au quartier Thiankang de Vélinga­ra, le visage légèrement tuméfié. Il regarde son horizon assombri avec mélancolie. Sans rancœur.

Vous avez été déclaré mort suite aux mesures de réciprocité que les populations de la ville de Pirada ont prises à l’encontre des chauffeurs sénégalais à cause de la mort de leur compatriote à Nianao. Que s’est-il réellement passé ?
J’ai passé la nuit à Pirada (Guinée Bissau). Tout se passait bien au niveau de la gare routière jusqu’au moment où des gens sont venus me signifier qu’en tant que Sénégalais ils allaient me tuer pour venger leur compatriote tué à Nianao par des Forces de sécurité. Puis s’ensuivirent 1 paire de gifles et un coup de bâton en plein nez. Je saignais du nez, puis de la bouche. Les coups continuaient à pleuvoir de tous les côtés. Jusqu’à ce qu’un boutiquier, Boubacar Sylla, m’eut tiré de leurs griffes pour m’enfermer dans son magasin. Malgré tout, les jeunes continuaient à injurier et menaçaient de mettre le feu à la boutique. Vers 17 heures (jeudi), mon sauveur m’a fait passer par le toit de son bâtiment après avoir ôté une tôle. Il m’a mis sur une moto pour me faire passer par une piste sinueuse à travers la forêt. J’ai encore le corps endoloris, le visage tuméfié.

On vous a déclaré mort…
C’est vrai. Quelqu’un a dû me voir raide, inerte entre les mains de furieux jeunes, le nez sanguinolent. Il a appelé à la maison pour me déclarer mort. Il faut dire que c’était l’intention de mes bourreaux : me tuer.

Etes-vous le seul Sénégalais pris à partie ?
Nous sommes 2. Le 2ème est le frère aîné du maire de Wassadou, Barsa Soumboundou. Lui a reçu une pierre sur la tempe, mais a pu s’enfuir. Les autres chauffeurs, au courant de l’événement et des velléités de vengeance assez tôt, ont pu se cacher chez des parents ou des amis jusqu’à la tombée de la nuit pour s’échapper.

Avez-vous des informations sur l’état de vos véhicules ?
Lorsque j’étais caché dans la boutique, j’entendais des coups de fer sur les véhicules, la carrosserie, les portails, les vitres, tout est pulvérisé. On m’a signalé que les batteries des voitures ont été emportées. Les voitures saccagées sont au nombre de 26. Tous les chauffeurs sont revenus au pays. Mais nous ne nous sommes pas encore retrouvés.

Comment comptez-vous retrouver vos véhicules ?
Cela doit être l’affaire du regroupement des chauffeurs, des autorités politiques et administratives. Je ne veux plus fouler le sol de ce pays.

Comment entrevoyez-vous l’avenir ?
Retrouver d’abord nos voitures. Trouver les moyens de les réparer. Puis avoir une gare routière à Nianao. Et puis, que les transporteurs de chaque pays s’arrêtent à l’intérieur de leurs frontières nationales. Toutefois, je ne garde aucune haine contre mes bourreaux. Je considère que c’est un épisode fermé de ma vie. Mon épouse est de la Guinée Bissau, mes parents viennent de ce pays. Je n’irai plus dans ce pays pour des activités économiques. Pour le reste, rien ne change.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here