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Calme et droit dans ses bottes, c’est l’image que le juge Malick Lamotte aura montrée tout le long du procès sauf hier. Il a complétement craqué en entendant le bâtonnier du Cameroun, Me Kamga, prononcer des mots que le président du Tribunal a jugés indignes d’un avocat. C’est le bâtonnier du Sénégal qui en a fera les frais.

Depuis le début du procès, le juge Malick Lamotte s’est distingué en faisant preuve d’un calme olympien. Mais L’usure du temps semble avoir raison sur lui. Cette fois-ci, il a complément craqué. Et tout cela à cause, en partie, de ces deux phrases de Me Francis Kamga, bâtonnier de l’Ordre des avocats du Cameron : «Les Sénégalais, habituellement, loquaces sont devenus silencieux. Sont-ils castrés, tétanisés ?».

«Il faut que vous arrêtez de juger les avocats»
En recadrant le bâtonnier Kamga qui a utilisé des mots tels que «idiot, castré, dignité, etc.», le juge a fait preuve d’autoritarisme pour la première fois. «Me Mbaye Guèye si vous avez quelque chose à dire venez me le dire en privé. L’au­dience est suspendue», a-t-il lancé au bâtonnier des avocats du Séné­gal. Ce dernier s’était auparavant levé, pour défendre son confrère camerounais, en indiquant avec insistance à l’attention du juge Lamotte : «Je suis obligé de le dire et publiquement. Il faut que vous arrêtez de juger les avocats.» Me Gueye a demandé la parole après les remontrances de La­motte. Et Me Mbaye Guèye de répondre : «Je ne vous parlerai pas en privé parce que c’est en public que vous avez parlé.» Avant de pouvoir rajouter un mot, le juge Lamotte suspend le procès sans donner plus de détails.

«Le Tribunal est responsable de la dignité de ce dossier»
Auparavant, Lamotte a informé le bâtonnier du Cameroun que «le Tribunal est responsable de la dignité de ce dossier. Je ne pense pas qu’un bâtonnier puisse dire devant la barre ‘’indiscipline, idiot, castré’’. Nous avons une obligation de pédagogie. Les Séné­galais ne sont pas des castrés, c’est une erreur de le dire. Nous sommes dans un pays d’hospitalité, nous sommes ouverts à tout le monde. Le Tribunal ne va pas accepter qu’on utilise des propos qui vont frustrer les autres. Le Tribunal est choqué par de tels propos».
L’incident aura duré plus de 30 minutes. Quand le juge revient dans la salle, il a été accueilli par des félicitations de Me Mbaye Guèye. «Je suis tout aussi désolé que vous. Vous êtes un homme de valeurs. Ce n’est pas par hasard que vous pilotez aussi bien ce procès. Je tiens à rassurer tout le monde et je dis à tout le monde que vous êtes un homme juste. Je vous réitère tout mon respect. C’est un travail qui vous a valu d’être ici, mais ainsi va la vie surtout judiciaire», a déclaré Me Mbaye Guèye.
Pour sa part, le juge Lamotte a reconnu son erreur. Il a dit : «Dieu sait que nous faisons l’effort de vous écouter pour le restituer demain. C’est ça qui nous anime. C’est désolant, vous comprenez qu’il n’y a absolument rien du tout. Les prévenus ont fait preuve de dignité, nous devons les réconforter. Mon cher bâtonnier, nous sommes désolés.»

«Il existera toujours des hommes et des femmes qui abuseront de leurs pouvoirs pour manipuler la justice»
Il faut dire que cette journée de mercredi a été particulièrement chargée pour le juge Lamotte. C’est Me Clédor Ly qui a ouvert le bal. «Il existera toujours des hommes et des femmes qui abuseront de leurs pouvoirs pour manipuler et se servir de la justice sans jamais servir cette dernière (…) Vous (Malick Lamotte) devez prendre votre courage à deux mains. Le Tribunal dispose d’instruments juridiques et devrait avoir le courage de les appliquer (…) La loi est devenue une arme que l’on charge et décharge au gré des convoitises et des obstacles.» Voilà, entre autres, les phrases à retenir de la très longue plaidoirie de Me Ly qui aura duré plus d’1h 30 mn. Le conseil de Khalifa a aussi déclaré que «si l’Afrique ne peut encore compter sur ses hommes politiques qui ont des ambitions démesurées, inconciliables avec les aspirations des peuples, l’Afrique ne désespère pas de ses juges qui possèdent le pouvoir réel (…) celui d’ordonner que l’on arrête ou que l’on libère mais faudrait-il que le juge fasse un choix irrémédiable dans l’exercice de son office : celui de soutenir le glaive de l’injustice et de l’arbitraire, ou de briser la lame qui opprime». Me Ly a par ailleurs «demandé formellement par écrit et par oral que le Tribunal donne acte à la défense de cette offre (cautionnement) et d’y faire droit à toutes fins utiles».
mgaye@lequotidien.sn

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