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Le procès de Khalifa Sall et ses collaborateurs a failli tourner hier au vinaigre. Le juge Lamotte avait sorti Me Ousseynou Fall du procès, mais les interventions du procureur, de l’agent judiciaire et de la défense l’ont ramené à de meilleurs sentiments.

Depuis le début du procès Khalifa Sall et Cie, Malick Lamotte a dirigé les débats de main de maître et avec beaucoup de sérénité. Mais hier, le président du Tribunal de grande instance de Dakar n’a pu contenir sa colère devant un avocat de la défense. Et il a pris la décision de l’écarter du dossier avant d’y revenir, suite à des interventions. Autorisé à prendre la parole pour poser des questions aux prévenus, Me Ousseynou Fall a souhaité faire des observations. «Je vous demande, M. le président, de me permettre de faire des observations pour la bonne marche de l’audience», a-t-il dit. A peine a-t-il formulé cette demande, le président l’a coupé net : «Non, vous n’allez pas faire des observations, sauf si vous voulez poser des questions.» Mais Me Ousseynou Fall réitère sa demande : «Je veux faire des observations pour la bonne tenue de l’audience. J’en ai parlé avec mes confrères qui sont d’accord sur le principe.» Suite au refus du juge, l’avocat sort aussi de ses gonds. «Depuis lors, je vous demande la parole et vous me la refusez. Nous sommes la République la plus libre au monde. Qu’on ne nous indique pas la conduite à tenir ! Vous avez parlé de votre courte carrière de magistrat de 25 ans, mais moi je fais appel à mes 35 ans de barre. Vous n’avez pas à nous indiquer la marche à suivre», a-t-il vociféré avant de faire cette mise en garde au président Lamotte. «Et puis, dites au procureur de la République d’arrêter de s’attaquer à nos clients. Ils ne sont pas des sauvages», fulmine-t-il.

«Le Tribunal ne donne plus la parole à Me Ousseynou Fall»
En essayant de tempérer ses ardeurs, le juge Lamotte dit : «Jusque-là, le Tribunal s’est toujours bien comporté.» Me Fall ne le laisse pas poursuivre sa pensée : «Je ne perturbe pas, vous m’avez donné la parole, j’ai le droit de faire des observations», a-t-il fait remarquer. Ce qui pousse le juge Malick Lamotte à interpeller Me François Sarr, coordonnateur du pool des avocats de la défense. «Un des vôtres est en train de perturber l’audience. Ne nous obligez pas à prendre des mesures qui vont englober les autres avocats ! On vous a désigné pour gérer vos confrères. Réglez cette affaire entre vous ! Essayez de les indiquer la conduite à tenir», a-t-il signifié. Mais Me Ousseynou renvient à l’attaque. «Vous n’avez pas à nous indiquer la conduite à suivre. L’immunité de plaidoirie est égale à l’immunité parlementaire. Je ne perturbe pas. Je fais d’abord mes observations parce que vous m’avez donné la parole. Et maintenant, je peux poser des questions», a insisté Me Fall. Sur ce, le président, ne pouvant plus supporter les vociférations de l’avocat de Khalifa Ababacar Sall, prononce la sentence à l’endroit de la robe noire. «Le Tribunal ne donne plus la parole à Me Ousseynou Fall», a-t-il dit avant de suspendre l’audience pour 5 minutes.

Me Fall sauvé par le procureur, l’Aje et la solidarité de la défense
Dans l’élan de solidarité connu des avocats, le pool de la défense a fait savoir que si Me Ousseynou est retiré du procès, ils vont aussi bouder. Après une bonne dizaine de minutes, le président Malick Lamotte et ses assesseurs sont revenus dans la salle. Et c’est le procureur Bassirou Guèye qui a demandé la parole pour faire des observations par rapport à l’incident. «Je voudrais vous supplier, Monsieur le président, de continuer à faire preuve de pédagogie comme vous l’avez toujours fait. Je voudrais vous demander, qu’il vous plaise, que l’audience se poursuive avec tous les avocats», a demandé le procureur de la République. Prenant la parole au nom de la défense, l’avocat malien Ismaïla Konaté dit : «Il n’est pas habituel qu’un avocat de la défense soit en jonction avec le procureur. Il faut un instant de pédagogie et c’est cet instant qui doit nous habiter tous. Une audience peut s’enflammer et ça peut être un moment de plonger certains dans l’excès. Vous seul avez la police de l’audience. Nous sommes profondément désolés de la situation de tout à l’heure. En le disant, je souhaite que la suite de la procédure nous donne l’occasion d’être là tous et de faire notre travail de façon professionnelle.» Abondant dans le même sens, l’Agent judiciaire de l’Etat, Antoine Félix Diome, ajoute : «Nous souhaitons nous associer aux observations faites par mes prédécesseurs. Vous respectez, c’est nous respecter nous-mêmes, le respect dû au Tribunal et celui que nous nous devons et que nous devons à tout le Peuple sénégalais. Le pouvoir que vous incarnez, vous l’obtenez de la loi et du Peuple sénégalais. Je souhaite que l’audience se poursuive avec tous les avocats.»

«Je n’ai aucun problème avec les avocats»
La cause étant entendue, le juge Malick Lamotte a accepté de poursuivre les débats tout en précisant : «On vous met depuis le début dans des conditions pour que vous puissiez faire correctement votre travail. Je n’ai aucun problème avec les avocats, particulièrement avec Me Ousseynou Fall. Ce n’est pas de gaieté de cœur que je le dis. Lui il le sait», a-t-il précisé en lui donnant à nouveau la parole pour la suite des débats.

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