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Plus de 150 ha attribués à deux promoteurs menacent depuis quelque temps la quiétude des populations de Dougar. Face à cette agression qui risque de faire disparaître un pan important du village, les populations se braquent. Tout ce qu’elles veulent, c’est le retrait de ces acquéreurs de leurs terres qui engagent des travaux à la faveur de Tf. Et pis même, ils outrepassent les limites pour «indûment» grignoter une bonne partie du village séculaire de Dougar.

En juin 2019, la Dscos avait investi le village de Dougar pour raser une partie supposée être la zone tampon entre le village et les cités à construire. Une opération qui s’était soldée par la démolition de constructions en cours et d’autres déjà achevées ainsi que de l’arrestation de 38 jeunes du village. «Les victimes courent jusqu’à présent après des indemnités», a regretté dimanche Daouda Faye, coordonnateur du Cadre de réflexion, d’échange et d’actions pour le développement de Dougar (Ccread). Et aujourd’hui plus que jamais, ces populations vivent dans une psychose extrême face à des promoteurs qui continuent de lorgner des pans importants du village traditionnel de Dougar. La présence de militaires en train de s’activer dans le lotissement d’une partie de leurs terres a réveillé les inquiétudes des habitants. «Nous voilà aujourd’hui en présence d’un opérateur privé assisté curieusement encore par un détachement des forces armées ou plus précisément des militaires, à l’effet d’appliquer un lotissement d’une parcelle de terrains à lui attribuée», a tenu à expliquer Diop Ndour, directrice d’un cabinet de consultance mandaté par les populations pour la défense de leurs intérêts. «Si l’Armée ne quitte pas le site et que la société n’arrête pas ses agissements parce qu’elle n’a aucun droit sur le site, les populations vont sortir en masse pour s’opposer à toute action, malgré l’interdiction des rassemblements pour cause de coronavirus», a-t-elle poursuivi. Comme elle, les habitants de la bourgade composée de sept villages ne dorment plus que d’un œil. «Ici, personne n’est tranquille. Dès qu’un véhicule entre ou traverse le village, les gens pensent que c’est l’heure de la casse ; la psychose est totale», a laissé entendre Babacar Diémé, habitant une concession acquise depuis 1999 dans le village de Dougar. L’assiette foncière dans laquelle se trouve sa maison s’est retrouvée du jour au lendemain dans le Tf 8457 d’une superficie de 86 ha. «Un beau jour, des gens sont venus pour implanter des bornes. Et après avoir fini, ils ont écrit sur le mur Tf 8457 avec des flèches matérialisant l’espace. On a contacté le chef de quartier, le maire ainsi que le sous-préfet et personne n’était au courant. Nous avons fait une délégation pour voir le sous-préfet pour savoir où commencent et où s’arrêtent ces Tf, en lui remettant une lettre. Et depuis lors, deux ans se sont écoulés et nous n’avons la moindre information», s’est désolé M. Diémé, fonctionnaire à la retraite. «Quelqu’un qui a serré sa ceinture d’abord pour l’acquisition du terrain et ensuite pour construire moyennant 10 à 15 millions, vous venez raser. C’est dramatique. Si c’était d’utilité publique, on aurait compris. Mais qu’on vienne casser et déguerpir des gens qui, pour certains, sont là depuis des décennies au profit de nouveaux qui sont aisés et qui, pour la plupart, sont peut être à leur 4ème ou 5ème maisons, je ne peux comprendre. L’Etat doit revoir cette manière de faire», a-t-il ainsi pesté. Sur Yam, autre village de Dougar, le Tf qui agresse est immatriculé au nom d’une entreprise immobilière qui porte un projet de logements à la faveur d’un décret sous le régime de Abdoulaye Wade et portant sur 80 ha. «D’après le décret, le site se trouve à l’entrée de Diamniadio et les villas témoins sont toujours là-bas. On ne comprend donc pas que ces gens puissent glisser à 2 km pour réclamer 72 ha aux pauvres paysans, simplement parce que cette zone est plus accessible à l’autoroute», a relevé Daouda Faye, appelant les autorités à se pencher sur cette dérive. «Les populations sont fatiguées et sont très en colère. On a tout fait pour les retenir, mais trop c’est trop. Nous lançons un appel au président de la République et aux autorités en charge de cette affaire parce qu’ils ont tous reçu le dossier au complet et tous les éléments pour les deux titres. On ne peut pas comprendre ce silence», a-t-il dit en soulignant que les deux Tf ont empiété sur pas moins de 50 ha dans le village de Dougar. «La maison que j’ai construite, j’ai fait 10 ans pour y arriver. Et pour le détruire, il faudra que je me batte. Nous allons nous battre pour préserver nos biens», a-t-il averti, assurant que la détermination est à son paroxysme chez les habitants du village. Pour Babacar Diémé, l’Etat doit travailler pour un compromis entre les populations et les promoteurs. «Il faut voir comment discuter avec ces promoteurs pour qu’ils se limitent sur ce qu’ils ont et qui peut faire leur affaire et laisser le village traditionnel dans lequel ils empiètent», a-t-il dit tout en regrettant la légèreté avec laquelle les Tf sont aujourd’hui accordés.

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