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C’est peu de dire que la tension sociale est vive actuellement dans notre pays. Ça grogne de partout. Les secteurs de la Santé, de l’Education et de la Justice, partout les travailleurs réclament soit de meilleures conditions, soit le respect des accords signés depuis des années avec le gouvernement. Un gouvernement cerné de toutes parts.

C’est l’an 6 de la deuxième alternance. Un anniversaire passé sans grande pompe. Mais les pontes du régime, en l’occurrence le Premier ministre et même le président de la République, se sont efforcés de présenter aux Sénégalais un bilan qu’ils jugent très positif. Un bilan «très positif» dans un contexte marqué par une grogne sociale tous azimuts. Presque tous les secteurs sont en crise. De l’Education, à la Santé, des travailleurs des collectivités locales, aux travailleurs du secteur de la Justice, en passant par les travailleurs de la Séné­galaise des eaux (Sde) pas habitués à la contestation. Tous réclament des meilleures conditions et surtout le respect des accords signés avec le gouvernement depuis 2014.
Les signes de cette tension sociale étaient déjà perceptibles dès le début de cette année. Lors d’une marche organisée par la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts), Mody Guiro, patron de cette centrale syndicale, la première du pays, avait lâché ces propos : «Les travailleurs sénégalais sont fatigués, ils ne peuvent plus joindre les deux bouts.» Le syndicaliste exigeait la revalorisation des barèmes de salaires dans les différentes conventions, la publication et le partage de l’Etude sur le système de rémunération des agents de l’Etat et plus de justice dans le régime indemnitaire. Ce régime indemnitaire qui est source de tous les problèmes, aussi bien dans les domaines de l’Education, de la Santé que de la justice.
L’Education semble être le secteur le plus touché par cette tension sociale. Pourtant, l’année dernière, le système éducatif, longtemps malmené par des grèves cycliques, avait connu une accalmie. Syndicats d’enseignants et gouvernement avaient même signé un pacte de stabilité, le temps pour les deux parties de trouver des solutions. Mais à l’arrivée, rien de concret n’a été fait. Les syndicalistes accusent le gouvernement d’en être le responsable. Car, soutiennent-ils,  «l’Etat n’a pas su mettre à profit cette période pour résoudre définitivement le problème». Conséquence de cette «inaction», l’avenir de l’école semble incertain. Depuis janvier, les syndicats d’enseignants, regroupés en 3 grandes coalitions, à savoir le G6 qui mobilise les syndicalistes dits représentatifs admis à la table de négociations, la Feder (Fédération des enseignants) qui regroupe 13 organisations syndicales et l’Inter­syndicale pour la défense des enseignants et de l’école (Idee) (9 organisations) non admises aux négociations déroulent leurs plans d’actions.
La Feder est à son 9ème plan d’actions alors que le G6 et l’Idee sont à leur 6ème plan d’actions avec au moins chaque semaine un jour de débrayage et deux jours de grève totale. A ce jour, le coordonnateur adjoint de la Feder révèle que son mouvement a fait au moins 22 jours de grève. Et les deux autres, c’est-à-dire Idee et G6, ont chacun observé au moins 18 jours de grève.
Récemment, les négociations entre l’Etat et les syndicats membres du G6 ont buté sur l’augmentation l’indemnité de logement. Là où l’Etat propose que celle-ci passe de 60 mille à 75 mille francs Cfa, ces syndicats réclament que cette allocation soit portée à 80 mille francs.

L’école est à plus de 6 à 9 semaines de grève cette année
Des grèves qui impactent sérieusement le quantum horaire et la qualité des enseignements. Les élèves en sont tellement conscients que depuis quelques jours, ils investissement la rue pour réclamer le retour des enseignements. «Nous avons perdu trop de temps et nous voulons étudier», scandent-ils dans les rues.
Cette même crise est constatée dans le secteur de la Santé. Au moment où ces lignes sont écrites, le Syndicat autonome des médecins du Sénégal (Sames) est en grève. Les médecins aussi réclament le respect des accords signés depuis le 31 mars 2014. Ils avaient décidé de faire la centralisation des urgences avant de revenir sur cette décision lourde de conséquences. Finalement, le Sames a obtenu 5 points d’accord sur 6 du gouvernement lors de leurs négociations hier. La seule pomme de discorde étant le statut du médecin.
Que dire des travailleurs des collectivités locales qui, depuis l’avènement de l’Acte 3 de la décentralisation, ruent dans les brancards. Cette réforme, disait El Hadji Amadou Khouma, porte-parole de l’Intersyndicale qui regroupe les travailleurs des collectivités locales lors d’une conférence de presse, «a créé de nombreux dysfonctionnements dans certaines collectivités locales, en impactant négativement les conditions sociales des travailleurs. Elle est allée jusqu’à priver des milliers d’entre eux de leurs avantages et droits acquis».
Le Syndicat des travailleurs de la justice (Sytjust), pour sa part, vient de boucler 72 heures de grève et promet de durcir la lutte si le gouvernement ne satisfait pas sa plateforme. Il réclame l’octroi d’une indemnité de logement, d’une prime d’incitation à la célérité et d’une augmentation de l’indemnité de participation à la judicature.
Le gouvernement est cerné de toutes parts par des syndicalistes qui exigent le respect des accords qu’il a signés depuis 4 ans. Mais qu’est-ce qui bloque la matérialisation de ces accords ? Le gouvernement a-t-il les moyens pour satisfaire ces revendications dans la mesure où la plupart de ces accords sont des questions à incidence financière ? La grogne va-t-elle continuer et jusqu’à quand ?
Autant de questions auxquelles le gouvernement de Boun Abdallah Dionne devra répondre dans un contexte préélectoral où tous les coups semblent être permis, aussi bien du côté de l’Etat que du côté des acteurs sociaux.
ndieng@lequotidien.sn

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