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Les réponses du directeur du Budget et du ministre du Budget n’ayant pas suffi à éteindre la polémique sur de possibles tensions de trésorerie que connaît le pays, le ministre de l’Economie, des finances et du plan s’est finalement jeté dans la mêlée. Amadou Ba explique que si des dépenses ne sont pas faites, c’est parce que le Sénégal qui fait les frais de la hausse du prix du baril a opté pour une gestion prudente de l’économie.

Quand les soldats sont débordés par l’ennemi sur le champ de bataille, c’est le général lui-même qui se jette dans la mêlée. Le ministre de l’Economie, des finances et du plan, Amadou Ba, l’a sans doute compris, car au lendemain de la sortie de l’ancien Premier ministre, Mama­dou Lamine Loum, sur de possibles problèmes de trésorerie dans le pays, c’est le directeur du Budget, Mamadou Mous­tapha Ba, qui était d’abord monté au créneau. La polémique enfle alors de plus belle et c’est au tour du ministre du Budget, Birima Mangara, de se jeter dans la bagarre. Seulement, ses assurances auront juste réussi à attiser la polémique, puisque dans les jours qui ont suivi, les travailleurs des Bâtiments et travaux publics (Btp) ont donné de la voix pour réclamer le paiement d’arriérés dus aux entreprises du secteur, précédés en cela par les étudiants orientés dans les écoles privés. Hier, c’est finalement l’argentier de l’Etat qui a profité d’une visite à la Direction générale de la comptabilité publique et du trésor (Dgcpt) pour se jeter dans la mêlée. La visite qui devait démarrer par un aparté entre les différents chefs de service s’est finalement déroulée en présence de la presse.
Selon Amadou Ba, il n’y a certes pas de tensions de trésorerie, mais la hausse du prix du baril et de celui du dollar est passée par-là. «A la date d’aujourd’hui, on a 700 milliards de francs Cfa. C’est peut-être au niveau du budget où nous avons quelques contraintes. Maintenant, lorsqu’on a de la trésorerie et que sur le plan budgétaire on est un peu contraint, on peut laisser déraper. C’est le comportement et l’attitude d’un gouvernement qui ne se soucie pas de ses populations.» Ce qui n’est absolument pas le cas du gouvernement sénégalais, précisera le ministre. De ce fait, des mesures hardies ont été prises, a-t-il poursuivi. «Le budget de 2017 a été bâti sur des hypothèses de croissance, un déficit budgétaire, un niveau de recettes projeté et un niveau de dépenses exécuté. L’environnement international a un peu changé dans le courant de l’année 2017, notamment sur le second semestre. Le baril de pétrole a beaucoup augmenté et le pétrole, c’est 20% de nos recettes fiscales. En fin d’année, on s’est retrouvé avec une moins-value sur les recettes d’à peu près 160 milliards. Des services ont fait des efforts importants et in fine on s’est retrouvé avec une moins-value de 130 milliards à peu près. Dans une situation pareille, qu’est-ce que l’on doit faire ? Le gouvernement s’était engagé sur une cible de déficit budgétaire de 337 milliards, c’est-à-dire qu’on admette un niveau de dépense supérieur aux recettes de 337 milliards. Dès lors qu’on a une moins-value, ça ferait un déficit de 5 à 6%. Si on l’avait fait sur le marché international, on n’aurait pas eu ces taux. On aurait payé sur l’Eurobond 50 à 60 milliards de plus..»

Subvention du carburant et de l’électricité
A la place, des dépenses ont été reportées sur l’année 2018 pour, dit-il, éviter des hausses sur le prix du carburant ou sur celui de l’électricité. «Le pétrole a atteint 80 dollars il y a quelques jours avant de se stabiliser autour de 75 dollars. Plus, un renchérissement du prix du dollar. Mais le Président a souhaité que cette politique de soutien au consommateur soit maintenue», précise le ministre. Selon M. Ba, le choix était simple. «Ou bien on dépense l’ensemble de notre trésorerie et demain on va faire face à des difficultés beaucoup plus graves, ou on avance avec méthode et prudence pour maintenir les bases actuelles de la stabilité économique. Et c’est cette option qui a été retenue.» Mais elle occasionne de pertes de recettes de 100 milliards de francs Cfa, indique M. Ba qui précise que l’Etat est même dans l’obligation d’accorder une subvention de 50 milliards de francs à la Senelec. Mais au jour d’aujourd’hui, tranquillise M. Ba, le taux d’engagement budgétaire est de 45,81%.
mamewoury@lequotidien.sn

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