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Le mardi 8 novembre 2016, les électeurs américains vont choisir un nouveau locataire de la Maison Blanche. Barack Obama, lui, laissera le bureau ovale et les clefs du «Château» de la Pennsylvania Avenue avec, sans doute, le sentiment de n’avoir pas tout réussi durant ses deux mandats présidentiels. Mais il pourra partir sans baisser la tête. Il sera un des rares Présidents américains à quitter la Maison Blanche, après deux mandats consécutifs, sans avoir été éclaboussé par des scandales ou avoir laissé la Nation américaine avec des contentieux internationaux inextricables pour son successeur. Assurément, Barack Obama a cette chance unique de se faire regretter par ses concitoyens, après huit ans à la Maison Blanche. Il a incarné le visage d’une Amérique sympathique, tolérante et ouverte. Tout le contraire de son prédécesseur, George Walker Bush, faudrait-il le rappeler ! Le regret des électeurs citoyens américains et du monde entier est accentué par le fait que la personne qui sera élue pour lui succéder sera choisie par défaut et non par conviction ou avec une adhésion populaire forte et massive. Tout porte à croire que ce sera Hillary Clinton. L’ancienne «First lady» ne manque certainement pas de mérite, mais il faut dire qu’elle devra son élection, moins à ses talents ou ses qualités, qu’au fait qu’elle a, en face d’elle, un challenger des plus commodes pour un candidat, un Donald Trump dont le discours, à chaque intonation, fait le lit du succès de son adversaire. Donald Trump a tout fait pour faire gagner sa rivale, en se révélant comme inapte à la fonction de «Commander in chief». Mais qu’un personnage de la trempe et de l’acabit d’un Donald Trump puisse arriver à être un candidat sérieux à une élection américaine doit faire réfléchir ! Qu’il soit arrivé à se détacher de plus d’une dizaine de concurrents du camp républicain pour s’imposer comme le porte-drapeau de cette autre moitié de l’Amérique doit interpeller !
Donald Trump a clamé lors de sa victoire à l’investiture du Parti républicain, en février 2016, dans un élan populiste, aimer les populations peu éduquées en opposition à l’élite américaine dont la mondialisation à outrance est le slogan depuis des années. Une telle position d’un candidat à une élection présidentielle, dans un des plus grands laboratoires de la démocratie du fait de la diversité des couches constitutives de la population et de la multiplicité d’opinion et d’orientation, est on ne peut plus assimilable à un cri victorieux du populisme en politique. La marche du populisme dans les sociétés occidentales a été lente, mais elle se montre victorieuse ces dernières années. Un bouleversement de l’ordre établi est poursuivi dans des sociétés modernes. Un Alexis Tsipras en Grèce pour des sympathisants de gauche, un Donald Trump en Amérique pour une droite dure et rebelle, la poussée aux extrêmes fait encore recette dans le jeu politique. La Nation et son authenticité reviennent au centre du discours et tout ce qui pourrait la diluer est mis de côté. Le Brexit en Grande-Bretagne, dont la rhétorique s’est fortement appuyée sur un contrôle accru des prérogatives et destinées des populations britanniques en réduisant toute influence extérieure dont celle de l’Union européenne, est un exemple significatif de la volonté manifeste de «reprendre la main». Le phénomène des «Indignés» prend de l’ampleur. L’inexorable montée de l’Extrême droite en France ou de «Podemos» en Espagne ou des «Pirates» en Islande en sont des preuves éclatantes.
Donald Trump a sans doute fait se retourner Abraham Lincoln dans sa tombe en se positionnant comme le chantre de la démocratie populaire, en promettant de «gouverner par le Peuple et pour le Peuple». C’est sans doute un pied de nez à l’élite politique et lobbyiste de Washington Dc, la capitale fédérale. Seulement, si le discours d’un Donald Trump a pu faire écho auprès des foules, c’est justement parce que les élites politiques ont échoué par leurs magouilles, leurs compromissions, leurs reniements et leur manque de courage pour faire face à la montée d’un populisme de mauvais aloi.  Barack Obama a été obligé de se retrousser les manches et son épouse Michelle d’enfiler des ballerines pour battre campagne afin de s’éviter l’opprobre ou le camouflet de devoir remettre les clefs de la Maison Blanche à Donald Trump. Ce personnage n’a montré aucun respect à l’égard du couple Obama et s’est attelé à chercher à discréditer Barack Obama sur ses origines et sur ses réalisations. Donald Trump promet de détricoter tout ce que Barack Obama a eu à réaliser. Il a traité les Obama avec mépris et condescendance et il s’évertuerait, à la tête de la fédération des Etats américains, à défaire tout l’héritage laissé par Barack Obama, notamment le plan «Obama care» qui a permis de restaurer une certaine dignité sociale à des franges importantes de la société américaine.
L’élan porté par Donald Trump consistant à une certaine entreprise de reprise du gouvernail s’accompagne d’un ostracisme frappant de plein fouet les minorités culturelles, ethniques et/ou religieuses. Il ne pourra pas dresser «son mur» en béton et en barbelés à la frontière avec le Mexique, mais en l’annonçant, il frappe les esprits faibles qui sont de plus en plus nombreux. Le patriotisme rigoriste voit dans l’altérité une adversité à dégager pour le bien commun ou plutôt son bien propre. Donald Trump dénonce le «système», mais ce dernier semble lui avoir bien profité. Le coup de pouce électoral du directeur du Fbi, qui a annoncé sans aucune urgence et à dix jours du scrutin relancer l’enquête sur les courriels de Hillary Clinton, est la manifestation parfaite que l’establishment républicain endosserait les diatribes d’un Donald Trump. Il y a lieu de relever que sur ce point, Barack Obama devrait se mordre les doigts. Comment a-t-il pu, pendant huit longues années de règne, laisser des administrations aussi stratégiques que le Fbi et la Cia sous la direction de ses adversaires républicains ? Il aurait même essayé de mettre ses hommes ou ses femmes comme patrons du Fbi et de la Cia et se serait heurté à la majorité républicaine au Sénat que les Républicains auraient du scrupule à chercher de manière aussi manifeste à influer sur le cours de l’élection du 8 novembre 2016.
Dans un grand raout publié par Politico en septembre dernier, des professeurs et chercheurs d’universités américaines étaient questionnés sur l’appel lancé par Donald Trump à la classe ouvrière blanche des Etats-Unis durant toute sa campagne et l’antagonisme fait souvent avec le sort de la communauté noire. Entre autres réponses, les chercheurs soulignent le long déni sous forme de consensus de l’existence d’un système de classes qui est néanmoins bien ancrée dans la société américaine. L’ascension de Trump s’explique à leur avis par un ressenti qui a eu à se renforcer au fur des années. L’opposition entre minorité noire et classe ouvrière blanche porte, selon ces chercheurs, des racines profondes remontant à l’esclavage où ces deux entités ont souvent été confrontées l’une à l’autre et présentées comme ayant des intérêts antagonistes. Cela s’est d’autant plus révélé les derniers jours de la campagne présidentielle que le Ku Klux Klan a cherché à marquer son territoire et à inciter à voter Trump. Cette nouvelle donne réveillera-t-elle les électeurs afro-américains et les Latinos pour voter Clinton ?
En d’autres termes, le face-à-face Clinton-Trump peut se lire comme celui de deux systèmes de valeurs et de façon de voir le monde. Chacun a son argumentaire et sa rhétorique. Un «Make American great again» s’oppose à un «Stronger together», professant deux démarches radicalement contraires. C’est l’une des premières fois que, dans une élection américaine, aucun des candidats n’a fait de l’entreprise de promotion de la démocratie à travers le monde un des axes de sa campagne. Cela montre à quel point cette élection est américano-américaine, interrogeant le modèle de société de ce pays sans nier les impacts de son dénouement de par le monde.
La gouvernance de Barack Obama a suscité beaucoup d’espoir et a été source de changements à divers niveaux. La posture prise ce vendredi dernier lors d’un meeting en Caroline du Nord pour recadrer des militants démocrates lors d’une intrusion d’un supporter de Trump est symbolique de sa hauteur républicaine et du travail accompli pour le rassemblement et l’inclusion dans la diversité. Un héritage est laissé, sa préservation et sa pérennité ne seront que gages supplémentaires de grandeur pour les Etats-Unis d’Amérique. Les élections américaines auront montré qu’un questionnement profond de la politique se fait dans les sociétés occidentales avec, à la clé, de grandes leçons à tirer pour la démocratie en tant que système d’organisation sociale et politique.

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