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L’Association Fadiart avec à sa tête Pape Faye, président national de l’Association des comédiens du Sénégal et la jeune comédienne Dialika Sané participent, à leur manière, à la lutte pour l’abandon de la pratique de l’excision. La jeune comédienne, ancienne élève de Pape Faye, propose aux Sénégalais un monologue sur le thème des mutilations génitales. La pièce d’une heure et demie sera interprétée le 27 mars prochain, à l’occasion de la Journée internationale du théâtre.

C’est un texte fort, puissant, assez élaboré qui traite du sensible thème de l’excision en milieu diola. Dialika Sané a écrit ce monologue et c’est elle-même qui joue la pièce. Une première au Sénégal, selon Pape Faye, président national de l’Association des comédiens (Arcots) du Sénégal, qui a été son professeur de théâtre au Cours Sainte Marie de Hann, en classe de première et de seconde. «Il n’y a pas de femme qui fait dans le One man show au Sénégal», dira avec fierté, Pape Faye. Dans ce monologue d’une heure et demie, Dialika Sané met en scène une fille, Sally. Après avoir perdu «ses pétales», Sally cherche des réponses à cette pratique qu’elle qualifie de violente et de brutale auprès de sa maman. «Pourquoi m’avoir coupé ce qu’il y a de plus intime en moi mère ? dit-elle révoltée. «Ma fille, lui répond sa mère, tu viens d’être une femme pure, anoblie». «A-t-on besoin d’être violentée pour être une reine ?», s’interroge alors Dialika Sané, choquée. Un petit extrait qui donne un avant-goût de la pièce qui, selon Pape Faye, sera jouée à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale du théâtre ce 27 mars au Grand Théâtre.
Très tôt, cette jeune diola a été confrontée aux sujets qui traitent des mutilations génitales. Déjà toute petite, elle tombe sur le livre de l’Ivoirienne Fatou Keita  «Rebelle». «Je n’avais rien compris. Je me suis demandée comment on peut couper les parties génitales d’une petite fille». Après, la jeune fille a découvert que beaucoup de femmes de son entourage avaient subi l’excision. Et c’est à partir de là qu’elle a commencé un travail de recherche. Sous forme de questions-réponses, elle a essayé de pousser celles qui en sont victimes à la confession. La plupart, dit-elle, en étaient fières. Parce que, explique la comédienne, l’excision en milieu diola est faite dans le cadre de rites de passage sacrés. «Des rites précédés de réjouissances, de danses et clôturés par des réjouissances aussi. Ce qui fait que les femmes en gardent une image positive», explique-t-elle. Mais ce qui est intéressant dans ces confessions, souligne Dialika Sané, c’est que le langage corporel les trahit. Car l’excision, «c’est quelque chose de violent, de brutal. On a beau vous expliquer qu’après vous aurez droit à une épreuve qui vous anoblit, mais quand vous voyez la lame rouillée de sang qui vient vers vous c’est le choc  total surtout qu’autour de vous, il n’y a que des femmes qui vous aiment, vos tantes. On passe de la danse au sang», indique l’ancienne élève des Cours Sainte Marie de Hann.

Dire les choses sans tabou
La comédienne dit n’accuser aucune coutume. Elle veut juste des réponses aux nombreuses questions qu’elle se pose par rapport à sa tradition. «Peut-être que je n’en aurai pas», se désole-t-elle.  Mais avec ses mots, elle espère guérir certaines plaies. Et aussi guérir des traumatismes dont de nombreuses femmes souffrent comme cette femme qui lui a confessé qu’après avoir subi l’excision, jusqu’à présent elle n’arrive pas à laver les parties intimes de sa fille, car elle a peur de lui faire mal. Cette pièce s’adresse donc aux femmes, aux communautés, aux Ong qui luttent contre l’abandon de la pratique de l’excision. Elle sensibilise sur le fait que tout n’est pas bon dans nos us et coutumes et parfois, il faut oser franchir le pas.
L’auteure de la pièce est une ancienne élève du comédien et metteur en scène Pape Faye. Après un séjour d’une douzaine d’années en France où elle a fait une formation en journalisme, elle revient dans son pays pour retrouver ses vieux amours l’écriture. Son projet est porté par l’Association Fadiart. Une Association créée pour l’occasion, présidée par l’artiste Pape Faye. Fadiart ne compte pas s’arrêter à cette pièce, elle envisage de faire dans l’édition, une façon pour les initiateurs d’inciter les jeunes à l’écriture.
ndieng@lequotidien.sn

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