PARTAGER

La pièce sénégalo-belge Black clouds (nuages noirs) a été jouée hier au Grand Théâtre, en présence d’un public constitué de lycéens et collégiens. Valérie Bauchau, François Sauveur, Fatou Hanne et El Hadj Abdourahmane Ndiaye alias Kabila ont fait voyager dans l’univers de l’ordinateur, du web, du hacktivisme et du tourisme sexuel pour livrer un message : le partage et la libre circulation du savoir sur le net.

Les initiateurs du système d’exploitation Ubuntu ne sont plus les seuls à revendiquer la libre circulation des données sur le net. A travers le spectacle présenté hier au Grand Théâtre, les comédiens de la compagnie belge Artara ont purement et simplement joué la carte de la gratuité et de  la libre circulation du savoir sur le net. Dès qu’elle entre sur scène, la comédienne Valérie Bauchau campe le décor. Elle interprète le rôle de la mère de Aaron Swartz, un «hacktiviste» dont elle conte l’histoire. A 20 ans, Aaron  Swartz était millionnaire, mais cela ne l’intéressait pas. Ce qui intéressait vraiment ce jeune Américain et inventeur du site Reddit, c’était d’améliorer le monde, de le faire mieux fonctionner à travers sa passion de l’internet. Durant toute sa vie, il va se battre pour défaire les barrières que certains érigeaient sur le net. Alors qu’il était étudiant au Mit, Aaron descend au sous-sol de l’université et pompe plusieurs documents qu’il met à la disposition de tous en ligne. Il n’en était pas à sa première action. Quelques années avant, il avait aussi pompé sur un site près de 8 millions et demi de pages qu’il avait rendues accessibles à tous. L’idée qu’une partie du monde n’avait pas accès à ces documents lui était inconcevable. Pourquoi des étudiants américains avaient droit à un savoir auquel des étudiants africains n’avaient pas ? Pourquoi il faudrait payer pour accéder à la loi qui pourtant est la base de la démocratie ? «Pour Aaron, c’était juste inconcevable», relève la comédienne qui rapporte la terrible fin de Aaron.
«Traqué, terrorisé par le Fbi et menacé d’être emprisonné, Aaron Swartz va préférer se suicider que de passer 35 ans de sa vie en prison.» La salle, composée essentiellement de jeunes adolescents, est visiblement secouée par cette histoire inspirée de faits réels. Un silence lourd plane dans le public désormais impatient de connaître la suite et l’intérêt de cette histoire tragique. Et c’est justement le moment que choisit la comédienne, «mère de Aaron», pour glisser un message, disculpant sur toute la ligne son fils. «Pour lui, il n’avait pas outrepassé la loi, il s’était contenté de la partager. Est-ce que les criminelles ce ne sont pas ceux-là qui essayent de s’approprier le savoir, de privatiser l’accès à la connaissance ? Qui est coupable ? Celui qui dénonce le vol ou celui qui vole ?», interpelle-t-elle, cédant la scène à François Sauveur et El Hadj Abdourahmane Ndiaye alias Kabila. Ils joueront respectivement le rôle de Steve Jobs lors du lancement du premier Macintosh en 1984 et du Président burkinabè Thomas Sankara, prononçant son célèbre discours à l’Assemblée des Nations unies. Deux moments historiques, deux discours croisés pour offrir un grand spectacle à travers lequel le public pouvait jauger l’importance de l’ordinateur, cet «outil extraordinaire», «le plus incroyable outil qu’on ait jamais vu».

Un spectacle très impressionnant
Prenant son rôle de fondateur d’Apple très au sérieux, François Sauveur s’est lancé dans une démonstration sur l’importance de l’ordinateur, du web, tout en lançant des messages indiquant à tout le monde l’impératif d’apprendre à programmer un ordinateur. «La science informatique est quelque chose que tout le monde doit apprendre. Donnez-vous les moyens, apprenez les codes informatiques, apprenez comment franchir les barrières derrière lesquelles on essayera toujours d’enfermer les savoirs !», dit-il. Très attentifs à ces déclarations qui résonnent comme un cours magistral, le jeune public s’est aussi plu à suivre, non sans en rigoler par moments, l’histoire de ce jeune brouteur qui se plaît dans le tourisme sexuel.
Au sortir d’une heure de spectacle, les jeunes lycéens et collégiens ont trouvé «très intéressante» l’aventure Black clouds, racontée par les 4 comédiens. «Les acteurs étaient très dynamiques. Je n’ai pas compris toutes les scènes, mais en général, j’ai compris qu’ils parlaient de l’utilisation des ordinateurs et machines. Comment soit les machines nous commandent soit la façon dont nous en sommes dépendants. J’y retiens aussi comment dans quelques années les machines auront un impact sur nos vies, à travers le monde», a confié Habibatou Diakité, une élève inscrite en classe de 3e aux Cours Sainte-Marie de Hann. Pour l’auteur de la pièce, Fabrice Murgia, c’était très important de jouer ce spectacle Blacks cloud au Sénégal. Il l’a dédié à Younouss Diallo, un ami, collaborateur et frère décédé en novembre 2014). L’aventure Black clouds se poursuit ce soir et le grand public pourra encore voir la pièce à 20h 30 au Grand Théâtre. Une représentation à voir absolument !
aly@lequotidien.sn

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here