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Il fait partie de Benno bokk yaakaar, mais fait confiance plus à sa propre bannière à chaque élection. Après les Locales de 2014 et les Législatives de 2017, Théodore Chérif Monteil, qui dit ne pas être à la marge de la coalition présidentielle, repart encore à la conquête de la mairie de Kaolack. En «homme libre», le député exprime ses convictions. Il est contre un report des Locales, pour un parrainage citoyen multiple ou par les élus. Le leader de l’Union citoyenne/Bunt bi relève qu’avec la suppression du poste de Pm, le président de la République, sur la base des «pouvoirs exceptionnels», peut dissoudre l’Assemblée nationale.

L’actualité c’est le lancement du dialogue politique. Quelle appréhension en avez-vous ?
Le concept «dialogue politique» m’a toujours posé un problème parce que dans ce pays, on est en permanence en dialogue. Je parlerais plutôt de concertations politiques entre plusieurs partis qui veulent s’entendre sur des méthodes et des moyens d’aller à des joutes électorales. Pour l’essentiel, il s’agit de se concerter sur le mode d’élection, le processus électoral, les modes d’arbitrage, la démarche à suivre pour aller à des élections sans contestations. Sur ce point, je suis en phase avec le chef de l’Etat qui appelle au dialogue. Il est important que les acteurs politiques puissent s’entendre pour que demain, au sortir des urnes, il n’y ait pas de contestations et que le pays continue à travailler dans la paix. Il convient de reconnaître que certains blocages résultent du fait que le pouvoir vient avec des termes de référence quasi immuables. Lorsqu’on invite au dialogue, il faut se montrer ouvert tout en encadrant le déroulement de celui-ci.
Est-ce le cas aujourd’hui ?
Il est certainement encore tôt pour l’affirmer. Ils vont présenter les termes de référence, les gens feront des observations et des amendements. Il est souhaitable que la majorité prenne en compte les observations de toutes les parties. Donc, il faudrait élaborer ensemble les termes de référence avant de démarrer effectivement le dialogue ou accepter que ces derniers soient amendés avant le démarrage effectif de la concertation. Les deux dernières élections ont quand même installé un certain malaise. Et un pays qui aspire à l’émergence n’a pas besoin de contestations et de polémiques qui ne sont pas propices au travail. Maintenant, il est important que les candidats malheureux acceptent leur défaite et que le pays continue sa marche. Ce faisant, ils contribuent de manière républicaine à l’éducation pour la paix et à l’ancrage du jeu démocratique dans le pays. Nous avons besoin de mettre l’énergie et la réflexion des Sénégalais dans le panier pour que le Sénégal émerge.
Justement dans le panier du dialogue, il y a la date des élections locales. N’est-ce pas là une façon de préparer à un report ?
Ce serait regrettable. Si le doute est permis, il serait dommage d’en arriver là. Ce n’est pas parce qu’on est aux affaires qu’on peut décider du calendrier républicain comme on veut. Le président de la République ne peut pas décréter la date des élections. Nous disposons d’un calendrier républicain qu’il convient de respecter. Nous devons rappeler que le Peuple est souverain et sa confiance mérite d’être ménagée afin d’éviter toute suspicion de manipulations. On ne devrait pouvoir prolonger ses mandats sans de justes motifs.
L’Etat a quand même précisé que si l’opposition est d’accord pour le report…
Soit ! Une élite politique ne devrait jamais s’arroger la possibilité de conclure un deal dans le dos du Peuple. Après, il ne faut pas s’étonner d’entendre «tous des pourris». Que l’opposition soit d’accord ou pas, il ne s’agit tout simplement pas de leur prérogative. Il y a déjà eu un premier report. Avons-nous besoin d’un autre report et pour quels motifs ?
L’idée d’un couplage entre les Locales et les Législatives a été agitée à un moment donné. Pensez-vous que cela soit possible ?
Il ne peut pas y avoir de couplage dans la configuration actuelle. Que se passerait-il ? La loi électorale sénégalaise dispose que pour aller à des élections, il faut passer par le parrainage. Donc, il y aurait un parrainage pour la commune, un pour le département et un autre national pour les Législatives. Matériellement, ce n’est pas possible et pour ces trois différentes élections, on va demander à l’électeur de prendre un bulletin de vote pour la commune, un autre pour le département et un autre pour les Législatives. Cela provoquerait une grande confusion dans la tête des Sénégalais dont la majorité est analphabète. Les Sénégalais ont élu des conseillers municipaux et départementaux en 2014. Leur mandat arrive à échéance, il faut organiser d’autres élections.
Alors, il y a justement des arguments avancés pour ce report-là. C’est le parrainage, l’élection des maires au suffrage direct, entre autres. Ces arguments ne sont pas convaincants, ou alors on est dans un système de pilotage à vue, ou lorsqu’on a introduit la réforme, on ourdissait déjà le report.
Pour le parrainage, nous avions dit à l’époque que c’était une très bonne chose. Il n’en demeure pas moins que la réforme a été faite dans la précipitation. Elle n’a pas été réfléchie parce qu’on ne peut pas engager une réforme si importante dans une année électorale puisqu’elle impacte tout un processus. Il aurait fallu tester le parrainage sur des élections beaucoup plus simples. On sait que la mise en œuvre du parrainage citoyen a été très complexe. On n’en parle certes pas, mais en réalité personne ne peut vérifier la signature d’un parrain, ou cela demanderait des moyens qu’il serait difficile de mobiliser à chaque scrutin.
Le Conseil constitutionnel n’a pas pu le faire…
Ils n’ont jamais parlé de signature. Ils ont juste vérifié l’effectivité de la présence du parrain sur le fichier électoral. Si je mets votre nom sur ma fiche avec votre numéro de carte d’identité et que j’arrive le premier, vous devenez mon parrain, avec ou sans votre consentement. Ce n’est pas du parrainage. Vous pensez qu’on peut faire ça pour bloquer des adversaires ?
Pour vous, c’était le cas ?
Je pense tout simplement que la finalité du parrainage, c’était de rationaliser les candidatures. Maintenant, dans sa mise en œuvre, il est très complexe et discriminatoire. La discrimination est interdite dans toutes les actions de l’Etat. Et se faire élire ou voter est un droit fondamental du citoyen. Il est permis de le restreindre, mais lorsque l’Etat décide de le faire – c’est le cas du parrainage, car c’est une restriction – il doit se garder de le faire de manière disproportionnée. C’est pour cela qu’il ne fallait pas passer en force. Donc, on doit revoir les points d’achoppement et tenter d’y apporter des solutions.
Faut-il alors se passer du parrainage pour les Locales ?
Mettons un parrainage des élus !
On risque d’écarter d’autres qui n’ont pas des élus…
Non, en France, il y a des élus qui parrainent des candidatures qui ne sont pas forcément du même bord.
Oui, mais est-ce que nous avons cette même maturité ?
Il faut éduquer. Le rôle des partis politiques, c’est même un devoir constitutionnel qui est celui d’aller vers les citoyens et de les sensibiliser, de les informer de la démarche à suivre pour pouvoir élire les bons représentants et de les contrôler. Encore une fois, le parrainage citoyen tel qu’il a été déployé au Sénégal est discriminatoire dans la mesure où le citoyen ne peut parrainer qu’une seule liste.
L’autre danger, c’est au niveau de l’ordre d’arrivée lors du dépôt des candidatures. Le cirque auquel on a assisté devant le Conseil constitutionnel montre clairement que tout n’était pas au point.
Certainement, ils en ont tiré des leçons…
Oui ! Mais quelqu’un arrivera toujours devant les portes du Conseil constitutionnel ou de la préfecture pour déposer sa liste. Si on avait permis au citoyen de parrainer plusieurs listes ou candidats, il n’y aurait aucun problème. Le citoyen doit pouvoir se dire : «Je pense que telle personne peut être candidat, je la parraine. Telle autre ne peut pas l’être, je ne la parraine pas.» Ne pas offrir ce choix à l’électeur, c’est même violer la loi électorale parce que le fait de parrainer un seul candidat donne une indication de vote. En clair, je milite pour le parrainage citoyen multiple ou par les élus. Ou alors on élimine complètement le parrainage parce que tel qu’il est appliqué aujourd’hui, il n’est pas opérationnel.
Aux Locales de 2014, vous aviez proposé un scrutin à deux tours. Et dans les termes de référence du dialogue, il y a le mode de scrutin qui est sur la table…
Oui, j’en riais la dernière fois quand j’ai vu dans la presse qu’on avait dit que c’est Monsieur Aliou Sall qui a proposé la modification du mode d’élection. Je disais que j’en avais parlé à deux reprises en 2014 dans un article publié par vos confrères. A l’époque, on avait soulevé une possibilité d’élire les maires au suffrage universel direct à un tour. Donc, je mettais en garde sur le fait qu’un maire pourrait être élu par 10% des électeurs d’une localité. Ce serait une aberration de voir une personne diriger 90% d’individus qui ne sont pas d’accord avec sa politique, son programme ou sa démarche. Donc, j’avais parlé de l’élection du maire au suffrage universel direct à deux tours. En effet, dans l’esprit de l’Acte 3 de la décentralisation, l’Exécutif local est entre les mains du maire. De ce point de vue, il contrôle les richesses de la collectivité. Voilà pourquoi, à côté de l’élection du maire, on doit mettre en place un conseil local qui sera un parlement local issu des conseils de quartier et qui va contrôler les politiques du maire.
Et là, comment désigner ces conseillers ?
Ces conseillers seront élus sur la base d’une liste qui respecte la représentation géographique de la commune, c’est-à-dire tous les quartiers doivent être présents sur la liste. Au Sénégal, quand on décentralise, on a besoin de mettre en place des politiques publiques qui demandent l’adhésion des populations. Il faut partir du bas et vers le haut. Aujourd’hui, les réalisations du Président Macky Sall sont nombreuses et diversifiées. Mais les gens ouvrent grand les yeux quand on leur parle du Pudc parce qu’ils ne se sont pas appropriés ces programmes-là. Encore une fois, il faut faire en sorte que tous les quartiers soient représentés dans les listes. Par exemple, je suis un conseiller de Kaolack, je représente le quartier de Ngane. Quand on va concevoir le budget, je peux alors exprimer les besoins de mon quartier. Et c’est comme ça qu’on construit un pays.
En 2014, l’opposition parlait de 50/50…
Non, l’opposition voulait qu’on augmente le nombre d’élus sur la proportionnelle. Quand on fait ce genre de panachage, on essaye de faire de telle sorte que les petits partis puissent être représentés dans les conseils, que le raw gaddu ne prenne pas le dessus. Et c’était un peu compliqué à l’époque parce que les élections étaient là. Mais aujourd’hui, je pense que le Sénégal est assez mûr pour pouvoir élire les maires au suffrage universel direct. Que ce soit un scrutin de candidature et non un scrutin de listes.
Vous étiez en 2014 candidat à la mairie de Kaolack. Le serez-vous encore aux prochaines Locales ?
Absolument ! J’envisage d’être candidat à la mairie de Kaolack sous la bannière de mon parti politique, Union citoyenne/Bunt bi qui fera des alliances comme d’habitude avec des gens qui ont les mêmes convictions que nous. C’est vrai que nous sommes dans Benno bokk yaakaar, mais tel qu’elle fonctionne aujourd’hui…
Vous semblez être à la marge de Benno bokk yaakaar, puisque vous aviez votre propre liste aux dernières Législatives et Locales…
On n’est pas à la marge de Benno bokk yaakaar. Beaucoup de gens me posent cette question. On est dans Benno bokk yaakaar dans le cadre d’un soutien à la politique du Président Macky Sall. Nous avons cheminé avec le Président, humainement et politiquement. Et nous pensons que le programme qu’il propose au Sénégal, le Plan Sénégal émergent, tient la route malgré ses insuffisances. Mais nous avons toujours dit que notre soutien est inconditionnel. Nous ne demandons pas de postes de direction ni de ministre, encore moins des places sur une liste. Nous prenons nos responsabilités pour aller aux élections. Et cela nous donne notre liberté de ton. Quand on est d’accord avec quelque chose, on dit qu’on est d’accord. Quand on n’est pas d’accord, on le fait savoir avec arguments à l’appui sans être nihiliste. Nous sommes dans la réflexion pour construire ce pays. C’est pour cela d’ailleurs que le slogan de notre parti, c’est Agir pour servir le Sénégal. Qui a été repris par beaucoup (il ne termine pas, rires).
Qu’est-ce qui explique votre détermination à prendre la ville de Kaolack ? Est-ce parce que l’équipe sortante n’a pas travaillé ?
Je ne dirai pas que l’équipe en place ne travaille pas. Peut-être qu’elle travaille à la mesure de ses moyens, de ses capacités. En revanche, on constate aujourd’hui que Kaolack est à la traîne sur tous les plans. Du point de vue de l’école ou de la santé, c’est la catastrophe. Pour l’environnement de Kaolack, ça frise le surréalisme. Vous entrez à Kaolack, vous êtes accueillis par les ordures. Vous en sortez, ce sont les ordures qui vous raccompagnent.
Est-ce que la mairie a les moyens de solutionner cette lancinante question ?
Absolument !
Qu’est-ce qui l’empêche alors de le faire ?
Je ne sais pas. La gestion des ordures ménagères n’a rien à voir avec la propreté qui, elle, est un comportement social. Un individu est propre ou sale, selon qu’on lui a appris à être propre ou pas. La gestion des ordures ménagères est une technique industrielle. Il faut savoir quels sont les types d’ordures qu’on a ? Quelle quantité ? Ramasser des ordures, c’est très facile. C’est ce que font les femmes de ménage tous les jours à la maison. Mais que faire des ordures qu’on a ramassées ? C’est ça qui est problématique. Il faut que les gens sachent qu’il y a plusieurs types d’ordures et qu’on ne les gère pas de la même façon. Dans le monde moderne, on est dans ce qu’on appelle une économie circulaire. Et les gens travaillent sur le concept de la fonctionnalité. Quand on conçoit un objet, on le suit jusqu’au recyclage. L’industriel qui produit une boîte de thon par exemple pense à ce qu’il va faire d’elle après usage. Quand Air France achète un avion chez Airbus industries, le moteur qui est dedans n’appartient pas à Air France, mais à Airbus. Au bout d’un certain nombre d’heures de vol, il revend le moteur à son propriétaire qui va le recycler. Quand vous prenez le A380, l’un des plus gros avions du monde, c’est 80% de recyclage, jusqu’aux sièges. Aujourd’hui, c’est tellement facile. Moi je travaille sur un programme pilote de gestion des ordures ménagères à Kaolack à implanter à l’échelle d’un quartier pour montrer aux gens que c’est possible. J’ai déjà fini d’écrire le programme avec l’investissement, les machines, la méthode de collecte et tout pour montrer qu’on peut éduquer les gens à la maison, leur apprendre à avoir trois types de poubelles dans la maison et à mettre les ordures dans trois types de poubelles. Tout ce qui est déchet organique servira à faire du compost dans des bio-digesteurs. Et après tout, le compost qui est produit va être revendu. On récupère le plastique, on fait des pellets de painting pour remettre dans le cycle, etc. Cette économie circulaire permettra non seulement de faire des économies de matières premières, mais aussi de créer des richesses et de l’emploi.
Pensez-vous qu’en dehors de Benno bokk yaakaar vous pouvez gagner la mairie de Kaolack ?
On verra le moment venu la meilleure voie pour arriver à nos fins..
Vous serez avec qui ?
Je serai avec les Kaolackois. Bby est une alliance politique. Pour être élu, ils ont besoin du vote des Kaolackois. Nous nous présenterons devant les Kaolackois et nous leur soumettrons nos propositions. C’est la démarche de l’Union citoyenne. On n’est pas seul. Quand les gens me demandaient si je vais me présenter seul, je leur disais non. On se présente avec les populations et nous avons leur soutien. Aujourd’hui, nous allons demander à un groupe de Kaolackois, de jeunes et de moins jeunes de s’asseoir et de réfléchir sur une lettre d’orientation. Cela nous permettra de savoir avec qui, quelle démarche et quels moyens…
Allez-vous présenter une liste au niveau national ou ce sera juste à Kaolack ?
L’Union citoyenne/Bunt bi est en train de regarder de manière précise les localités où elle sera présente. Peut-être que nous ne pourrons pas être présents partout sur le territoire sénégalais, mais là où les dernières Législatives nous ont montrés que l’Union citoyenne a des chances, nous irons à la conquête du pouvoir.
Le maire d’Oussouye est-il toujours avec vous ?
Le maire d’Oussouye est un membre…
Il est de l’Apr, non ?
Il n’est pas vraiment de l’Apr. Cependant, il a un mouvement qui est plus proche de l’Apr que de l’Union citoyenne. C’est un mouvement mackyste.
Avez-vous toujours de bonnes relations ?
Absolument, nous gardons de bonnes relations.
Est-ce que vous comptez l’investir aux Locales à Oussouye ?
On va l’investir aux Locales s’il est d’accord pour continuer le compagnonnage. On se voit régulièrement. Nous sommes en contact et nous avons des propositions à faire pour Oussouye, toujours dans le cadre d’une alliance entre son mouvement et l’Union citoyenne.
Ne craignez-vous pas le phénomène Ousmane Sonko qui a gagné à Oussouye lors de la Présidentielle ?
Cela n’a rien à voir. Vous savez, ce vote communautaire dont on a parlé dans le Sud du Sénégal, il peut être possible pour une élection présidentielle, mais pas pour les Locales.
Sonko aura une liste…
Effectivement, Pastef aura une liste, mais ce sont des enfants du terroir qui feront face. Donc, il n’y a aucun risque de dérive communautaire. Chacun n’a qu’à faire son offre politique et les populations feront leur choix.
Vous avez fait de bons résultats à Ranérou Ferlo…
Nous avons eu là-bas de très bons résultats et on continue le travail. On est en contact avec les populations. La même démarche sera poursuivie.
Dans un entretien avec EnQuête, vous disiez qu’il n’est pas possible dans le cas actuel, pour l’As­semblée nationale, de faire son travail. Cette déclaration est-elle plus valable avec la suppression du poste de Premier ministre ?
C’est encore plus grave aujourd’hui (il se répète). Les implications de la suppression du poste de Premier ministre sur le plan institutionnel sont beaucoup plus graves qu’on ne le pense. Le poste de Premier ministre, dans l’architecture administrative et institutionnelle du Sénégal, n’avait pas de sens. Tous les pouvoirs du Premier ministre lui étaient conférés par le président de la République. Donc, il était plus un jalon ralentisseur qu’autre chose.
Etes-vous d’accord pour sa suppression ?
Oui. Maintenant si on supprime ce poste, il faut que l’on sache qui est responsable devant le Parlement. Personne n’est responsable devant le Parlement.
Ce sont les ministres ?
Non, le ministre n’est pas responsable devant le Parlement.
Mais ils peuvent être entendus par l’Assemblée nationale…
C’est ce que disent les textes. Le président de la République nomme les ministres et les secrétaires d’Etat qui sont responsables devant lui. Le Parlement peut convoquer les ministres ou les directeurs dans une commission d’enquête pour une question orale, une question écrite ou une question d’actualité. Si on vous convoque pour une question d’actualité, vous pouvez venir ou ne pas venir. Si vous ne venez pas, qu’est-ce que l’Assemblée peut faire ? Rien du tout parce qu’il n’est pas responsable devant le Parlement. Il n’y a aucun texte qui le dit. Si un ministre vient et nous sert une réponse dans le cadre d’une question d’actualité, cette séance ne prévoit pas de vote. Le ministre s’en va. Là, c’est le dialogue entre le deux institutions qui est rompu. Dans l’ancien texte, il était dit que le gouvernement est responsable devant le Parlement. Ce contrôle des politiques publiques avait son sens. L’ancien texte, en son article 52, disposait que le président de la République ne peut pas dissoudre l’Assemblée nationale durant l’exercice des pouvoirs exceptionnels. Cet alinéa est enlevé du nouvel article 52. Les gens disent que l’article 52 n’a jamais été utilisé parce qu’il n’y a jamais eu de crise. C’est vrai qu’il n’y a jamais eu de crise et nous ne le souhaitons pas. Mais en cas de risque de non-fonctionnement des politiques publiques et des institutions, le président de la République peut prendre des pouvoirs exceptionnels. Supposons qu’une loi arrive à l’Assemblée nationale, que les députés refusent de la voter, que fait le Président ? Le non-vote de la loi provoque un arrêt de fonctionnement des institutions. Le Président prend les pouvoirs exceptionnels et dissout l’As­semblée nationale. C’est possible.
A votre avis, qu’est-ce qui motiverait cette décision de suppression du poste de Premier ministre au-delà du fast track évoqué ?
Je ne sais pas. Je suis d’accord avec la suppression du poste de Premier ministre. Est-ce qu’il y a un agenda caché ? Je ne sais pas. Les politiques ont toujours un agenda caché. Je ne saurais être devin sur cette question. Cependant, quand on supprime un élément dans une architecture, il faut la reconfigurer pour que les choses puissent fonctionner correctement. Cela n’a pas été fait. On a supprimé un maillon et on a laissé la chaîne flottante. Je pense que cela crée un problème.
Est-ce qu’il y a une crise à Benno bokk yaakaar à l’approche des Locales ?
Je ne pense pas.
Des alliés commencent à afficher leurs ambitions pour ces élections…
C’est toujours le cas, mais dans Bby, des gens s’éloignent, d’autres partent. Nous, nous sommes libres parce que nous avons adhéré à cette coalition en toute liberté. Nous savons prendre nos responsabilités quand il le faut. Mais je ne pense pas que Bby va éclater parce qu’il y a des élections locales. Ils ont leur démarche qu’ils suivent et qui reste logique. Je pense que c’est cela qui fait le ciment de cette coalition. Ils savent s’entendre sur l’essentiel quand c’est le moment. Maintenant, est-ce que ce qui est essentiel pour eux l’est pour le Peuple ? C’est la question qu’il faut se poser.

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