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Vouloir accéder au village de Tobène, dans la commune de Pire, département de Tivaouane, relève du parcours du combattant. La piste sablonneuse qui y mène à travers des étendues de dunes suffit à mesurer la souffrance des populations de cette localité qui manque presque de tout. Une contrée qui n’a ni eau ni électricité et, de surcroît, souffre d’un manque affligeant d’infrastructures sanitaires. L’unique case de santé dont elle dispose est fermée depuis 2004. Que de doléances formulées au cours d’un point de presse par des populations qui n’en peuvent plus et n’ont pas fini d’exprimer leur désarroi !

«Les problèmes qui gangrènent notre village, Tobène, sont multiples et multiformes. Nous ne cessons d’interpeller les autorités compétentes et cela depuis des années, mais malheureusement nous ne les voyons qu’à l’approche des élections pour venir quémander des voix.» C’est la remarque faite par les populations de Tobène qui n’ont pas fini de pleurer sur leur sort. Le porte-parole, Cheikh Top, précise : «Nous avions tenu une manifestation à travers laquelle nous avions reçu un chapelet de promesses de la part des autorités compétentes, mais malheureusement ces engagements tardent toujours à se réaliser, notamment la construction d’un poste de santé, l’électrification du village et le bitumage du tronçon d’environ 7 kilomètres Pire-Tobène.» Et du fait que jusqu’à ce jour rien n’est encore fait, ces populations ont, à leur tour, pris la décision de boycotter l’élection présidentielle du 24 février 2019. Elles expliquent «ne voir aucun intérêt à aller aux urnes à chaque élection alors qu’aucune retombée venant des autorités compétentes n’est enregistrée à notre niveau». En effet, souligne Cheikh Top, «sur le plan sanitaire, aucune mesure n’a été prise jusque-là. Le village est malade. Notre soi-disant poste de santé, depuis plus de 14 ans, n’a pas reçu de personnel pouvant assurer les moindres soins qu’un patient aurait besoin. Même pour se procurer un simple paracétamol, les populations sont obligées de faire 11km, jusqu’à Tivaouane, ou 7, jusqu’à Pire Gourey. Notre santé est donc en danger». Suffisant pour mesurer les tracasseries que vivent au quotidien les 350 ménages et plus de 4 000 âmes qui se réveillent dans cette localité. Un village qui se meurt dans l’obscurité totale, faute d’électricité.
Sous ce rapport, les riverains de juger nécessaire d’interpeller directement le président de la République pour leur «venir en aide» parce que, disent-ils, «nous ne pouvons pas exercer pleinement nos activités si nous ne sommes pas d’abord un village électrifié. C’est tout un chapelet de conséquences qui découlent de ce manque d’éclairage public. Les étudiants, les élèves, les tailleurs, les mécaniciens, personne ne peut dans ce village exercer correctement ses activités».
Sur la question de la pollution causée par la proximité des Industries chimiques, situées à quelques mètres seulement du village, les habitants de Tobène disent n’avoir aucune autre voie de recours que de lancer un appel au Président Macky Sall face à leur «enfer». Ils se plaignent du fait que «cette entreprise ne cesse malheureusement de nous polluer. Aujourd’hui, notre santé est d’autant plus fragile que l’atmosphère ici est complètement polluée parce que nous vivons en perpétuel danger avec la proximité de cette entreprise». Aussi, elles exigent à que les jeunes qui n’ont pas accès à l’emploi au niveau des Ics soient au moins embauchés dans cette entreprise. Leurs réclamations vont également dans le sens d’une «protection sanitaire totale des populations» ou bien, au moins, «la délocalisation immédiate du village de Tobène vers des sites convenables, bien viabilisés et dotés d’équipements adéquats. A cet effet, nous réclamons des autorités compétentes une concertation de façon consensuelle et l’application d’une indemnisation qui ferait l’objet d’un consensus général au sein de la population». Aussi que «la jeunesse des zones riveraines des Ics soit privilégiée en ce qui concerne le recrutement de la main-d’œuvre. Ce, d’autant que la quasi-totalité des jeunes de ce village sont des chauffeurs, mais ont des difficultés pour trouver un emploi dans ces Industries chimiques». Enfin, les populations exigent «la mise en œuvre d’un programme de formation qualifiante pour les jeunes de la localité» et «la mise en place d’un fonds d’appui et de promotion des initiatives féminines».
nfniang@lequotidien.sn 

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