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La société civile thiessoise, qui n’approuve pas les rencontres visant à procéder à une évaluation de l’Acte 3 de la décentralisation, a soulevé des questions relatives aux futurs pôles territoriaux, à la place de Thiès dans ces nouvelles entités, et aux actes de gestion des maires.

Le Comité régional de développement (Crd) spécial consacré à l’évaluation de l’Acte 3 de la décentralisation, présidé par le ministre des Collectivités territoriales et de l’aménagement du territoire, Oumar Guèye, a servi hier à Thiès de tribune au Coordonnateur général adjoint du Forum civil pour dénoncer «le format politique» de ce genre de rencontres. Abdoul Aziz Diop pense que «même si l’approche est inclusive, le format reste politique». Et selon lui, «le plus important c’est que la volonté politique, quelle que soit sa pertinence, doit être toujours arrimée à l’avis technique éclairé et objectif, mais aussi aux préoccupations et aux préjudices des populations». Il explique : «Le format du Crd ne nous a vraiment pas permis d’aller dans la prospective. C’est un Crd d’évaluation prospective de l’Acte 3 de la décentralisation et à ce niveau, nous, en tant que société civile, ce qui nous intéresse le plus c’est l’impact, une évaluation objective et un diagnostic prospectif à la fois.»

Les inquiétudes de la société civile
D’abord, signale-t-il, «le ministre devrait apporter une réponse à notre interpellation sur la place des futurs pôles territoriaux, s’ils seront véritablement des échelles de gouvernance ou de développement. Et la place que Thiès occupera dans le cadre de ces futurs pôles territoriaux». Des questions auxquelles il faudra répondre, de l’avis du coordonnateur de l’antenne régionale de la coalition «Publiez ce que vous payez».
L’autre inquiétude relevée par Abdoul Aziz Diop concerne les «fonds des Collectivités territoriales transférés par l’Etat». Il donne l’exemple du Fonds de péréquation qui a été institué depuis 2009. Et de fustiger : «Thiès est la première région minière du Sénégal en termes de contribution, mais aussi d’implantation. Et si vous faites le cumul des années 2016 et 2017, c’est 90 milliards de francs Cfa de la contribution de la région de Thiès. Mais si vous voyez le Fonds de péréquation, l’Etat doit reverser aux 53 collectivités territoriales, de 2010 à 2015, 1,10 milliard de francs Cfa pour 5 ans. Vous voyez le gap, c’est moins 1/10. Ce sont des disparités.» Non sans aborder la place de l’ingénierie financière. «Le principal problème des maires, ce n’est pas celui des ressources financières, mais humaines, capables de capter toutes ces opportunités. A Thiès aussi, il est loisible à ses maires d’avoir des conventions locales de développement avec ces entreprises minières. Mais pourvu qu’il soit de l’ingénierie financière», souligne M. Diop qui ne manque pas de réitérer la proposition du Forum civil. Ce, en direction des parlementaires locaux dans le cadre de l’Acte 3. «Il faut, dans le cadre des futurs pôles territoriaux, qu’on ait des Assemblées territoriales, c’est-à-dire qu’elles soient un peu la déclinaison de l’Assemblée nationale. Et même sur le principe de révocation des maires qui sont jugés coupables de détournements, de malversations et de prévarication, que les populations puissent les démettre.» Sans oublier «la déclaration de politique locale parce que les maires n’ont pas de vision. Une fois élus, ils font du tâtonnement expérimental pendant un an. Il faut donc imposer aux maires, comme le faisait l’ancien Premier ministre par rapport à la déclaration de politique générale, la tenue d’une déclaration de politique locale qui décline leur vision, leur ambition et leur stratégie». Ainsi pense-t-il que «l’Acte 3, en soi, est bon», mais, redoute-t-il, «il est né avec une part congénitale parce qu’il n’y a pas une concomitance».

Le ministre invite ses collaborateurs à s’approprier l’Acte 3
Auparavant, le ministre des Collectivités territoriales et de l’aménagement du territoire, Oumar Guèye, avait invité ses collaborateurs sur le terrain à s’approprier la politique de décentralisation de l’Acte 3 afin que leurs collectivités soient beaucoup plus viables et porteuses de développement. Il est largement revenu sur les «attentes» des maires, de la société civile, des conseillers municipaux et départementaux, élus locaux en général, entre autres, qui se sont exprimés par rapport à leur vécu sur l’Acte 3. Notamment par rapport à «la seconde phase qui tourne autour de l’intercommunalité, mais également les ressources des Collectivités territoriales, les délimitations, les incohérences, l’état civil, la fonction publique locale, la formation», entre autres préoccupations. Oumar Guèye dit : «C‘est essentiellement la notion d’attractivité territoriale qui a son sens et son vécu ici dans la région de Thiès où nous avons quelques communes qui ont pu quand même réussir.» Il cite Sandiara, Taïba Ndiaye, Malicounda… Des communes qui, pour lui, «ont eu à mener des actes très importants en ce sens». Et d’après le ministre, «il va falloir donc capitaliser les bonnes pratiques». Avant de suggérer : «Il faut toujours les faire connaître et s’en inspirer.»
nfniang@lequotidien.sn

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