PARTAGER

L’exploitation des carrières de silex à Darou Khoudoss a un impact environnemental réel sur les activités agricoles des populations de cette commune, asphyxiée par les activités minières.

La région de Thiès est une grosse mine où la concurrence est rude. «Nous assistons présentement à une prolifération de carrières. Et il y a encore 5 ou 6 personnes qui détiennent des licences, mais qui ont des problèmes de site. Parce que déjà la concession minière des Industries chimiques du Sénégal (Ics) est pleine. Il va falloir donc délocaliser, c’est-à-dire sortir de la concession minière et entrer dans le domaine national. Ce qui constitue un danger que les populations riveraines n’accepteront pas.» L’alerte est du président de la Commission environnement de la commune de Darou Khoudoss, Arona Thioune. Il s’exprimait lors de l’atelier de recherche-action sur les indicateurs pertinents du développement durable dans le département de Tivaouane. Le conseiller municipal explique : «Avec la diminution des réserves du basalte, l’alternative aujourd’hui semble être le silex. Et ce sont les Industries chimiques du Sénégal (Ics) qui octroient les sites d’exploitation de ce silex parce qu’ils se trouvent dans leur concession minière. Les Ics exploitent le phosphate qui se trouve dans le sous-sol. Et quand on exploite ce minerai brut, il est accompagné de grosses pierres que l’on appelle silex. La roche est donc un déchet qui appartient aux Ics. C’est pourquoi dans leur exploitation ils ont des redevances de 1 500 francs Cfa sur le m3 brut transporté. Ce qui équivaut à près de 30 millions de francs Cfa par mois». Et donc, poursuit M. Thioune, «si une entreprise est intéressée pour avoir une carrière, elle va voir les Ics pour avoir un contrat d’exploitation de concassage de béton. Après ce contrat, elle va au niveau de la direction des Mines et de la géologie, un démembrement du ministère des Mines, pour avoir un arrêté d’exploitation. Le ministre approuve le contrat et leur fait un arrêté ministériel pour l’exploitation des carrières que l’on appelle petite mine dans le Code minier. Quand l’exploitant retourne sur le site, les Ics lui trouvent de l’espace où s’installer». Une situation qui a installé la peur dans la commune de Darou Khoudoss, selon l’élu qui s’alarme : «C’est un danger qui nous guette parce que le peu de carrières qu’il y a, une quinzaine, il y a déjà une forte pollution, car qui dit exploitation de silex dit poussière à cause des machines à concasser la pierre. Et les carrières jouxtent les périmètres maraichers.»
Et les conséquences sont déjà visibles : «Il y a une forte dégradation du sol cultivable.» Il explique : «Cette année la production de mangues de même que celle maraîchère ont fortement diminué. Certains paysans disent que c’est à cause des carrières parce que la poussière freine le développement des cultures.» Une situation qui, selon le président de la Commission environnement de la commune de Darou Khoudoss, a poussé certains paysans à vendre leurs champs. «Il y a d’autres paysans qui m’ont dit qu’ils vont hypothéquer leur vie si éventuellement les Ics décident de mettre des carrières au-dessus de leur installation.» Un tableau sombre noircit encore par la navette des camions. «Plus de 200 camions ravitaillent Dakar, Diamniadio, Touba, Saint-Louis, Louga…partout au Sénégal. Et même dans la sous-région on cherche du béton à Darou Khoudoss parce qu’il y a plus d’une dizaine de carrières qui y sont exploitées par des Turcs, des Indiens, mais surtout des Chinois qui y disposent trois carrières… Alors que la commune a un réel problème d’accès et Mboro n’a qu’une seule dorsale.» Ce qui, à ses yeux, «est extrêmement grave». Il évoque aussi «l’absence de retombées financières pour la collectivité territoriale qui abrite les carrières. Les exploitants payent leurs impôts à Thiès et Dakar, alors qu’ils font des chiffres d’affaires de 10 à 15 millions de francs Cfa de vente par jour». Il regrette par contre qu’«il n’y ait pas de jeunes qui travaillent dans les carrières».
Une source proche des Ics indique que les bénéficiaires de contrats de silex sont majoritairement des Sénégalais. «Ce sont des compatriotes qui font des affaires à travers le silex et qui méritent d’être soutenus. Ils créent des emplois et procurent des revenus à des Sénégalais», annonce-t-elle.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here