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Pandémie du Covid-19, épidémie du paludisme saisonnier, le Sénégal est sur plusieurs fronts. Ainsi et pour améliorer l’efficacité du traitement préventif de cette dernière épidémie, l’Université de Thiès (Ut) coordonne un projet d’optimisation de la Chimio-prévention du paludisme saisonnier (Cps).
Financé à hauteur de 1,5 milliard de francs Cfa par l’Union européenne à travers le partenariat Europe-Pays en développement pour les essais cliniques, le projet, pour une durée de 4 ans, couvrira 13 pays d’Afrique de l’Ouest et centrale. «Le paludisme tue un enfant toutes les deux minutes en Afrique. Des chercheurs sénégalais ont pu mettre au point depuis plus de 10 ans, cette Cps. Il est démontré qu’en donnant des médicaments efficaces à des doses thérapeutiques de façon perlée, en visant juste le pic de transmission du paludisme, les accès de palu chez les enfants ont été réduits de plus de 80%», diagnostique Jean-Louis Abdourahim Ndiaye, Professeur de parasitologie et mycologie à l’Ufr Santé de l’Ut et coordonnateur du projet. Qui poursuit, «ces résultats ont été présentés à l’Oms, qui a recommandé cette stratégie dès 2012 et qui a pu, avec les chercheurs et les partenaires sociaux, mettre au point un guide de mise en œuvre en 2013. L’histoire de cette chimio-prévention, qui consiste à donner des médicaments, pour prévenir le paludisme, même si elle date de très longtemps, c’est la première fois qu’autant d’efficacité est obtenue, que même les vaccins n’ont pas encore atteint». Pour simplement dire que «c’est une stratégie efficace, innovante, qui a été mise au point par des chercheurs, les pays l’ont appliquée et l’ont mise en œuvre. De 2013 à 2018, tous les pays éligibles ont mis à l’échelle la stratégie atteignant presque 18 millions d’enfants. C’est une stratégie à base communautaire car c’est le système de santé qui forme les agents communautaires qui vont dans les maisons. Ainsi la distribution des médicaments se fait au porte-à-porte. La première dose est donnée à l’enfant devant la maman et les autres doses sont administrées soit par la gardienne d’enfants, soit par les parents. Il s’agit de vieux médicaments jadis utilisés et dont la combinaison offre une bonne protection», détaille Pr Ndiaye, qui note qu’une telle stratégie est appliquée depuis 2013 dans 6 régions où «le fardeau du paludisme est le plus important». Il s’agit des régions de Tambacounda, Kédougou, Kolda, Sédhiou, Diourbel et Kaolack. «Chaque année, un peu plus de 1,4 million d’enfants reçoivent ces médicaments, ce qui a permis une réduction drastique des cas de paludisme. Et en 2019, sur les 13 pays qui mettent en œuvre ladite stratégie, il y a eu 22 millions d’enfants qui ont pris ce traitement soit 85 millions de traitements administrés, grâce à un financement extérieur consenti par les différents bailleurs». Pr Jean-Louis Abdourahim Ndiaye de poursuivre pour ajouter, «au Sénégal, la démarche est étendue aux enfants âgés de 10 ans avec des résultats probants notés nulle par ailleurs, alors que pour les autres pays, la stratégie est appliquée aux enfants de 5 ans».
Mais malgré cela, «il est clairement noté qu’il y a encore un gap». Parce que, estime-t-il, «en 2019, il y a 30 millions d’enfants qui étaient éligibles à cette Cps, mais seuls 22 millions ont pu bénéficier du traitement, soit 8 millions d’enfants qui n’ont pas pu être protégés. Et même sur les 22 millions, une enquête de terrain permet de se rendre compte qu’il y a une surestimation». D’où la nécessité, selon le professeur à l’Ufr Santé, «d’une véritable optimisation qui est l’objectif de ce projet pour améliorer et renforcer les capacités des programmes nationaux de lutte contre le paludisme, de pouvoir faire de la recherche opérationnelle afin d’atteindre un taux de couverture optimale, de sorte que tous les enfants éligibles puissent prendre correctement ce traitement».
Forte de ces éléments, Mme le Recteur de l’Ut, Ramatoulaye Diagne Mbengue, affirme que dans le domaine de la santé, «l’Ut devient un acteur opérationnel de la lutte contre le paludisme, qui continue d’être un défi de santé publique». Et de se réjouir : «notre Université s’honore donc d’héberger ce projet», avant de relever que «la recherche constitue pour tout pays qui aspire à l’émergence, un élément critique de son processus de développement économique et social. C’est pourquoi l’Ut s’est engagée à soutenir la recherche, l’innovation, la coopération internationale et la collaboration entre les pôles scientifiques, mais aussi entre les établissements de notre université, pour asseoir de façon durable, une culture d’interdisciplinarité et d’intervention multi-acteurs». C’est d’ailleurs, dit Mme le Recteur, tout le sens de la mise en œuvre du «fonds d’appui à la recherche et à l’innovation, qui est instrument de soutien à la recherche dont l’objectif est de financer des projets dans ce cadre. Le budget alloué à la recherche dans cette institution a plus que doublé. Il est passé de 7 millions pour atteindre 40 millions en 2020. Un prix de l’innovation destiné aux étudiants a été également instauré pour un budget global de 15 millions de F Cfa».

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