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Le ministre de l’Environnement et du développement durable, Abdou Karim Sall, était mardi à Khondio, un village de la commune de Darou Khoudoss, pour constater de visu l’ampleur des dégâts des déchets toxiques déversés par les Industries chimiques du Sénégal (Ics) dans la localité. Il a sommé les Ics de faire une étude sur le niveau de toxicité des produits déversés et de délocaliser l’émissaire. Les populations, quant à elles, demandent au ministre de confier l’étude à un cabinet privé.

C’est un discours menaçant de Abdou Karim Sall contre les Industries chimiques du Sénégal (Ics), deux semaines après la manifestation des populations de Khondio, fustigeant le déversement de déchets toxiques dans leur village. Le ministre de l’Environnement et du développement durable, en visite dans ce village, a sommé les Ics «de faire des prélèvements et de nous donner des indications précises quant au niveau de toxicité des produits qui sont déversés dans cette zone pour savoir si les produits sont neutres et s’ils ont un impact sur l’environnement de manière générale». En plus de cette décision, le ministre a demandé au géant de l’industrie extractive «d’étudier la possibilité de délocaliser au plus tard dans la première quinzaine du mois d’août l’émissaire, dans un endroit moins peuplé et moins fréquenté par les populations pour déverser ses produits. C’est la première solution». La deuxième décision, enchaine M. Sall, «c’est de garder les produits au sein de l’usine, de les traiter afin de neutraliser totalement les substances que ces produits-là contiennent avant de les déverser dans la mer». Pour cela, un délai d’un mois et demi a été donné à l’unité industrielle par le ministre de l’Environnement, pour étudier ces deux propositions. Car de l’avis de Abdou Karim Sall, «il faut quand même que les Ics prouvent que ces produits n’ont pas d’impact sur l’environnement et la santé des populations de manière générale», afin dit-il, de rassurer «les populations et le ministère que ces produits qui sont déversés sont exempts de tout reproche». Outre ces questions environnementales, le ministre a fait part des doléances des populations qui demandent «aux Ics de faire un peu d’effort sur le plan social». Et de souligner : «Ça aussi les Ics ont pris bonnes notes et je pense que des solutions vont être trouvées.»
Le ministre Abdou Karim Sall estime que «150 m3 de produits sont produits par jour». Lesquels produits, poursuit-il, «sont convoyés et déversés à travers l’émissaire». Et pour lui, «selon les informations que nous avons reçues, les produits ne sont pas toxiques, ils n’ont pas d’impact sur les populations et l’environnement de manière globale». Mais, insiste-t-il, «nous devons rassurer les populations et le ministère». A la question de savoir si les Ics vont encourir des sanctions s’il s’avère, après les prélèvements, que les produits sont toxiques, il répond : «La première mesure sera d’arrêter immédiatement de déverser ses produits en mer. On ne cherchera pas d’autres solutions. Nous allons automatiquement demander aux Ics d’arrêter.» Et s’agissant de l’étude des prélèvements confiée aux Ics, il dit : «Nous sommes quand même une autorité gouvernementale, quand nous accusons une entreprise qu’elle procède à des déversements de produits dangereux, il faut quand même qu’on lui donne la possibilité de prouver que les produits qu’elle déverse ne sont pas dangereux. Cela ne nous empêchera pas de faire un contrôle par la suite pour confirmer où infirmer les résultats qu’ils ont eus.» Une décision qui ne rassure guère les populations qui, par la voix de leur porte-parole, Issa Kâ, demande au ministère de l’Environnement de confier l’étude à un cabinet privé : «Pour rassurer les populations que ces produits des Ics ne sont pas toxiques, il faut que l’on confie cette mission à un cabinet d’experts et non aux Ics. Parce que comme on dit en droit : ‘’on ne peut être juge et partie.’’.» Et de l’avis de M. Kâ, «si l’étude est confiée aux Ics, ces derniers ne vont pas prouver que les produits sont nocifs, ils vont dire le contraire, ce qui les arrange». Il enchaine : «Si les produits déversés dans la mer par les Ics n’avaient pas d’impact, l’économie de la zone n’allait pas être plombée.» Pour preuve, dit-il, «les champs ne sont plus aptes à l’agriculture. Les rendements sont devenus extrêmement faibles. Et pendant l’hivernage, beaucoup d’animaux meurent parce qu’ils boivent les eaux stagnantes et broutent l’herbe de mauvaise qualité à cause des déchets toxiques. C’est un réel problème pour la population». Et de regretter : «Rien ne va plus depuis l’arrivée des Ics, une industrie chimique qui a été pourtant refusée par beaucoup de pays africains. Seul le Sénégal a accepté et depuis lors on constate que le développement de la zone est plombé.»
nfniang@lequotidien.sn

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