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Les conflits fonciers se multiplient partout et poussent les citoyens à mettre en place des systèmes de préservation de leur patrimoine.

En dépit de l’existence de textes de loi, la gestion demeure une problématique cruciale pour la plupart des communes du Sénégal, notamment celles situées dans le triangle Dakar-Mbour-Thiès, où les grands projets de l’Etat sont mis en œuvre, augmentant la pression sur le foncier, avec l’installation de plus en plus de promoteurs immobiliers, de parcs automobiles, de pôles économiques, industriels… Dans cette zone où les populations ne vivent presque que de l’agriculture, les exploitations familiales, déjà impactées par la croissance démographique et les changements climatiques, perdent aussi progressivement leur patrimoine foncier. Une situation qui a poussé plusieurs communautés venues de toutes les localités du Sénégal à se regrouper au sein de collectifs de lutte pour porter le combat avec l’appui de la société civile. Lesquels collectifs ont bouclé hier, à Thiès, un atelier de deux jours à l’initiative d’Enda pronat, avec l’appui de plusieurs partenaires techniques et financiers. «Il fut un temps, on ne parlait que des problèmes d’accaparement des terres dans quelques zones. Mais aujourd’hui, c’est un problème général. Tout le pays est concerné par ce phénomène», constate le coordonnateur du collectif «Saam sa moomel» de la commune de Keur Moussa. Ousseynou Ciss estime que cela prouve que «les prédateurs fonciers sont partout. Et si on ne les arrête pas pendant qu’il est encore temps, beaucoup de citoyens et les générations futures risquent de se retrouver sans un lopin de terre», avertit-il ; d’où la pertinence de la mise en place de cette plateforme qui regroupe les collectifs pour la sécurisation du patrimoine foncier. «Nous n’allons plus permettre à quiconque de s’accaparer des terres d’honnêtes citoyens de ce pays», dit-il. Pour cela, indique M. Ciss, «une feuille de route a été bien définie à partir de Thiès pour mettre fin à de telles pratiques sur toute l’étendue du territoire sénégalais. Nous sommes prêts à défendre nos terres. Nous allons lutter contre tous ces accapareurs et prédateurs fonciers qui sillonnent les régions du pays à la recherche d’hectares». Ibrahima Diatta de la plateforme locale de l’eau de Diender-Kayar de renchérir : «Les gros bras qui débarquent de nulle part, tordant même la procédure légale, pour accaparer les terres ne doivent plus continuer à vivre sur le dos d’honnêtes citoyens.» Il pense que les gens doivent refuser que «les autochtones deviennent des étrangers dans ce pays. On sait qu’il y a une relation filiale entre la terre et l’individu qui crée sa culture. On est dans un système d’acculturation qui ne dit pas son nom. On ne doit pas accepter de devenir des étrangers dans notre pays. Il est temps qu’on restaure ces terres-là aux ayants droit». Ibrahima Diatta trouve inadmissible qu’on donne à quelqu’un «26 mille ha dans le Walo. C’est même démentiel parce que cela encourage les jeunes à quitter le pays». Pis, ajoute-t-il, «il y a des zones où des villages entiers risquent d’être rasés» à cause de «cet acharnement extraordinaire sur le foncier au Sénégal constaté depuis 15 à 20 ans. Cela doit cesser afin de permettre aux 70% d’agriculteurs sénégalais de pouvoir vivre de leur activité». Se réjouissant toutefois des résultats obtenus à Diokoul, Guédé, Dodel, Dya, Sandiara et Mbour, entre autres localités où des conflits fonciers font rage, Dr Mamadou Alassane Ba du collectif de Dodel dans le département de Podor, lui, a insisté sur l’impératif de poursuivre le combat pour préserver les ressources naturelles du pays, vu les enjeux de développement durable auxquels font face les communautés. «La terre et les ressources naturelles sont indispensables à la vie et aux activités socio-économiques incontournables pour assurer la sécurité alimentaire et lutter contre la pauvreté et la faim». Et donc «le fait de mettre main basse sur des milliers d’hectares peut engendrer des conséquences désastreuses». Lesquelles, poursuit M. Ba, «si l’on n’y prend garde peuvent plonger beaucoup de zones dans une pauvreté et une vulnérabilité sans fin». Fort de ce constat, dit-il, «les collectifs de lutte contre l’accaparement de terre au Sénégal ont réitéré leur engagement, au sortir de l’atelier de Thiès, à renforcer leur détermination dans la lutte pour sauvegarder le patrimoine foncier et les ressources naturelles du pays par tous les moyens légaux que l’Etat de droit met à notre disposition». Aussi il a invité l’Etat à veiller à un meilleur respect des droits des communautés sur leurs ressources foncières et à protéger les femmes et les hommes engagés dans la sécurisation foncière en faveur des communautés.

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