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A la barre du Tribunal correctionnel hier, les avocats de Thione Seck, qui a fondu en larmes, se sont évertués à détruire le travail des enquêteurs de la Section de recherches et parlent d’un complot. Le chanteur et son présumé complice, qui encourent respectivement 8 mois et 5 ans ferme, seront édifiés le 23 mai prochain.

Effondré, il n’a pas réussi à dominer son émotion. Thione Seck a craqué à la barre où il était jugé hier pour association de malfaiteurs, blanchiment de capitaux, complicité de contrefaçon, falsification pour altération de signe monétaire. C’est une question de son avocat qui l’a plongé dans ce moment de faiblesse. «Etes-vous un trafiquant de faux billets», questionne-t-il. Thione Seck répond après un instant de réflexion : «Non ! Je ne connais pas les faux billets.» Il pleure. «J’en ai souffert. Ma famille en a souffert. Cette affaire a bousillé ma santé et sali mon nom», ahane Thione Seck.
A la barre, le chanteur a plaidé non coupable. «Je ne reconnais pas les faits. Ça fait 45 ans que je fais de la musique. A travers ma musique, je délivre des messages. Depuis 45 ans, je signe des contrats. Je ne comprends pas et même dans ma tombe je ne comprendrai pas. Je suis très surpris de ce dont on m’accuse», confesse le chanteur, atterré par cette situation. Son explication est surnaturelle. «J’ai été bluffé et j’ai remis 85 millions à Joachim Cessay (promoteur gambien). J’ai été marabouté, et c’est 7 heures de temps après que je me suis rendu compte que j’ai remis cet argent à Cessay. Tout cela a bouleversé la carrière de mon fils et ma santé. Je prends 14 comprimés par jour. Ce contrat était pour moi une aubaine. Cessay est venu chez moi pour m’apporter l’avance. Je n’ai pas rangé le sac. Je l’ai laissé dans le salon. Ils m’ont proposé un montant spécial et j’ai signé le contrat devant mes conseillers. Quand ils m’ont pris les 85 millions, j’étais à 24 heures de la signature du contrat avec mes conseillers. J’ai 64 ans et je n’aurais jamais cru que je serai là devant vous pour vous donner des explications. Je respecte les gendarmes, mais ils n’ont pas dit la vérité. J’habite à 150 m de la station. Des étrangers viennent me voir tous les jours. Les pandores sont venus avec Djiteh, menotté. Ils m’ont dit que je suis soupçonné de détenir des faux billets. Si je savais que ce sac contenait des faux billets, ils ne l’auraient jamais trouvé chez moi. Il y avait des billets de 100 euros et le reste était des (kleenex) mouchoirs.» Où avez-vous connu Djiteh ? «J’ai connu le sieur Djiteh dans le cadre d’une location de voiture. Joachim Cessay m’a dit qu’il est un Gambien et il ne peut pas se déplacer avec une forte somme d’argent. Il devait venir pour 5 jours avec l’ambassadeur suédois qui devait parrainer la tournée», explique le leader du Raam Daan.
Mais il a admis qu’il lui a passé un coup de fil «pour lui suggérer un appartement. J’avais pris son numéro quand il est venu chercher un appartement et j’avais promis de l’appeler dès que j’en trouverai un dans les parages. C’est ce qui justifie mon appel».
Ces propos ont été corroborés par Djiteh qui révèle qu’ils se sont rencontrés deux fois. «La première fois, c’était devant un courtier. Nous étions chez Thione Seck pour chercher un appartement et ce dernier nous a répondu qu’il n’en disposait pas. La deuxième fois, c’est mon chauffeur qui me l’avait montré dans la circulation», détaille M. Djiteh. Lequel a aussi nié être trafiquant de faux billets. «J’avais des coupures de faux billets de banque sans référence pour tourner un film, comme on le fait dans tous les films du monde. Je suis cinéaste et je réalise des séries. Il y avait un salon au Festival de Saint-Louis le 20 mai 2015 et je devais présenter ce film. Ce sont de papiers A4. J’ai scanné des billets en dollar et en euro, mais ce ne sont pas des authentiques», persiste Alaye Djiteh.

Le Parquet requiert 8 mois ferme contre Thione
En attendant, le procureur de la République a requis 5 ans ferme contre Alaye Djiteh et 2 ans dont 8 mois ferme contre Thione Seck. En plus, il a demandé la confiscation et la destruction de tous les faux billets. Dans ses réquisitions, le ministère public a rappelé que le complice présumé de Thione Seck, Alaye Djiteh, a été arrêté avec des faux billets et les enquêteurs ont trouvé chez lui une machine de fabrication de faux billets et 8 millions de francs Cfa. Il s’est étonné du discours du musicien qui estime avoir été marabouté. Il dit : «Thione Seck nous a dit qu’il a été victime d’escroquerie, qu’il a été marabouté, mais il y a beaucoup de légèretés dans ses propos par rapport à la remise, à la structure gambienne… Et quand les gendarmes ont fait irruption chez lui, il a tenté de jeter des faux billets par la fenêtre», rappelle le Parquet qui a suggéré au juge la disqualification des délits pour lesquels ils sont poursuivis (association de malfaiteurs, blanchiment de capitaux, complicité de contrefaçon, falsification pour altération de signe monétaire), en détention et mise en circulation. En écho, le leader du Raam Daan persiste dans sa ligne de défense : «Quand Joachim Cessay (promoteur gambien) m’a remis le sac, je ne l’avais pas ouvert. Je ne voyais que les billets qui se trouvaient au-dessus. Le reste était très bien paqueté. Et pour mieux m’appâter, il m’avait cité des noms de grandes personnalités de ce pays. Après qu’il m’a remis le sac, il est revenu le lendemain pour me demander de lui prêter 85 millions F Cfa. Je lui ai remis le montant sans arrière-pensée. C’est après qu’il est parti que je me suis rendu compte qu’il m’avait roulé dans la farine.» «Pourquoi vous ne lui aviez pas remis l’argent que M. Cessay vous a donné la veille ?», questionne le procureur. «Quand il me montrait l’argent, tout était sous toile. Je ne voulais en toucher parce que nous n’avions pas encore signé le contrat», répond Thione Seck. «Aviez-vous l’habitude de signer de tels contrats ?», insiste le parquetier. «Les signatures de contrat démarrent par téléphone. Quand le montant est important, je ne signe pas le contrat sans la présence de mes avocats. On devait signer le contrat 5 jours après la remise du montant parce que cela devait se faire devant les autres membres du groupe qui l’avaient contacté», détaille le père de Waly.

Kleenex
En tout cas, les avocats ont plaidé la relaxe pure et simple de leurs clients. Me Ibrahima Mbengue ouvre le bal : «Il faut faire la part des choses entre faux billet et un billet faux. Les billets trouvaient par-devers Alaye Djiteh devaient être utilisés pour un tournage de film. Ces billets n’étaient pas destinés à circuler ou à escroquer qui que ce soit. Dans ce dossier, la montagne va accoucher d’une souris parce qu’il n’y a pas eu de contrefaçon.» C’est tout le travail de la gendarmerie qui a été réduit à néant par les avocats. Me Bamba Cissé enrage : «L’accusation est tombée à l’ouverture des scellés. On parlait de 42 millions F Cfa, alors que ce sont 42 feuilles de mouchoir qui étaient dans le sac. La vérité a éclaté devant l’opinion nationale. Cet homme est très digne.» Il rappelle que le chanteur avait porté plainte contre le promoteur gambien. Mais, regrette-t-il, «le Parquet n’a pas instruit cette plainte. Ce n’est pas sérieux dans un Etat de droit». En tout cas, il espère que M. Seck sera blanchi parce qu’il «a été humilié, mais vous pouvez lui permettre de redorer son blason parce qu’il a beaucoup fait pour son pays à travers son art». Il a demandé la restitution des 27 millions de francs Cfa saisis chez lui. «Thione Seck n’est pas un délinquant. C’est un homme propre», plaide Me Sèye qui parle d’un complot qui visait à compromettre la carrière de son fils Waly Seck. «Il n’y a aucun élément matériel sur lequel on peut se fonder pour asseoir la culpabilité des prévenus. Les scellés que vous avez ne sont pas des faux billets, ce sont des mouchoirs», persiste Me Sèye qui révèle que Thione Seck est la victime dans cette affaire. «Tout a été manigancé pour escroquer Thione Seck. On l’a piégé. On lui a donné un sac qui contenait des papiers pour lui soutirer 85 millions de francs Cfa. On demande aussi les 34 millions saisis par les gendarmes chez lui. C’est de la raquette que les gendarmes ont faite. C’est du vol à la limite», dénonce Me Sèye. Thione Seck et Alaye Djiteh sauront la décision du juge le 23 mai prochain.
justin@lequotidien.sn

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