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Les pharmaciens interpellent le Macky Sall. Cette fois-ci, ils veulent que le Président Sall se prononce sur le trafic du médicament, qui prend des ampleurs inquiétantes dans ce pays. L’Ordre des pharmaciens et le Syndicat des pharmaciens privés du Sénégal s’indignent de «l’inertie» de l’Etat et «son manque de volonté» à régler de manière définitive, le trafic de médicaments dans la ville de Touba. Ils réclament ainsi la fermeture des dépôts illégaux et demandent à l’Etat de criminaliser la vente illicite du médicament.

Le Conseil de l’Ordre des pharmaciens du Sénégal élève encore la voix. Après s’être constitué partie civile et commis des avocats dans l’affaire de faux médicaments saisis à Touba Belel dernièrement, les pharmaciens interpellent Macky Sall. Ils exigent du président de la République une réaction sur ce trafic qui perdure. «Nous n’en pouvons plus des rencontres avec le ministère de la Santé et le Premier ministre qui donnent rien. Nous avons tenu toutes les réunions possibles avec ces autorités et jusque-là rien. Même les recommandations issues du conseil interministériel de 2013 ne sont pas suivies d’effet», s’offusque Khady Cissé, présidente du Syndicat des pharmaciens privés du Sénégal. Pour mettre fin à ce trafic «honteux» entretenu par «de puissants lobbys maraboutiques et politiques», le Syndicat des pharmaciens réclame la fermeture des dépôts illégaux de Touba. Une ville qui, selon eux, constitue la plaque tournante de ce trafic à cause de l’impunité qui y règne. Les syndicalistes veulent également une criminalisation de la vente illicite de médicaments. Et pour ce faire, ils proposent à l’Etat de ratifier sans délai la convention Médicrime, qui oblige les Etats signataires à ériger en infraction pénale la fabrication et le trafic de médicaments contrefaits comme l‘ont fait la Guinée et récemment la Côte d’Ivoire.
Le Syndicat des pharmaciens, qui s’insurge contre «l’inertie» de l’Etat et «son manque de volonté notoire» à enrayer le fléau de la vente illicite de médicaments, n’exclut aucune action pour que, dit-il, la manipulation de médicaments par les profanes prenne fin dans ce pays. «La ville de Touba doit-elle rester une zone de non-droit, en ce qui concerne l’exercice de la pharmacie ?», s’interroge Khady Cissé, qui rappelle l’affaire Darou Mousty. «Il y a de cela 4 mois, l’Etat avait ordonné de manière irresponsable, la restitution d’une tonne de médicaments périmés saisie sur des dépôts illégaux de Darou Mousty et la libération des personnes interpellées», s’indigne la pharmacienne. Et ce n’est pas le plus désolant, regrette encore Amath Niang qui soutient que la ville de Touba était épargnée de l’opération Heera effectuée sur l’étendue du territoire national et même africain sous l’initiative d’Interpol consistant à saisir des médicaments de rue avec l’aide des Forces de l’ordre. Des actes qui ne sont rien d’autre qu’une façon de légitimer l’activité «des vendeurs de la mort».
Cette fois-ci, c’est une saisie-record de faux médicaments d’une valeur de 1,335 miliard de francs Cfa. Mais, le plus grave, s’étonne Mme Cissé, «c’est comment ces deux camions avec leurs grosses cargaisons ont pu traverser la frontière et tous les cordons douaniers aussi facilement pour se retrouver à Touba».
Pourtant, l’Etat a mis en place un Comité national de lutte contre les médicaments de la rue. Mais, de l’avis de la pharmacienne, «on ne peut pas vouloir une chose et son contraire. L’Etat doit être sans état d’âme quand il s’agit de protéger la santé des populations», indique Mme Cissé. Surtout que «ceux qui se livrent à cette activité illicite ne sont mus que par la recherche du gain facile», souligne Amath Niang, président de l’Ordre des pharmaciens.
Quant à Mouhamadou Sow, il estime que les populations de Touba ont droit à des médicaments de qualité, issus de pharmacies. Pour M. Sow, l’Etat doit encadrer les pharmaciens en luttant contre ce trafic. Touba dispose de 33 pharmacies pour une population de 2 millions or, la norme voudrait une pharmacie pour 5 mille habitants. «Ce qui veut dire qu’il y a de la place à Touba. Environ 500 jeunes pharmaciens peuvent trouver un job dans cette ville», conclut le pharmacien.
ndieng@lequotidien.sn

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