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Le Président chinois Xi Jinping entame demain une visite d’Etat au Sénégal. Selon le Dr Ibrahima Niang, chercheur à l’Institut des études africaines et asiatiques au Sahel, dans les relations avec la Chine, «c’est au Sénégal de savoir où se situent ses intérêts».

Le Président chinois effectue une visite d’Etat au Sénégal, première étape d’un périple qui va le conduire aussi au Rwanda et en Afrique du Sud. Quel sens faut-il donner à cette visite ?
Le Président Xi Jinping entame par le Sénégal sa première visite en Afrique après sa réélection au poste de dirigeant suprême de la Chine, lors du dernier congrès du parti communiste chinois. Il répond à une invitation de son homologue sénégalais, le Président Macky Sall, après la visite d’Etat de ce dernier en février 2014 et en septembre 2016 dans le cadre du G20 à Hangzhou. C’est d’ailleurs à cette occasion que la coopération entre les deux pays a été élevée au niveau de partenariat stratégique global. Ce dernier sera matérialisé par des accords significatifs entre les deux pays et pour le bénéfice de l’Etat du Sénégal. Cette visite marque de nouveau l’ancrage fort de la Chine sur le continent africain. Dakar va être le nouveau prolongement de l’initiative «Une ceinture une route» en Afrique, avec comme projection pour la Chine l’Atlantique et l’Afrique de l’Ouest qui ne figuraient pas dans le schéma de départ de cette initiative. Ce grand projet du Président Xi concerne 62 Etats, avec un volume de financement de 1 200 milliards de dollars. Quand on voit le volume des échanges qui est de l’ordre de 2 milliards de dollars en 2017 et un stock des investissements ayant atteint 250 millions de dollars, cela veut dire que le Sénégal pèse dans la géopolitique chinoise en Afrique. Après le Sénégal, le Président chinois se rendra au Rwanda, dont le chef d’Etat est président en exercice de l’Union africaine et en prélude du prochain sommet Chine-Africa (Focac) à Beijing en septembre, les deux parties doivent préparer ce rendez-vous. Sans oublier aussi que le Rwanda est un bon élève sur le plan économique, avec de nombreuses entreprises chinoises qui y sont installées, comme celle qui va bientôt lancer ses activités à Dakar, C&H garment. En Afrique du Sud, c’est pour la rencontre des Brics et l’Afrique du Sud est la porte de ce groupe de pays en Afrique.

Est-ce qu’aujourd’hui Pékin est en train de revoir son positionnement et sa posture en matière de coopération avec les pays du continent ?
Quand personne n’a plus voulu de l’Afrique, c’est la Chine qui s’est présentée à elle, au point que le continent est passé d’acteur passif et soumis à acteur incontournable de l’économie mondiale. Un auteur du nom de Stephen Smith n’avait pas manqué de dire dans son ouvrage Négrologie : «Depuis l’indépendance, l’Afrique travaille à sa recolonisation. Du moins si c’était le but, elle ne s’y prendrait pas autrement. Seulement, même en cela, le continent échoue. Plus personne n’est preneur.» Si l’Afrique était un continent à la dérive, aujourd’hui l’intérêt qu’il a suscité de la part des Chinois a fait qu’il est redevenu celui de toutes les convoitises. Maintenant, ce repositionnement de la Chine doit être analysé avec l’inscription de la pensée du Président Xi Jinping dans la Constitution chinoise et qui doit désormais servir de modèle alternatif aux pays en développement. Le rêve chinois est en marche et dorénavant les pays africains doivent se préparer à faire avec, surtout que l’Amérique de Trump laisse la voie libre à Pékin.

Dans un contexte de découverte pétrolière et gazière au Sénégal, qu’est-ce que le Sénégal peut espérer de la Chine ?
Les entreprises chinoises comme Norinco, Sinopec et China national petroleum company sont déjà présentes depuis le retour en force de la Chine sur le continent, avec des blocs exploités au Tchad, Soudan, Niger, au Sud Soudan, en Angola, au Congo. La découverte du pétrole a repositionné le Sénégal sur le plan géostratégique et géo-énergétique, mais les Chinois sont arrivés tardivement, au moment du partage des blocs pétroliers, en se retrouvant seulement avec un bloc à la frontière qui était connu d’avance et qui avait fait l’objet d’arbitrage entre le Sénégal et la Guinée Bissau. Sur ce coup, je pense qu’ils n’ont pas été assez offensifs.

Est-ce que le Sénégal gagnerait plus en coopérant avec les Chinois qu’avec les majors européens dans l’exploitation de ces ressources ?
La diversification des partenaires de coopération offre une large palette qui permet de choisir celui qui propose la meilleure offre. Maintenant que les blocs ont été partagés sans prendre le temps de jouer sur la compétition, on ne peut que faire avec les majors européens. En tout cas, l’arrivée des Chinois dans l’uranium du Niger a permis de renégocier avec Areva sur la base de la présence de nouveaux acteurs. C’est au Sénégal de savoir où se situent ses intérêts, mais la précipitation avec laquelle nous avons donné nos blocs me laisse un peu perplexe.

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