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J. - L. Aubert, La Grande Sophie, Stephan Eicher, Koffi Olomidé et Youssou Ndour.

Alors que les annulations de festivals et de concerts s’enchaînent, laissant présager une hécatombe sans précédent pour le secteur, la musique et les artistes s’organisent sur le web et les réseaux sociaux pour tenter d’apporter du baume au cœur des confinés : lives en ligne, créations de chansons inédites, etc. De la France métropolitaine aux territoires d’Outre-mer, en passant par l’Afrique : petit tour d’horizon des sons du net.

«Oh, j’ai failli rater l’heure, lance Jean-Louis Aubert, sur une vidéo postée sur sa page Facebook, à un invisible public. Eh bien, tout ne se passe pas comme prévu… Mais j’espère qu’on aura l’occasion de se voir grâce à cet outil qui va bien nous servir… On va essayer de ne pas se prendre la tête, je vous préviens, je n’ai rien préparé. C’est le merdier !» Le 15 mars dernier, jour 1 du confinement en France, l’ex-chanteur de Téléphone, après avoir appris l’annulation de sa tournée des Zénith à peine démarrée, où il devait se produire entouré d’une tribu d’hologrammes à son image, décide de faire contre mauvaise fortune bon cœur.
Ainsi apparaît-il chez lui, intime, mais toujours rock, guitare sèche en bandoulière, avec un sourire, d’où débordent incrédulité, générosité et combativité. Durant une heure trente, devant 15 mille internautes – 1,5 million de «vues» à ce jour – qui commentent sa prestation, il enchaîne indémodables tubes et morceaux récents.
Ainsi, depuis le début du confinement, la musique s’organise. Alors que les annulations de concerts et de festivals s’enchaînent en cascade, laissant craindre une hécatombe sans précédent dans le secteur, un grand nombre de musiciens offrent, tel Aubert, une maigre, mais salutaire résistance sur les réseaux sociaux, autant qu’une parenthèse bienheureuse dans les journées anxiogènes des confinés.
Parce qu’elle devient nécessaire, voire urgente, la musique s’immisce sur le web, fraye sa voie et panse modestement les peines, selon les initiatives disparates – lives intimistes, créations de chansons originales – d’artistes d’horizons divers.
Parmi les plus médiatisées s’imposent les concerts en «streaming au coin du feu» de l’activiste canadien Neil Young, l’hommage piano-voix de Bono, depuis sa maison de Dublin, aux «Italiens» et aux personnels de santé (Let your love be known), la reprise par le chanteur de REM de leur tube, aux échos contemporains, It’s the end of the world as we know it (1987) ou les concerts à domicile de Chris Martin (Coldplay) et John Legend.

Chansons françaises de circonstance : de Patrick Sébastien à Calogero
Les amateurs de variété et chanson française trouveront également de quoi se consoler. Prévenons d’ores et déjà qu’il y en a pour tous les goûts ! Commençons par le pire (en toute subjectivité-attention, ces images peuvent heurter la sensibilité du confiné) : Patrick Sébastien, sur son Facebook, enfermé dans sa voiture, chaîne en or qui brille et pseudo-chemise hawaïenne, en train de chanter, gesticulant du torse, Les sardines, cuisinées sauce «coronavirus» : «Ah qu’est-ce qu’on est serrés/ au fond de cette boîte/ Chantent les sardines, chantent les sardines.» Merci Patrick, on a saisi l’idée. Manquerait plus dans ce marasme que ce refrain nous colle au cerveau jusqu’à la fin de la quarantaine…
Dans un autre registre, mention spéciale à Didier Super qui après une quinte de toux à se damner, nous gueule avec sa délicatesse et son humour légendaire, qu’«On va tous crever, on va tous crever». Pour nous rassurer, il fera bon se réfugier à l’ombre protectrice des moustaches de papa-phoque et des chansonnettes pour enfants d’avant le Covid-19 : sur son Facebook, Henri Dès nous offre sa Virgule chaque jour à 18h 00.
Plus sérieusement, certains artistes ont créé leurs chansons de circonstance : en piano-voix, la Québécoise Cœur de Pirate exhorte en chanson, Tous ensemble, on se protège, les internautes à se prémunir du virus. Tout comme La Grande Sophie qui invite, avec Ensemble, les internautes à rester calfeutrés. Enfin, le 21 mars, Calogero a posté une chanson inédite piano-voix sur son Facebook, On fait comme si, aux accents mélancoliques. On se souvient aussi en ces circonstances particulières de Miossec, avec son titre doux-amer, aux allures de gueule de bois, En quarantaine.

Dans la cuisine de Stephan Eicher
Et puis, il y a les autres qui continuent vaille que vaille leur art chamboulé, chaviré, mais solide. Parmi notre sélection, citons ainsi Matthieu Chédid et le comédien Pierre Richard qui célèbrent en duo voix-musique la grand-mère du chanteur, la poétesse Andrée Chédid qui aurait soufflé ses 100 bougies le 16 mars dernier : une bulle de poésie, fragile et précieuse.
Parmi la myriade de propositions, Keren Ann, en pleine interruption forcée de tournée fixe rendez-vous, chaque soir, à 22h 00, sur Instagram, pour un live guitare-voix, reprenant l’essence de ses chansons folk-rock, à déguster comme du nectar ; l’élégant Bertrand Belin joue ses sérénades d’orfèvre à la guitare et à la fenêtre – reprises de Dylan, de Dick Annegarn.
Sans oublier Christine and the Queens (Instagram), Amélie-les-Crayons qui propose une chanson participative sur fond de ragtime, Stephan Eicher, en live hilarant et surréaliste depuis sa cuisine et devant ses légumes (de quoi déjeuner en paix… Facile !) ; ou Tryo, qui retransmet son concert à Bercy, du 13 mars, devant une salle complètement vide, épidémie oblige. Enfin, en ces temps de bouleversement, il y a les valeurs refuges, les indétrônables, avec ou sans moustache : sur son Facebook, Francis Cabrel (sans moustache, donc, mais toujours avec l’accent) interprète sa chanson quotidienne.
Pour tous ceux qui veulent repousser les murs de leur confinement, des artistes enjaillent aussi nos soirées, comme la Brasilo-parisienne Flavia Coelho qui délivre plusieurs rendez-vous, avec sa bonne humeur plus contagieuse que le virus : à 19h 00, le Live de la raison et à 22h 00, le soundsystem On sort à la maison (avec boules à facette et cocktails). Côté électro, Laurent Garnier a partagé dès les première heures un mix de 7h, et Arnaud Rebotini a «célébré» son premier jour de confinement en composant et produisant un morceau à tendance kraftwerkienne… De quoi se dégourdir les jambes.

En Afrique, la mobilisation des artistes, de Youssou Ndour aux rappeurs
En Afrique où, au 20 mars dernier, l’on recensait déjà 900 cas sur le continent et où les frémissements de l’épidémie laissent redouter le pire, les artistes aussi montent au front. L’un de ses héros, patron de la rumba congolaise, Aurlus Mabélé, est d’ailleurs décédé à Paris le 19 mars des suites du coronavirus. Ainsi, au Sénégal, Youssou Ndour a lancé l’opération «Daan coronavirus», soit «vaincre le coronavirus» : mise à disposition pour la population d’un lot de matériels et d’équipements sanitaire, etc. A aussi été réalisé, par le mouvement Y’en a marre, un single de hip-hop, Fagaru ci coronavirus, pour adopter les gestes salutaires de prévention. En Rdc, la star Koffi Olomidé a pris la parole afin de sensibiliser son Peuple et Fally Ipupa entonne «Fally en mode confinement. Les bisous stop. Les accolades stop. Se laver les mains avec du savon oui très important».

De la Guadeloupe à La Réunion
Petit tour du côté d’Outre-mer : en Guadeloupe, la prévention s’effectue en mode dance-hall avec un titre inédit de la superstar Admiral T (Coronavirus), et le zouk languide, mais redoutablement efficace de Lorenz, Confinement. Enfin, à La Réunion, le dramaturge Sergio Grondin a lancé un challenge aux artistes, avec le hashtag #mikalmonkionkaz («Je pose mes fesses à la maison»). Le musicien et comédien Eric Lauret a répondu à l’appel, avec une reprise de Arnaud Dormeuil, lui aussi comédien-musicien, décédé en 2008, figure phare de la troupe Vollard, avec sa chanson : Rest la kaz kafrine. A l’origine, le titre, partie intégrante du patrimoine réunionnais, évoquait une jeune femme qui voulait prendre son envol et partir de chez ses parents. Mais aujourd’hui, Lauret en a adapté les paroles : «Rest la kaz kreol/ Déor la pa bon/ ou riskab contamin/ Out voizin, out monmon»
Depuis, la chanson a été reprise par de nombreux artistes tels Maya Kamaty qui, sur les chaloupes douces du kayamb, en offre une version riche en émotions.
Assurément, la musique n’a pas fini de réchauffer les cœurs.
rfi.fr

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