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Racine Sy, président du patronat du tourisme.

Alors que le secteur du tourisme ne se relève pas encore de son marasme, malgré les efforts de l’Etat, les professionnels des hôtels, des agences de voyage et du tourisme, constatent que des blocages viennent encore alourdir leur marche vers une forte expansion. Hier, à l’issue d’une rencontre syndicale, ils ont tenu, par la voix de Mamadou Racine Sy leur président, à lister leurs maux.

L’Agence sénégalaise de promotion du tourisme (Aspt) est sous la sellette des acteurs du secteur, une fois de plus. Hier, à l’issue d’une rencontre du Syndicat patronal de l’industrie hôtelière du Sénégal (Spihs), qui concernait en particulier les hôteliers du Fopits et les tour operators du Savts, le président du syndicat, M. Mamadou Racine Sy s’est offusqué du fonctionnement de l’agence. Il a commencé par rappeler que si elle existe aujourd’hui, c’est à la demande expresse des acteurs : «Cette agence a été restaurée par le chef de l’Etat à la demande du secteur privé». Mais ses dirigeants ne semblent pas avoir compris leur rôle : «Force est de constater que cette agence est dans l’impasse. Parce qu’il y a une sorte de mépris pour le secteur privé, une sorte de marginalisation du secteur privé dans le fonctionnement de cette agence.» Pour ses collègues et lui, «il y a une gestion unilatérale de cette agence, qui ne répond pas à son esprit d’une gestion paritaire, où les préoccupations du secteur privé sont prises en compte». Il donne pour exemple le fait que l’agence déroule parfois des actions de promotion, «sans prendre en compte les avis du secteur privé, ni même parfois, ceux de sa tutelle. Il cite des cas où on a vu l’agence dérouler un programme, les acteurs le leur, et le ministère un autre programme, le tout dans un même pays étranger, sans aucune coordination. Et Racine Sy de se demander : «un pays, trois programmes, où va-t-on ?» Le président du Syndicat patronal de l’industrie hôtelière, en rappelant que l’Aspt est financée par la taxe parafiscale levée par les hôteliers, dira fermement : «Nous ne nous reconnaissons pas dans le fonctionnement de cette agence et nous appelons de nos vœux à une intervention rapide de l’Etat pour sortir de l’impasse».

Crédit hôtelier réduit à 2 milliards
C’est aussi la même fermeté empreinte de courtoisie qui le poussera à poser des questions sur le crédit hôtelier promis par les pouvoirs publics pour soulager un secteur fortement sinistré. Mama­dou Racine Sy va s’inquiéter de savoir que le montant initial du financement qui avait été annoncé par les autorités était de 5 milliards de francs Cfa, mais qu’aujourd’hui, la somme a été réduite à 2 milliards, sans aucune explication. Et pire, «on avait un partenaire financier, qui est la Bhs. Et en cours de route, on nous dit que ce n’est plus la Bhs et qu’on est en train d’explorer une autre voie. Cela pose un problème de cohérence. Beaucoup de professionnels avaient payé des études pour le montage de leurs dossiers, pour qu’ils soient bancables. Aujour­d’hui, force est de constater qu’aucun d’entre eux n’a reçu aucun financement.»
Et il en déduit que «il y a un net déphasage entre la volonté exprimée par Macky Sall et la mise en œuvre à notre niveau. On dirait qu’il y a des gens qui n’ont pas compris le président dans sa démarche. C’est ce que nous déplorons. Nous ne sommes pas dans une logique de confrontation avec qui que ce soit. Nous voulons simplement qu’on prenne en compte les préoccupations d’un secteur important de par sa position de deuxième poumon économique du pays, qui contribue à la formation du Pib et à l’amélioration de la balance commerciale. Mais qui aujourd’hui, souffre de manière drastique d’une situation liée à des facteurs endogènes et exogènes.»
Mamadou Racine Sy rappelle qu’il n’y a plus de vol charter venant de l’Europe en direction du Sénégal. Ce qui a porté un gros coup au tourisme de loisir. Il demande donc que «l’on lève tout ce qui nous apparait comme goulots d’étranglements par rapport au secteur. Car, quand ça marche pour le Sénégal, ça marche pour tout le monde. Quand ça ne marche pas pour le Sénégal, ça ne marche pour personne».
L’un de ces goulots d’étranglement, serait la mise en œuvre de la loi anti-tabac.
Pour les acteurs du Fopits et du Savts, cette mesure ne peut être mise en œuvre de manière indistincte dans les hôtels, à moins de vouloir peser lourdement sur le budget de fonctionnement de leurs structures, et de faire fuir les rares clients qui y viennent encore. Ils rappellent que déjà, Ebola avait emporté son lot de clients, qui se sont détournés de la destination. Il y a ensuite la menace terroriste, dont l’ombre a poussé toutes les structures hôtelières à lever leur niveau de sécurité. «Ces scanners, ces caméras, qui n’existaient pas il y a six mois, ce sont beaucoup d’argent et de ressources qui ont été investis. Si on doit maintenant faire des isoloirs particuliers pour fumeurs dans les hôtels, ce sera difficile pour beaucoup d’entre nous de nous en sortir», diront certains d’entre eux. Sur ce point, ils ont mis en place un comité qui doit en discuter avec les autorités concernées.
mgueye@lequotidien.sn

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