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«Ô vous les jeunes ! Je vous recommande de rechercher en tout temps le Savoir….
Evitez, où que vous soyez, l’ostentation, l’orgueil,
la haine et recherchez en tout temps la Lumière…
Ô vous les jeunes ! Ne fréquentez jamais une personne insensée, fréquentez plutôt un compagnon éclairé
(Enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba extraits du «Viatique des Jeunes» (Tazawudu Cighâr)

Les bonnes décisions ont été prises par le président de la République pour mener le combat contre l’épidémie du coronavirus qui s’étend de plus en plus. Les manifestations et autres rassemblements publics sont désormais interdits. Les élèves et étudiants sont mis en congé et des cérémonies comme les festivités du soixantième anniversaire de l’Indépendance nationale sont annulées. Le gouvernement va consentir des efforts exceptionnels sur le budget de l’Etat pour appuyer le secteur de la santé publique. On peut dire que ces mesures fortes sont on ne peut plus opportunes. Il reste qu’on pourra toujours regretter que le Président Macky Sall se soit montré assez lent à l’allumage pour dégainer cette batterie de mesures. Il aura fallu beaucoup d’atermoiements, d’hésitations et de conciliabules avant de se mettre dans le sillage du monde, d’en arriver à prendre ces mesures assez fortes et courageuses. La prudence du gouvernement qui tenait à ménager la susceptibilité de certains chefs religieux musulmans n’avait pas manqué d’irriter de nombreux citoyens qui ne pouvaient pas comprendre que le gouvernement semblât marcher sur des œufs, sur une question de sécurité nationale aussi préoccupante et qui nécessite l’urgence. On pourra toujours épiloguer sur les conditions de la propagation du coronavirus. Le Sénégal aurait-il agi plus vite en interdisant un peu plus tôt les rassemblements de personnes, c’est-à-dire dès la découverte du premier cas sur son sol ou dès que tout le monde avait été informé qu’un pays comme l’Italie était touché et où vivent des milliers de citoyens sénégalais qui font des navettes régulières entre leur pays d’émigration et le Sénégal ? Il faudra toutefois relever que le Covid-19 a la particularité de passer les frontières. La maladie est devenue une pandémie mondiale, car en l’espace d’un trimestre, presque tous les pays du monde ont été touchés.

La Kaaba fermée : Qui peut le plus devrait pouvoir le moins
Le gouvernement a eu à faire face à des résistances fortes de la part de chefs religieux musulmans. L’Eglise catholique s’est montrée une fois de plus assez responsable et lucide pour s’inscrire dans la dynamique mondiale des mesures de prophylaxie et de prévention. A l’opposé, les chefs religieux musulmans ont révélé, face à la maladie, une désinvolture coupable. Plus grave, ils ont été nombreux à se mettre dans une logique de contrecarrer toutes les actions préconisées. A la vérité, aucun chef religieux musulman n’a eu l’audace, l’autorité ou la clairvoyance pour mesurer les périls qui guettent la population et participer à l’endiguer efficacement. Aucune famille religieuse ne pouvait consentir de surseoir à la tenue du moindre de ses différents rassemblements de fidèles. Pourtant, les autres musulmans, de par le monde, ont cessé jusqu’aux prières collectives et que la Kaaba et la Mosquée du Prophète Muhammad (Psl) à Médine ont été fermées au public pour cause de coronavirus. Les chefs religieux sénégalais voudraient eux croire que rien ne va arriver à leur Peuple choisi ou béni de Dieu, par on ne sait quelle manière ? Le fin mot de l’histoire est que les rassemblements religieux constituent des occasions pour ces chefs religieux de récolter des sommes d’argent auprès des fidèles et de l’Etat qui leur accorde des aides et autres subsides. Certains chefs religieux ont eu un certain orgueil, assurément mal placé, estimant que les fidèles pourraient douter de leurs pouvoirs ou de leur foi s’ils se mettaient à donner l’impression d’être impuissants devant une maladie. Donc, aussi mortels que soient ces chefs religieux, ils ne continuent pas moins de prétendre pouvoir, grâce à leurs prières, juguler la mort qui guette les disciples. Aucun réfractaire n’a pu expliquer sa position par un fondement religieux. Des sommités religieuses musulmanes avaient partout, à travers le monde, préconisé les mesures de prophylaxie en se fondant sur d’irréfutables références coraniques. Mieux, devant des situations de périls sanitaires du même ordre, des chefs religieux sénégalais avaient, par le passé, pleinement souscrit aux mesures de santé et de salubrité fixées par le gouvernement. Dans une chronique en date du 9 mars 2020 intitulée «Prions, mais lavons-nous les mains d’abord !», nous rappelions l’attitude citoyenne et responsable des guides religieux de Touba durant l’épidémie de choléra qui avait causé de nombreux morts au Sénégal en 1971. L’obscurantisme semble encore avoir de beaux jours devant lui dans ce pays.
Ainsi, en était-on arrivé jusqu’à voir des chefs religieux menacer le Sénégal de calamités certaines si d’aventure des manifestations religieuses étaient interdites. Un membre de la famille Sy de Tivaouane a déjà prédit le pire pour le Sénégal si leur Grand Ziar était annulé. Des fidèles se mettaient déjà en ordre de bataille pour braver toute interdiction. Fallait-il alors à l’Etat de passer outre et prendre des mesures qui ne seront pas acceptées et qu’il va falloir recourir à la force publique pour les appliquer avec, à la clef, de graves risques de troubles et de débordements ? Bien sûr que non. Il aura fallu du tact pour dénouer la situation.
Il faut dire que l’Etat a pu être aidé dans cette mission par des démarches discrètes auprès de certains chefs religieux. Certaines personnes, sans doute pour épargner le ridicule à leur communauté religieuse, ont entrepris de discuter avec les autorités religieuses pour leur faire comprendre l’hérésie de la posture adoptée. On peut dire que des discussions franches n’ont pas manqué d’influer positivement sur l’intransigeance qu’avait manifestée la communauté mouride par exemple quand il s’était agi d’annuler le Magal de Porokhane. Ainsi, verra-t-on sortir, au lendemain de ce Magal, des déclarations moins tranchées, plus conciliantes même, allant jusqu’à renvoyer la responsabilité des décisions d’ordre public aux autorités de l’Etat. Les émissaires de l’Etat ont alors commencé à être mieux écoutés et ces familles, récalcitrantes au début, ont même fait des gestes de soutien financier au profit de l’Etat pour contribuer à la lutte contre l’épidémie.
Le Président Sall a aussi pu, avec une certaine habileté, manœuvrer efficacement en s’assurant que des mesures d’interdiction de rassemblements religieux qu’il allait annoncer seront acceptées facilement par certaines autres familles. Ainsi, la pression serait davantage mise sur les chefs religieux qui seraient tentés de rester sur une position de défiance. Le chef de l’Etat a mis les chefs religieux devant leurs responsabilités en les invitant à s’associer à la sensibilisation de leurs disciples et à l’application des décisions prises par le gouvernement en vue de la protection des populations. Il apparaît aujourd’hui que tout chef religieux qui se mettrait à la face du monde pour refuser les mesures d’hygiène en prendrait pour son grade et perdrait son aura et sa crédibilité.

Jamais la police ne va disperser le Kazu rajab
Enfin, que le gouvernement a bien repris la main ! On verra comment l’application de la mesure d’interdiction des manifestations publiques sera vécue par les religieux musulmans. Les premières réactions sont assez positives. La famille omarienne avait fini de donner le ton. Le chef de la communauté de Médina Gounass a annulé le Daaka, une retraite spirituelle collective annuelle qui avait déjà démarré. Le Grand Ziar de Tivaouane est reporté. La communauté des Layènes a décidé du report de la célébration de l’Appel de Seydina Limamou Laye. Tout le monde guette l’attitude de la communauté mouride quant à la tenue, le 22 mars prochain, de la cérémonie du Kazu rajab célébrant la naissance de Serigne Falilou Mbacké, deuxième khalife général des Mourides, de 1945 à 1968. Le Kazu rajab est devenu une date importante dans l’agenda de la communauté des Mourides.
Après la première déclaration de Serigne Abdou Karim Mbacké du vendredi 13 mars 2020, mettant fin aux visites des fidèles à son domicile et leur prodiguant des mesures d’hygiène, d’aucuns avaient pu augurer qu’une telle déclaration allait sonner le glas de la célébration du Kazu rajab. Mais c’était sans compter avec les résistances au sein de la même famille. Ainsi, va-t-il rétropédaler pour dire le contraire de ce qu’il venait de dire quelques heures auparavant. Des divisions sont apparues sur cette question, car d’aucuns voudraient suivre la consigne du khalife général des Mourides qui endosse désormais les mesures édictées par l’Etat. On attend de savoir la suite, car il sera aussi difficile au khalife général des Mourides, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké, d’intervenir dans le sens d’interdire formellement la célébration du Kazu rajab. En effet, on ne manque pas déjà de souligner que Serigne Mountakha avait fini de célébrer le Magal de Porokhane dont il est le maître d’œuvre depuis plusieurs décennies. On voit bien son embarras, car Serigne Mountakha est totalement acquis aux mesures prises par le gouvernement.
Dans ces conditions, quelle sera la posture de l’Etat ? La question se présente comme délicate. Dans le cas d’espèce, on ne voit pas le Président Macky Sall envoyer la force publique pour faire respecter la décision d’interdiction de rassemblements publics. Tout emploi de la force sera contre-productif, il faudra discuter, discuter et sensibiliser sur les risques pour la population. Si malgré tout la célébration du Kazu rajab arrive à se tenir avec des milliers de fidèles que leur foi autoriserait à braver les interdits, il faudrait en prendre acte. Certes, le cas échéant, l’autorité de l’Etat en prendrait un sacré coup une fois de plus. Une attitude de défiance de la part de quelques autorités religieuses les mettrait toutefois au ban de la communauté nationale et ne ferait que renforcer un sentiment de révulsion que de nombreux religieux inspirent aux populations par leurs faits et gestes de tous les jours. On pourra toujours regretter que la République soit prise en otage par des oligarchies féodales, religieuses et familiales. Mais une pareille résistance serait plus préjudiciable à ces religieux qu’à l’Etat. Surtout si après un Kazu rajab de nouveaux cas de coronavirus seraient décelés parmi les fidèles. Déjà, tout fidèle mouride est assez gêné aux entournures par le fait que Touba se révèle être l’épicentre de l’épidémie à la suite du Magal de Porokhane. Retournons aux enseignements de Serigne Touba, il y a bien des viatiques pour servir sa communauté, vivre sa spiritualité et marcher avec son temps.
Ps : Une information a circulé hier soir voulant que la famille de Serigne Falilou Mbacké aurait décidé de ne plus organiser de rassemblements à l’occasion de la commémoration du Kazu Rajab. On ne peut que se féli-citer d’une telle décision si elle se confirmait. On pourra dire que tout est bien qui finit bien. Il serait alors heureux que la raison ait fini par prévaloir. Le travail remarquable qu’assure le personnel médical sur l’ensemble du territoire sénégalais est à saluer à bien des égards. C’est par ce service à la République, dans l’harmonisation des postures, que nous pourrons vaincre le coronavirus.

1 COMMENTAIRE

  1. Cette situation est tragique. Il est de la responsabilité de tous de faire des efforts pour préserver nos populations. Nos façons de faire sont propices à la contagion

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