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Adama Barrow, le Président gambien, ne joue plus avec les trafiquants du bois sénégalais vers son pays. Après les avoir avertis et dissuadés, les agents du Service forestier de la région de Bassé, épaulés par l’Armée gambienne, ont mis en fourrière plus de 36 mille troncs le long de la frontière entre le département de Vélingara et la région de Bassé.

«Du village de Saré Bodio, dans la province du Djimara (province d’origine de Adama Barrow), à celui de Niamanary (province du Kantora) sur près de 80 km, nous avons dénombré 36 mille troncs d’arbre tirés des forêts sénégalaises que nous avons mis en fourrière. La justice gambienne est saisie. C’est elle qui doit prendre la décision de vendre ces produits saisis et de la destination des fonds collectés. Ces troncs appartiennent à différents opérateurs qui croyaient que la mesure gouvernementale de mettre fin à ce trafic n’était que leurre.» Cette déclaration est de Sissawoh Saballey, directeur des Services forestiers de la région de Bassé (Gambie), frontalière au département de Vélingara. Il animait dans un hôtel de la ville de Vélingara (Sénégal) une conférence sur le Code forestier Gambien à l’intention de Sénégalais et Gambiens, membres de «Kawral Sénégambie», un cadre de concertation sur la gestion et la préservation des ressources naturelles dans l’espace transfrontalier entre le Sénégal et la Gambie. M. Saballey a poursuivi : «La valeur de cette saisie est d’environ 1,5 milliard de francs Cfa, puisqu’un tronc est échangé contre près de 42 mille francs Cfa.» A l’en croire, à l’accession de Adama Barrow au pouvoir, il y avait déjà des milliers de troncs d’arbre stockés dans différents points le long de la frontière. Les opérateurs économiques, propriétaires de ces troncs, ont sollicité et obtenu du Président Barrow l’autorisation d’évacuer totalement ce stock. On leur donna 10 semaines pour le faire. Ce délai passé, le trafic a continué, croyant que l’ère Jammeh pouvait ressurgir. Loin s’en faut. D’ailleurs, «pour garantir le gain de la lutte contre ce trafic, la Gambie a positionné le long de la frontière des forces armées pour épauler les services forestiers», a indiqué Sissawoh Saballey. L’Armée gambienne est bien visible à Gambissara, haut lieu de ce trafic, à Sabey, à Niamanary etc. Toujours selon M. Saballey, «les patrouilles mixtes, forestières gambiennes et forces armées ont permis la semaine passée de saisir 5 charrettes chargées de troncs et les convoyeurs au nombre de 6, parmi lesquels 5 Sénégalais et 1 Gambien sont en détention. Les troncs sont encore sur les charrettes. Nous attendons une décision de justice pour nous en débarrasser».
Le chef du service départemental des Eaux et forêts de Vélingara, le capitaine Dame Diop, a confirmé la poursuite du trafic de bois, «même si l’intensité a baissé». Il indique que ce sont des Sénégalais qui en sont les délinquants. Dans sa communication lors de cette rencontre, M. Diop a renseigné : «Notre travail de surveillance de la forêt est difficile du fait du manque de collaboration des populations, mais aussi parce que nous sommes épiés depuis nos services. Des gens rôdent autour de nos bureaux et appellent leurs complices en brousse pour informer de nos sorties ou pas et de la direction prise.»
Des révélations qui ont eu le don de soulever de l’optimisme dans les rangs des participants à cette formation. Mamadou Mballo, président des éleveurs de la commune de Kandia, a déclaré : «Nous nous acheminons vers la fin de ce trafic de bois à outrance, car ce sont les fortes sommes d’’argent à gagner dans cette activité qui attiraient du monde. Maintenant que les opérateurs sont coincés de l’autre côté, ils ne continueront plus à mettre leur argent dans la forêt.» Pourvu que Adama Barrow continue à résister aux pressions des lobbys dans le secteur.
akamara@lequotidien.sn

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