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«C’est une première», «une très bonne décision». Le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens et le Syndicat des pharmaciens du Sénégal, très satisfaits du verdict de l’affaire Touba Belel, crient à la victoire. Ils félicitent la justice et exigent la fermeture définitive des dépôts illégaux de Touba, plaque tournante du trafic de médicaments.

Le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens et le Syndicat des pharmaciens privés du Sénégal expriment leur satisfaction suite au verdict de l’affaire dite «Touba Belel». C’est «une très bonne décision», crie presque Dr Mbaye Aw, membre du Conseil de l’Ordre, qui voit en la décision du Tribunal de grande instance de Diourbel qui a condamné les prévenus un «signal fort» pour les trafiquants de médicaments. Le président de l’Ordre, Ahmeth Niang, pour sa part, qualifie la décision de dissuasive. Il estime en outre que c’est une première. «L’Ordre et le Syndicat des pharmaciens se sont toujours constitués dans les affaires de trafic de médicaments devant la justice, mais ils n’ont jamais eu cette victoire», témoigne-t-il. Les pharmaciens reconnaissants félicitent la gendarmerie et les juges qui ont rendu ce verdict inédit dans l’histoire du trafic de médicaments au Sénégal.
Faut-il le rappeler, le Tribunal de grande instance de Diourbel a déclaré les prévenus Bara Sylla et Amadou Woury Diallo coupables d’association de malfaiteurs, du délit d’exercice illégal de la profession. Il a condamné Bara Sylla à 7 ans de prison et Amadou Woury Diallo à 5 ans. Le Tribunal a ordonné la destruction des médicaments saisis et la confiscation des deux camions au profit de l’Administration des douanes et l’exécution provisoire du jugement. Cette saisie avait créé l’émoi. La valeur de la cargaison est estimée à 1,135 milliard de francs Cfa. L’ampleur de cette saisie et la gravité de ce trafic de faux médicament avaient poussé les professionnels du médicament à se constituer partie civile dans cette affaire.
Les pharmaciens, toujours dans la défense de l’honneur, de leur pratique professionnelle et de la préservation de la santé des populations, exigent la fermeture sans délai de tous les dépôts illégaux de Touba, ville que les pharmaciens considèrent comme une «plaque tournante du trafic de médicaments» du fait de «l’impunité» qui y règne. Pourtant, de l’avis du président de l’Ordre, «la vocation de cette ville, ce n’est pas d’exposer ses populations aux dangers du médicament», note-t-il. L’Ordre demande également à l’Etat de ratifier la convention «Médi­crime» qui oblige les Etats signataires à ériger en infraction pénale la fabrication et le trafic de médicaments contrefaits. Pour Dr Assane Diop, président du Syndicat des pharmaciens privés, on ne peut plus offrir ce spectacle aux yeux du monde. «Aucune considération envers quelques lobbys ou groupes de pression que ce soit ne doit retenir l’attention des institutions de la République», soutient Mbaye Aw. D’ailleurs, l’Ordre s’est encore plaint de l’enquête préliminaire de l’affaire Belel. «L’enquête préliminaire a révélé des limites. Il n’y a pas de perquisitions. Les commanditaires n’ont pas été inquiétés», se plaint le président du Syndicat des pharmaciens privés du Sénégal.
A ce propos, Dr Assane Diop rappelle au Président Sall son engagement tenu lors du forum sur le financement de la santé. Macky Sall disait «qu’il ne sera plus toléré que des médicaments frauduleux soient vendus dans ce pays. Le Président est même allé plus loin en disant que la fraude mortifère tue des milliers d’individus et nous ne pouvons plus rester sans réagir». Malheureusement, relèvent les professionnels du médicament, «la volonté politique fait défaut. L’Ordre n’a pas pour vocation de traquer les trafiquants de médicaments. Il revient à l’Etat, à travers ses services, de lutter contre cette pratique illégale et dangereuse», rouspète Dr Assane Diop.
ndieng@lequotidien.sn

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