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Aborder cette question aussi sensible qu’est la tuerie de Boffa est si difficile, mais cette difficulté ne doit guère être un frein pour exprimer mon sentiment personnel. C’est pourquoi je dépassionne le sujet de prime à bord pour apporter une lecture objective et constructive pour l’avancée de ce dossier qui a trop duré, dix (10) mois c’est trop. On me reprocherait de me prononcer sur un dossier pendant en justice certes, mais je ne me suis pas prononcé sur le fond que je ne maîtrise d’ailleurs pas. Ma modeste contribution est celle d’un simple citoyen qui a soif de justice sur cette affaire accablante et qui ne prétend pas donner de leçons à aucun quidam, mais qui alerte l’opinion nationale et internationale sur la lenteur observée sur ce cas spécial.
19 janvier 2018- 19 octobre 2018. Cela fait aujourd’hui dix (10) mois que 24 personnes ont été arrêtées. Jusque-là, elles ne sont pas jugées. Et l’enquête judiciaire, lancée pourtant sur des chapeaux de roue, n’avance pas.
Que devient l’affaire de Boffa ? C’est la question que se posent de nombreux Sénégalais après presqu’un an qu’elle s’est produite.
Pendant que les populations casamançaises en particulier, sénégalaises en général, étaient sous le choc de cette atrocité hautement inhumaine, condamnée de tous, la justice et les forces de sécurité s’activaient, elles, à élucider le mobile et les acteurs de cette tuerie. Ainsi, une information judiciaire a été ouverte par le procureur. Dans la foulée, 24 personnes sont interpellées par la gendarmerie qui a mis toute une armada pour cette enquête. La justice, elle, les a mises sous mandat de dépôt. Bravo, devrait-on dire. Pour mieux marqué le coup, le procureur a indiqué dans ses explications que les 24 présumés partagent un point commun et même mieux, le cerveau de cette mascarade lugubre et cadavérique est mis au arrêt au cours de l’unique conférence de presse co-organisée avec la gendarmerie. Un grand espoir nous a ainsi habité de voir, pour une première fois, des fauteurs de troubles punis. Vu la trajectoire rapide des résultats annoncés, je croyais que justice sera vite rendue, mais cette rapidité que rien n’expliquait me faisait croire que l’enquête semblait orientée. Pourquoi ou pour quelles raisons, je ne saurais le dire, mais néanmoins j’espérais voir jaillir des ténèbres la flamme de la vérité, car nous avons foi au professionnalisme de notre Gendarmerie nationale et de notre justice. Aujourd’hui, plus de dix (10) mois passés, je semble déchanter. L’espoir s’est dissipé pour céder la place à l’illusion. L’ancien juge d’instruction qui avait le dossier est remplacé après 6 mois, des conditions plus coriaces d’obtention du permis d’autorisation de visiter un détenu… Dans ces conditions de tumultes, devons-nous tirer le chapeau à la Gendarmerie nationale qui n’avait aménagé aucun effort ou devrons-nous nous en prendre à la justice pour la lenteur et le mutisme sur ce sujet ? Certes l’affaire semblerait sensible, mais au point où nous en sommes, nous voulons la vérité et la justice dans leur rigueur.
Depuis cette conférence, plus rien n’a été dit sur le dossier, en tout cas pas publiquement. Tout ce qu’on savait est que l’instruction était en cours. Il y a une lenteur. Pourquoi cette lenteur ? Où est-ce que ça bloque ? Quel mystère !
On me répondrait certainement que le temps de la justice n’est pas celui des médias ou du simple citoyen bien sûr. Mais si réellement le cerveau a été arrêté comme dit, le mobile et les auteurs de cette ignominie démasqués, vous conviendrez avec moi que le dossier a bien pris du temps. Pourquoi autant de temps au moment où des responsables de famille croulent dans les prisons du pays en attendant d’être fixés sur leur sort ?
Vu la lenteur expresse ou non qui est présente, je me demande si l’affaire de Boffa ne va pas finir sur une impasse, si elle n’est pas un vide juridique, s’il n’y avait pas des manquements dans le processus, si la montagne ne va pas accoucher d’une souris. Je ne saurais répondre, mais si cela se confirmait, la population sortirait grandement déçue, car des crimes sans criminels, des meurtres sans meurtriers, des viols sans violeurs…on en a marre.
Pour marquer le dixième mois de leur arrestation, j’ai décidé d’alerter l’opinion nationale et internationale pour que lumière soit faite dans ce dossier. Ce crime ne restera pas impuni. On doit trouver les coupables. Le citoyen que je suis ne veut pas de ce statu quo. L’information judiciaire a été ouverte, j’attends des résultats forcément et dans un temps bref.
Pourquoi l’affaire de Boffa est devenue un tabou. Pourtant dans les tous débuts, l’accès aux «informations» a été en effet immédiatement donné par une certaine presse. Qui les a produites ? Avec quelles finalités ? A qui sont-elles destinées ? Quels effets en sont attendus ? Le travail de vérification de la fiabilité des données de n’importe quel processus d’enquête a été ici compliqué par le fait que les conditions de production, de conservation et de diffusion des données ne sont pas toujours explicites.
A la lumière de tout le temps écoulé, au respect profond que je voue aux autorités administratives, politiques, judiciaires et militaires, à mon ancrage à la République de droit et des valeurs, à mon attachement à la cohésion nationale, combien sommes-nous aujourd’hui à penser que l’enquête n’a pas été faite à la hâte ? Si on se réfère au cas de l’iman Ndao qui, après 2 ans de prison, s’est vu acquitté et autant de cas, il y a véritablement là matière à réflexion. En ma qualité de citoyen imbu de justice et d’unité nationale, de paix et de tolérance, je ne peux m’empêcher de me poser certains questionnements sur ce dossier.
Dix (10) mois après, pourquoi certains détenus n’ont jamais été entendus et par l’ancien et par le nouveau juge d’instruction chargé du dossier ?
Dix (10) mois après, pourquoi les détenus arrêtés pour une même cause sont-ils essaimés dans d’autres prisons du pays ?
Dix (10) mois après, pourquoi les visites des détenus ne sont présentement limitées qu’aux liens consanguins ?
Dix (10) mois après, pourquoi le salaire de certains détenus est suspendu ? Où est donc la présomption d’innocence ?
Dix (10) mois après, tout un mystère enveloppe le Peuple. Ne serait-il pas un camouflet ?
Or, nos forces de sécurité sont garantes de la paix et de la stabilité, de la cohésion et de la sûreté de la Nation. La justice, elle, étant garante de l’application stricte des lois, elle doit dire le droit dans la grandeur. Donc, pourquoi ces deux forces réunies, ces deux instruments importants de la vie d’une Nation, ne parviennent-elles pas toujours à faire la lumière sur ce drame ?
Nous avons besoin d’une justice forte, reposant sur des hommes et des femmes de valeur, de vérité, d’impartialité et de neutralité à toute épreuve pour mieux situer les responsabilités et sanctionner les auteurs.
Quand allons-nous connaître la vérité sur cette tragédie macabre de Boffa ?
A l’opinion nationale et internationale, je demande que justice soit faite, car ce sont des vies qui ont été sauvagement ôtées en même temps, ce sont des responsables qui sont placés sous mandat de dépôt depuis lors, laissant derrière eux des familles sans soutien. La justice rendue permettra aux familles des victimes de faire le deuil de leurs proches et aussi au Peuple sénégalais de mieux comprendre le mobile et les personnes impliquées dans cette triste tragédie.
En somme, la tragédie de Boffa devrait marquer un tournant définitif contre l’impunité et l’inconséquence en Casamance. Nous voulons que justice soit rendue au nom du pays, pour le Peuple, dans un Sénégal de tous pour tous.
Plus jamais ça !
Nicolas Silandibithe – BASSENE
Coordinateur du mouvement citoyen Agir
maintenant pour une émergence nouvelle (Amen)

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