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Le Département d’Etat américain vient de rendre public son rapport annuel sur la situation de la traite des personnes. Le Sénégal, qui gagne un point en obtenant un classement tiers deux, reçoit même les félicitations des autorités américaines. Mais sur le terrain, le phénomène des enfants talibés, qui est la manifestation la plus visible de cette forme de la traite des personnes, ne faiblit pas. En atteste le bilan très maigre du programme de retrait.

Le rapport 2019 du Département d’Etat américain sur la traite des personnes classe le Sénégal comme un pays de catégorie tiers deux. Une notation que les Américains viennent juste de rehausser pour le Sénégal qui pointait auparavant à la note en dessous. Les Américains adressent même des félicitations aux autorités sénégalaises pour avoir identifié un problème croissant lié aux réseaux d’enfants mendiants. «Elles ont réalisé des campagnes de sensibilisation, condamné les auteurs et fourni des soins à de nombreuses victimes», se félicite le département d’Etat en soulignant qu’entre 2014 et 2015, le Sénégal a condamné 4 personnes pour traite de personnes, conformément à la loi 2005-06 du 10 mai 2005 relative à la lutte contre la traite des personnes et pratiques assimilées. Mais à y regarder de plus près, les efforts salués par les Américains n’ont qu’un impact limité sur le quotidien de ces jeunes enfants qui continuent d’arpenter les rues de la capitale pour le compte de maîtres coraniques véreux. Mais il faut dire que les Usa n’accordent pas certains financements aux pays mal classés. Raison pour laquelle, sans doute, les autorités ont jugé bon de faire quelques efforts dans la lutte avec notamment la mise sur pied de la Cellule nationale de lutte contre la traite des personnes (Cnltp), présentée sur le site de l’organisation comme «un engagement fort du gouvernement». Mais en dehors de quelques actions de formation, la cellule présente peu de réussite dans les objectifs qui lui ont été assignés dans le cadre du règlement de la question des enfants talibés.

200 mille talibés dans le pays
Aujourd’hui, force est de constater que le nombre d’enfants talibés n’a cessé de croître. Selon M. Issa Saka, coordonnateur de projet à l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (Onudc), ils sont au nombre de 200 mille sur l’ensemble du territoire dont les 129 mille dans la région de Diourbel. A Dakar, l’on compte quelque 50 mille enfants talibés dont les 30 mille pratiquent la mendicité, selon la Plateforme pour la protection et la promotion des droits humains (Ppdh). Contrairement aux idées reçues, seuls 9% des enfants talibés viennent de la Guinée Bissau.
Il y a trois ans, le Président Macky Sall avait annoncé sa volonté de retirer les enfants talibés de la rue. Une volonté qui s’est faiblement traduite en actes puisque seuls quelque 1 500 d’entre eux ont été retirés. M. Saka, qui participait à une session de formation de journalistes organisée par l’Ong France Terre d’asile dans le cadre du projet de Renforcement des capacités des Ong pour mieux lutter contre la traite des êtres humains en Afrique (Recolteha), note que l’exécution de cette directive se heurte toujours à l’absence de volonté réelle. «C’est un phénomène qui est complexe où il faut une capacité au niveau des acteurs à tous les niveaux, mais où également il faut vraiment de la volonté pour réprimer», souligne M. Saka qui note que les poursuites engagées sont du reste très timides. «Il y a des poursuites, mais timides parce qu’il y a des connexions avec la religion qui est très sensible, la tradition etc. Ce qui fait que chaque fois qu’il y a une volonté qui est affichée, elle n’est pas finalement réalisée à 100%», poursuit-il. Selon M. Issa Saka, il demeure que l’enjeu économique est aussi une dimension fondamentale du problème. En effet, les estimations montrent que ces jeunes enfants des écoles coraniques rapportent environ 15 millions de francs Cfa par jour dans la capitale, soit 5 milliards de francs par an. «L’enjeu est d’abord économique», soutient le spécialiste qui souligne que cet état de fait explique également les difficultés du gouvernement à faire aboutir le projet de réforme des daaras, toujours en discussion, neuf ans après. «Les maîtres coraniques ne veulent pas accepter un droit de regard», explique M. Saka. Au Sénégal, la traite des personnes concerne la mendicité forcée, la prostitution forcée et le travail domestique forcé.
mamewoury@lequotidien.sn

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