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Si les transferts des migrants ont dépassé l’Aide publique au développement (Apd) en termes de volume, ces dernières années, des effets pervers commencent à apparaitre, notamment dans les zones de Matam et Bakel où les transferts ont été un frein au développement de l’agriculture.

Sur le continent africain, les transferts de fonds des migrants ont dépassé l’Aide publique au développement (Apd) en termes de volume. Avec 10% du Produit intérieur brut (Pib), les envois des migrants sénégalais représentent plusieurs centaines de milliards chaque année. Si globalement, ces transferts sont un filet de sécurité pour les familles, au fil des ans, des effets pervers commencent à apparaitre. C’est ce que souligne Mouhamadou Bamba Diop de la Direction de la planification du ministère de l’Economie, des finances et du plan. M. Diop, qui participait hier au panel organisé dans le cadre de l’atelier sur la dissémination des résultats du processus sur la gestion des risques agricoles au Sénégal, note que les transferts des migrants présentent deux caractéristiques fondamentales, à savoir des montants très peu élevés et une utilisation essentiellement pour des besoins de consommation, pour l’éducation et pour la santé. Selon M. Diop, seul 1% de ces ressources est orienté vers des investissements hors secteur immobilier. Une situation qui, selon lui, provoque une forme de Syndrome hollandais, puisque ces produits de consommation proviennent à 40% des pays occidentaux qui sont parmi les points de départ de ces transferts et qui de ce fait y retournent. L’autre effet pervers diagnostiqué par l’expert, c’est que dans les zones qui reçoivent le plus de transfert, l’on note un abandon de la pratique agricole. Dans des zones comme Matam et Bakel, cette situation s’est matérialisée par une baisse des emblavures. «Quand les familles reçoivent des transferts réguliers, elles ont tendance à abandonner l’agriculture pour aller en exode rural vers les grands centres urbains», souligne M. Diop.
Certains participants au panel n’ont d’ailleurs pas hésité à parler de «paresse» dans ces zones où l’agriculture est délaissée. «Les transferts de fonds ont freiné le développement de l’agriculture au Sénégal», insiste le Directeur général de l’Agence de régulation des marchés (Arm), Amadou Sy. Mais les transferts d’argent n’ont pas eu que des effets négatifs dans ces zones. En attestent les taux de couverture de l’électrification rurale qui sont de 30% à Matam, tandis qu’ils sont à peine à 3% dans la région de Kédougou, relativise Boubacar Kanouté de la Délégation de l’Union européenne.

Les transferts pour faire face aux chocs agricoles
L’agriculture qui contribue à hauteur de 15% au Pib du Sénégal fournit de l’emploi à 60% de la population. Mais le secteur est confronté à plusieurs risques et contraintes. Selon les études menées par la Plateforme pour la gestion des risques (Parm), les inondations, les sécheresses et les tempêtes sont les principaux risques, tandis que le niébé, les tomates et les arachides sont les cultures les plus exposées. Dans le cadre de ses activités, le Parm a commandité une étude sur «les transferts d’argent comme instrument de gestion des risques agricoles au Sénégal». L’étude a été restituée hier et elle montre, selon Mallé Fofana de Red mangrove développement advisor (Rmda), que les transferts d’argents permettent aux ménages de faire face aux chocs agricoles. «73% des ménages recevant des transferts mettent en place une stratégie de mitigation des chocs agricoles contre 22% des ménages ne recevant pas de transfert.» Un véritable clivage, mais qui renseigne sur l’importance de ces ressources. Pour les ménages recevant des fonds, l’étude note que «cette stratégie consiste d’abord à diversifier les activités par du petit commerce et à sécuriser de meilleurs intrants. Au final, on observe une substitution des migrants aux aides du gouvernement et des Organisations non gouvernementales (Ong)». Seulement, si les familles épargnent, l’utilisation n’est pas optimale du fait d’un faible accès aux services financiers que ça soit par manque de points d’accès ou parce que les produits sont peu adaptés au monde rural. Toutefois, l’étude a montré que le transfert influe également sur le recours à des services bancaires puisque les ménages recevant des transferts ont reçu un crédit récent à 45% contre 19% pour les ménages qui n’en reçoivent pas.
mamewoury@lequotidien.sn

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