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Le démissionnaire de l’Apr de Passy et de Foundiougne n’avait pas encore parlé de son ralliement à Pastef. Baye Niass, 37 ans, ingénieur géologue comme Macky Sall, brise le silence et motive sa décision. Dans cet entretien qu’il a accordé au journal Le Quotidien par mail, il décline son ambition de faire du département de Foundiougne, un bastion de Pastef.

Racontez-nous votre militantisme à l’Apr…
Je me suis engagé en politique en 2012 aux côtés du Président Macky Sall, parce que convaincu par sa vision, son programme et ses principes. Depuis lors, j’ai évolué dans l’Alliance pour la République (Apr) et avec mes propres moyens, je suis parvenu à me construire une base politique à Passy et dans le département de Foundiougne. Je préside aujourd’hui une grande coalition dénommée And suxali Passy, appuyée par des mouvements de soutien qui ont été créés spontanément par des jeunes, des femmes et des professionnels pour élargir notre champ d’action. En même temps, je suis le coordonnateur du Pôle de communication de la plateforme départementale pour la défense des intérêts de Foun­diougne. C’est ce qui m’a valu aujourd’hui d’être un leader incontournable et non négligeable dans le champ politique au niveau du département et particulièrement de la commune de Passy.

Le jeudi 8 octobre, Ousmane Sonko, sur sa page Facebook, a annoncé votre démission de l’Apr pour Pastef. Qu’est-ce qui a motivé votre décision ?
Notre démission de l’Apr est motivée par plusieurs raisons. La plus importante est que cette décision émane de la base. Autrement dit, c’est la volonté politique exprimée et recommandée par les militants et sympathisants à la base. Nous avons été sur tous les fronts depuis 2012 pour accompagner, soutenir et vulgariser la politique du Président Macky Sall sans recevoir aucune reconnaissance ou considération venant de lui. Je tiens à préciser que cette reconnaissance n’est pas liée à une récompense politique par des responsabilités administratives et gouvernementales. La vérité est que les efforts que nous avons fournis dans la commune de Passy et dans le département de Foundiougne durant toutes les joutes électorales de 2012 à maintenant n’ont pas été reconnus et pris en compte dans la territorialisation des politiques publiques par le régime de Macky Sall. En effet, toutes les promesses électorales exprimées dans le département et dans la commune ne sont pas respectées. Par exemple, le port de Foundiougne, inauguré depuis 2015, peine à ouvrir ses eaux aux navires, alors que des jeunes ont été formés pour son exploitation. Le Domaine agricole communautaire (Dac) du Ndiombato, lancé depuis 2015, n’est toujours pas fonctionnel. Le décor du lycée de Passy est indescriptible, avec ses nombreux abris provisoires. Il n’y a pas de structures de santé capables de gérer les urgences sanitaires dans le département. Il ne se passe pas une seule journée sans que l’ambulance de Passy ou de Sokone n’évacue sur Kaolack. Jusqu’à présent, l’eau reste une denrée rare dans certains coins des Iles du Saloum. Il n’y a aucune infrastructure capable d’absorber le chômage dans le département de Foundiougne. La raison la plus récente, pour expliquer notre décision de quitter l’Apr, est la gestion des inondations. Une situation qui me reste en travers de la gorge puisque notre commune, Passy, en a pâti avec deux pertes en vies humaines et beaucoup de personnes délogées par les eaux, et jusque-là aucune solution structurelle n’a été apportée si ce n’est que des promesses.
Enfin, il y a un recoupement d’idéologies entre les principes de Pastef et mes convictions politiques. Malgré tout, nous avons toujours soutenu les activités politiques et actions gouvernementales avec fidélité et constance. Mais notre patience a atteint ses limites.

Avez-vous passé un accord avec Ousmane Sonko ?
Le Président Sonko et moi n’avons passé aucun accord politique mais nous nous sommes engagés à travailler ensemble, la main dans la main, pour bouter Macky Sall hors du pouvoir. Encore une fois, notre adhésion à Pastef est uniquement basée sur les principes et les valeurs qu’incarne le Président Ousmane Sonko et la doctrine du parti. Cette manière de faire la politique et qui vise à enrichir une élite politique avec les biens publics, au détriment de la majorité de la population, doit être combattue jusqu’au bout.
Certains de vos désormais ex-camarades de l’Apr pourraient considérer votre départ comme une sorte de chantage…
Chantage ? Non ! Ceux qui me connaissent savent que ce mot n’a pas de place dans mes pratiques politiques ou mes liens comportementaux avec la société. Je n’accepte jamais d’exercer ou de subir le chantage quels que soient sa nature, son niveau ou son origine. Il y a des pratiques surannées, malsaines, scabreuses comme le chantage, la menace, la violence, la calomnie, l’obstruction, qui sont utilisées souvent dans le champ politique et qui doivent être définitivement enterrées. Je vous rappelle que j’ai évolué pendant huit ans dans l’Apr. J’ai investi beaucoup de mes propres moyens financiers et matériels pour massifier et renforcer le parti à la base, sans bénéficier d’aucun soutien de la part de la direction du parti ou des ténors du parti. J’ai utilisé mes propres moyens pour accompagner la politique du Président dans la commune de Passy et dans le département de Foundiougne, en apportant des financements aux groupements de femmes de la localité, en assistant les nécessiteux, en trouvant de l’emploi aux jeunes du département et en soutenant les structures sportives et de jeunesse. Ce qui m’a valu le surnom du «mécène social de Passy». Malgré tous ces nombreux efforts consentis dans le parti, nous n’avons jamais sollicité une audience avec le Président ou crié dans la presse pour obtenir une récompense. Celui qui abat tout ce beau travail pour le compte du Président mérite une certaine reconnaissance et considération. Au contraire, nous étions toujours victimes de jalousie, de calomnie, d’accusations gratuites. Maintenant, en nous voyant quitter le parti, ils seront probablement soulagés.

Peut-on s’attendre à ce qu’un jour vous reconsidériez votre décision ?
Ce n’est plus possible. La page Apr est définitivement tournée pour moi. Cette décision a été prise à l’issue d’une large concertation mûrement réfléchie. Désormais, nous sommes membres de Pastef de Ousmane Sonko et nous comptons y rester. Nous sommes convaincus par l’idéologie, les principes et les valeurs qu’incarnent le parti et la belle vision de son leader. Notre aventure politique se poursuit maintenant dans l’opposition aux côtés du président Ousmane Sonko pour produire la meilleure alternative en 2024.
Il paraît que beaucoup de frustrés de l’Apr dans le département de Foun­diougne sont sur le point de vous emboîter le pas.
Effectivement, beaucoup de responsables, y compris des maires, sont sur le point de quitter le parti présidentiel pour nous rejoindre à Pastef. Nous n’allons pas dévoiler nos stratégies dans la presse mais retenez bien que la venue prochaine du président Sonko dans le département de Foundiougne sera totalement différente de ses précédents déplacements en termes d’accueil et de mobilisation. Ce jour-là, vous constaterez vous-même que le département a complètement tourné le dos au régime en place.

Quelles sont vos ambitions politiques dans le département de Foundiougne ?
En tant que fils et cadre du département de Foundiougne, mon devoir est de contribuer à son rayonnement économique et social, que je sois engagé en politique ou non, que je milite au pouvoir ou dans l’opposition. L’essentiel est de participer, en tant que citoyen, au développement de notre localité, quelles que soient les responsabilités politiques, administratives ou gouvernementales qui pourront m’être confiées. En d’autres termes, je n’ai aucune prétention de poste dans le parti au niveau communal comme au niveau départemental. Néanmoins, cela ne nous empêchera pas de poursuivre nos activités politiques convenablement en cherchant à faire du département de Foundiougne, un véritable bastion de Pastef en vue de porter le président Ousmane Sonko à la Magistrature suprême en 2024.

Vous serez encore candidat pour la mairie de Passy aux prochaines élections locales ?
Ma candidature à la mairie de Passy est une exigence de la population et, incha Allah, avec notre nouvelle famille politique, nous espérons atteindre notre objectif. Je rappelle qu’en 2014, notre coalition And suxali Passy avait réalisé un bon score pour une première expérience et était arrivée 3e. Mais au-delà de la commune de Passy, je voudrais réitérer que notre ambition est de faire en sorte que le Conseil départemental ainsi que toutes les communes du département de Foundiougne soient prochainement dirigés par des responsables de Pastef pour faciliter l’élection de notre leader Ousmane Sonko en 2024.

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