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Le Conseil sénégalais des chargeurs (Cosec) a initié hier à Saly une rencontre avec les acteurs pour se pencher sur la problématique de la facturation des services maritimes, notamment le fret et les prestations portuaires.

L’application d’une augmentation sur les tarifications en violation flagrante de certaines réglementations en vigueur au Sénégal est souvent à l’origine d’une inflation. Cette volatilité des taux, conjuguée au flot de surcharges et autres augmentations générales de taux arbitrairement décidés par les armateurs, rend les tarifs de la ligne régulière peu lisibles et ne permet pas à l’opérateur économique de déterminer de façon précise ses charges. Le Sénégal n’échappe pas à ce constat. Le port de Dakar est aujourd’hui le théâtre de pratiques tarifaires jugées répréhensibles par les autorités en charge de ces questions. Pour mettre fin à ces pratiques, le Conseil sénégalais des chargeurs (Cosec) a réuni hier à Saly les acteurs pour se pencher sur la question. Le directeur général du Cosec, Abdoulaye Diop explique : «Le gros problème des Etats c’est de contenir l’inflation. Aujourd’hui, si on veut équilibrer et contenir cette inflation, il était important de pouvoir déterminer la situation des taux de fret au Sénégal. On va mettre en place une commission pluridisciplinaire pour ouvrir des négociations sérieuses avec les opérateurs.»
En échos à ces propos, le directeur des études du Cosec, Demba Faye, juge les taux de fret à destination de Dakar très élevés. A preuve, indique-t-il, «un container qui quitte la Chine pour venir à Dakar paye plus cher qu’un container qui quitte la Chine pour aller à Abidjan. Cela est inadmissible, c’est la raison pour laquelle le Cosec a organisé ce séminaire pour essayer de faire comprendre aux chargeurs tous les déterminants qui entrent dans le cadre de la facturation pour essayer de voir dans ses différentes composantes quelles sont les composantes qui sont réelles et celles qui sont fictives pour essayer d’aboutir à des taux de fret maîtrisables, à des prestations portuaires assez maîtrisables et assez faibles». Sur les causes de cette tarification très élevée, il indexe une législation devenue «caduque». A son avis, «le Sénégal dispose d’une logistique, car le rôle du Cosec c’est d’assister les chargeurs, leur faire connaître leurs droits. Il est vrai que dans la législation actuelle, depuis la libéralisation des transports maritimes, la règle des 40-40-20 contenue dans le code de conduite des conférences maritimes est devenue caduque. Et dans ce cadre-là, les Conseils des chargeurs ont un peu perdu la régulation des taux de fret». Mais, estime M. Faye, «cette régulation peut se faire de manière indirecte en incitant les chargeurs à se regrouper et à avoir des poids assez importants qui leur permettront de pouvoir négocier avec les armateurs pour avoir des taux de fret assez faibles».

Elaboration d’un mémorandum
Du point de vue du conseiller technique Banda Diop, représentant le ministre de la Pêche et de l’économie maritime, «la double facturation du fret dont souffrent nos exportations et nos importations est liée à l’accaparement du marché africain du fret par des compagnies maritimes étrangères organisées en trusts, à la faveur de quasi absence d’une flotte africaine, mais aussi de l’inefficacité de la plupart de nos ports». A ses yeux, «les taux de fret appliqués au Sénégal sont les conséquences d’une faible demande, celle d’une économie sous-développée dont le volume des échanges extérieurs reste anecdotique. Les armateurs jouent sur cette variable pour le fret import et s’assurer une marge bénéficiaire certaine». Cependant, précise M. Diop, «ce paramètre n’explique pas totalement la variation des taux de fret appliqués au Sénégal et en Afrique et ceux dans les autres rangs. Elle découle également de l’absence d’organe de régulation et de contrôle des taux de fret qui pousse les compagnies maritimes à appliquer des taux de fret à leur guise pour le trafic à destination du port de Dakar». Pour faire face à cette situation, le conseiller technique du ministre dira que beaucoup d’efforts ont été fournis par les autorités, à savoir la modernisation de l’outil portuaire, la signature de conventions de concession avec des opérateurs logistiques de renommée mondiale, entre autres. N’empêche, juge-t-il utiles un meilleur encadrement, une bonne information des acteurs et une concertation qui pourraient jeter les bases d’un cadre d’observation, de discussion et de suivi.
A l’issue de cette rencontre qui regroupe des universitaires et des opérateurs économiques, les participants devraient élaborer un mémorandum qui sera remis au ministre de la Pêche et de l’économie maritime et à celui du Commerce, du secteur informel, de la consommation, de la promotion des produits locaux et des Pme. Ce mémorandum vise à proposer un cadre de réflexion pour la mise en cohérence des stratégies et à adopter une démarche d’anticipation pour une meilleure gestion de la tarification des prestations maritimes et portuaires.

 abciss@lequotidien.sn

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