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Le procureur a requis 10 ans de prison ferme contre Ibrahima Sow pour des chefs d’accusation présumée d’incendie volontaire dans un lieu servant d’habitation et détention de chanvre indien. Un préjudice causé à l’actuel maire de Grand-Yoff qui avait refusé l’organisation d’un «simb» dans sa commune pour raisons de sécurité. La décision sera rendue le 6 novembre prochain.

«Incendie volontaire dans un lieu servant d’habitation et détention de chanvre indien.» Ce sont les faits reprochés hier à Ibrahima Sow qui a comparu devant la Chambre criminelle. Ses actes avaient les relents d’un règlement de comptes envers le maire de Grand-Yoff qui a été victime de représailles. Et il encourt 10 ans de travaux forcés.
Les faits ont eu lieu en 2015, au domicile du maire de Grand-Yoff, vers les coups de 2 heures du matin. Deux jeunes, munis d’une bouteille de diluant et d’une allumette, s’étaient rendus chez l’édile de la commune pour vider un différend qui les opposait. En fait, les jeunes du quartier Senzela voulaient organiser des séances de faux lions, communément appelées «simb gaïndé». Mais le maire a posé son veto sous prétexte que la majeure partie de ces jeunes n’habitaient pas le quartier et qu’il craint pour la sécurité des populations. Suffisant pour que ces derniers gardent une dent contre lui. C’est ce qui aurait motivé leur intention de brûler la maison du maire.
Une fois sur les lieux, l’un des jeunes a remis le produit inflammable à Ibrahima Sow. Après avoir versé le liquide autour de la fenêtre en bois, il a mis le feu sans «hésiter». Son acolyte a quitté les lieux, mais lui est resté pour assumer son acte. C’est ainsi que les jeunes, dont Abdoulaye Cissé, qui étaient sur la terrasse, sont descendus pour éteindre les flammes avant d’en découdre avec l’accusé. Mais le frère du maire Madiop Diop les a dissuadés. Il leur a demandé de porter plainte contre les auteurs de l’incendie. Ils l’ont fait au commissariat des Parcelles Assainies dont les éléments se sont rapidement déplacés chez le maire Madiop Diop pour constater les dégâts. Les pyromanes avaient pris la fuite.

L’accusé identifié par le témoin
Entendu, le témoin Abdoulaye Cissé a dit formellement reconnaître Ibrahima Sow. Mais il était impossible de mettre la main sur lui, car il avait décampé du quartier. C’est après 15 jours de cabale qu’il a été appréhendé en possession de chanvre indien. Interpellé par les limiers, il a caché son identité en donnant le nom de Moussa Sow pour mener en bateau la police. Comme il est très connu du quartier Senzela, la police qui poursuivait ses investigations a finalement découvert que Moussa Sow n’est personne d’autre que le sieur Ibrahima Sow. En niant avoir mis le feu, il argue aussi qu’il n’a aucun problème avec le maire. A propos de la drogue, il a laissé entendre que c’est la police qui veut lui chercher la petite bête. Il soutient qu’il n’a pas été trouvé en possession de chanvre indien «et que c’est la police qui l’a sorti de la voiture pour dire qu’il m’appartenant».
Devant la barre de la Chambre criminelle, l’accusé a maintenu ses dénégations. Ces arguments sont battus en brèche par le témoignage de Abdoulaye Cissé. Il dit : «J’étais à la terrasse au moment où mes amis étaient dans le salon en train de faire du thé. A un moment, je l’ai vu venir en compagnie d’un autre. Ils avaient longé le mur. Arrivé à hauteur de la fenêtre, son ami lui a remis la bouteille du diluant et une allumette. Après avoir aspergé le liquide sur la fenêtre, il a allumé le feu. Son ami a pris la fuite, mais lui est venu se mettre sous un lampadaire en revendiquant son acte.»

Le témoin menacé de mort par un proche de l’accusé
Contesté par l’accusé, le témoin a indiqué qu’il n’a aucun intérêt à le charger. «Je le connais bien. Même s’il était trempé dans un fût de goudron, je n’aurais pas de peine à le reconnaître. Nous avons fait l’enfance ensemble et c’est moi qui le prenais par la main pour le conduire à l’école coranique», a-t-il précisé. Avant de révéler qu’il a fait ces jours-ci l’objet de menace de mort. «Quelqu’un m’a appelé pour demander de témoigner à décharge sinon il allait me tuer», dit-il.
Le Parquet n’est pas aussi convaincu par les dénégations de l’accusé. Selon le ministère public, «il a été trouvé en possession de la drogue. En ce qui concerne l’incendie, il a été formellement reconnu par le témoin». Estimant que les faits de l’incendie lui sont imputables, il a requis 10 ans de travaux forcés et la destruction du chanvre indien.
Pour la défense, l’imputabilité pose problème, car elle estime que le témoin a déclaré qu’il n’a pas identifié celui qui l’accompagnait à cause de l’obscurité. «Par conséquent, la matérialité des faits n’a pas été rapportée», dit le conseil de l’accusé qui a plaidé l’acquittement de son client au bénéfice du doute, à défaut de lui faire une application bienveillante de la loi. Le verdict sera rendu le 6 novembre prochain.

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