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L’absence de long métrage sénégalais de la compétition officielle du Fespaco 2019 continue toujours à faire jaser la communauté des cinéastes. Hier, le ministre de la Culture Abdou Latif Coulibaly a, en marge de l’atelier de présentation et de validation de la Lettre de politique sectorielle de développement (Lpsd) de son ministère, mis les points sur les «i».

Comment appréciez-vous l’absence de long métrage sénégalais au prochain Fespaco ?

Il n’y aura pas de long métrage sénégalais au Fespaco. Et alors ! Où est le problème ? On aurait souhaité être là-bas, mais l’Etat n’est pas un producteur de films. On essaye de reprocher à l’Etat le fait qu’il n’y ait pas de long métrage au Fespaco. Je rappelle que le Sénégal n’a jamais gagné l’Etalon d’or de Yennenga jusqu’à Alain Gomis. Pourtant, le Sénégal est membre fondateur du Fespaco. Le Fopica n’est pas là pour produire des films. Il est là comme adjuvant pour accompagner les gens qui ont des films à produire. L’Etat ne peut pas devenir un producteur cinématographique. Il faut que les gens comprennent cela définitivement. J’ai entendu des gens dire «oui on pourrait prendre, sur les 2 milliards, 300 millions ou 400 millions de francs Cfa pour produire un film». Ce n’est pas la politique de l’Etat. Il faut que les gens sachent respecter la politique de l’Etat. Beaucoup de courts métrages sénégalais ont été primés ces dernières années. Je peux dire, entre autres, que le Fopica a beaucoup aidé. Il ne faut pas résumer l’industrie cinématographique à des longs métrages. A côté, il y a aussi des courts, des documentaires, des fictions. Je suis désolé si quelqu’un a une conception pareille du cinéma, il est à côté de ce que l’Etat comprend dans la politique de l’industrie cinématographique.

Quelle est cette politique ?
La politique de l’Etat du Sénégal est de s’occuper de l’industrie cinématographique de manière générale. Celle-ci ne se limite pas à la simple production. Cela va bien au-delà. Il y a la formation, l’encadrement. L’Etat aide à créer les conditions de développement du cinéma. L’ambition de l’Etat du Sénégal est de faire en sorte que lorsqu’un cinéaste tourne ici son film, qu’il puisse le monter au Sénégal, faire l’étalonnage ici et tout ce qui suit. Faire en sorte qu’on cite le Sénégal parmi les plus grands pays de cinéma, les pays qui ont les meilleures politiques en matière de cinéma. Nous n’entendons pas alors donner à une seule personne beaucoup d’argent pour produire un film.

Comment expliquer l’absence de long métrage sénégalais là où d’autres pays, comme le Burkina par exemple, ont octroyé un financement de 500 millions de francs Cfa à un réalisateur pour lui permettre de participer ?

Au Burkina, ils ont fait une option de 500 millions de francs Cfa là où l’Etat du Sénégal met 2 milliards par an. Et le jeune qui veut faire un court métrage ? Il n’a pas droit à de l’argent ? En quoi il est différent de quelqu’un qui veut faire un film commercial, qu’il va aller vendre partout ? Je n’ai aucun complexe à me faire par rapport à cette «absence». On refuse de prendre 500 millions pour donner à quelqu’un tant que je suis ministre. Pourquoi prendre le tiers des subventions et le donner à quelqu’un pour un film ? Ce n’est pas l’option actuelle du gouvernement sénégalais. Elle est de faire une disposition, une allocation rationnelle par rapport à plusieurs priorités dont la formation, l’encadrement, la mise en place de mécanismes et la production. Mais la production n’est pas l’essentiel. Dans le futur, on arriverait à trouver d’autres mécanismes de financement comme cela se fait en France par exemple avec l’industrie privée. Et retenez que quelqu’un qui a une industrie qui va créer un film pour aller le vendre, celui-là ce n’est pas à nous de le financer. On l’aide. L’industrie cinématographique est privée. Quand un privé s’engage, il doit avoir tous les éléments et les moyens de sa politique. L’Etat peut venir ensuite aider. Pour ce qui est de l’absence, les réalisateurs ou producteurs ont eux-mêmes expliqué les raisons de leur absence. Ils n’ont pas de longs métrages ou n’ont pas terminé.

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