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Les accidents par mines et les nouveaux bombardements opérés par l’Armée au niveau de la bande frontalière de la zone sud-est de Ziguinchor et Goudomp ont occasionné un coup de frein quant au retour des déplacés de 14 villages dont les populations ont connu près de 30 ans d’errance. Une situation qui ne laisse pas insensible l’Agence nationale pour la relance des activités économiques et sociales en Casamance (Anrac) qui s’était beaucoup impliquée dans la matérialisation de ce projet de retour. Son Dg Ansou Sané s’explique.

Le projet de retour des déplacés de la zone sud-est des départements de Ziguinchor et Goudomp semble pour l’heure abandonné du fait des derniers soubresauts notés dans ce secteur. Que vous inspire une telle situation ?
En effet depuis quelques mois, une forte dynamique de retour des populations a été notée, notamment celles situées dans les communes d’Adéane et de Boutoupa Camaracounda. Au total, c’est près de 14 villages qui sont dans cet élan. Cela, après 28 ans vécus dans des conditions difficiles à tout de point de vue, dans une situation de déplacement. Bissine a enclenché ce processus et tous les acteurs impliqués dans la préparation de ce retour avaient, dans une démarche de concertation, travaillé à donner corps à ce processus. Je voudrais rappeler que s’agissant du village de Bissine, il s’agissait dans un premier temps de réaliser des opérations de désherbage des champs abandonnés pour préparer la saison des pluies avant d’entamer pleinement le retour à la fin de l’hivernage. Malheureusement, il s’est produit des incidents avec des éléments de l’Armée qui ont sauté sur des mines à l’occasion des opérations de sécurisation de la zone. D’ailleurs, je voudrais renouveler toutes mes condoléances aux victimes qu’on a enregistrées et souhaiter un prompt rétablissement aux blessés. Cela me permet aussi de dire que le mouvement de retour doit être concerté, partagé et impliquer toutes les personnes ressources et les structures susceptibles d’y contribuer dans le respect des missions et prérogatives appartenant à chacune d’elles. Et c’est cela notre principal défi dans cet élan. C’est pourquoi, actuellement, nous mettons à profit ce contexte pour davantage préparer ce processus avec les populations, les autorités concernées, mais aussi avec certains programmes tels que le Puma et le Pudc pour l’accompagnement des populations. D’ailleurs le ministère en charge de la Jeunesse, à travers son service régional à Ziguinchor, nous a manifesté sa volonté d’apporter sa contribution à ce retour par la construction de latrines et de foyers pour les populations. Ce qui est extrêmement important et nous remercions tous ces acteurs qui, de par leurs actions, matérialisent la nécessaire complémentarité que nous, structures de l’Etat, devrons jouer pour apporter des réponses aux préoccupations légitimes de ces populations. D’autres acteurs ont manifesté ce même intérêt. Je veux nommer, entre autres, l’organisation Dynamique de la paix en Casamance qui joue aussi un rôle important dans la mobilisation des jeunes dans le combat pour un retour de la paix.

Malgré les derniers af­fron­te­ments entre l’Armée et les combattants d’Atika, les populations semblent dé­cidées à regagner leur terroir. Quelle est la position de l’Anrac par rapport aux exigences de ces communautés ?
Dans ce contexte, naturellement comme vous l’imaginez, le processus a connu un coup de frein et nous avons travaillé avec les autorités et les populations pour suspendre toutes les activités préparatoires à ce retour. Nous avons ressenti de leur part un sentiment de regret, mêlé à une détermination à retourner dès que les conditions sécuritaires s’y prêteront. Toutefois, leur sécurité est primordiale et nous nous réjouissons de savoir qu’elles en sont très conscientes en dépit des difficultés qu’elles éprouvent. Il faut dire que le statut de déplacés rime avec beaucoup de difficultés pour ces populations qui, en un seul jour, étaient obligés de tout quitter pour fuir des situations de combat dans leur localité. Pour la plupart, elles ont retrouvé des familles d’accueil, elles-mêmes démunies, dans des agglomérations de Ziguinchor, de Gou­domp, ou dans des villages offrant beaucoup plus de sécurité. Autrement dit, les charges liées à la nourriture, au logement, à la santé et à l’éducation augmentent pour ces familles sans que leurs revenus ne connaissent une amélioration. De même, il est admis que les déplacés éprouvent d’énormes difficultés dans leur réinsertion. Et selon qu’ils sont en ville ou en campagne, ces difficultés sont pesantes. Beaucoup d’entre eux ont été dans des situations où ils doivent mendier pour survivre. Ce qui est contraire à la dignité du Casamançais, connu pour son amour du travail qui lui procurait en tout temps une autonomie alimentaire.

Comment l’Anrac compte accompagner ces populations qui sont aujourd’hui dans un total désarroi ?
Comme vous le savez, l’accompagnement des déplacés ainsi que leur réintégration sociale et leur réinsertion économique font partie des missions dévolues à notre agence. Je rappelle qu’il y a deux ans, nous avons mis à la disposition des déplacés de retour du Nord-Sindian des subventions pour les accompagner dans des activités de réinsertion, notamment dans l’aviculture et la réalisation de mini-fermes. Il en est de même pour les déplacés de Goudomp et ceux du département de Ziguinchor. Dans la même dynamique, l’Anrac a aussi financé un projet de réinsertion des femmes victimes de mines pour contribuer à leur autonomisation. Nous suivons tous les bénéficiaires en rapport avec les autorités locales dans la mesure où dans toutes ces localités, un comité de suivi et d’encadrement a été mis en place par l’autorité. Le président de la République est aussi très attentif au sort des personnes impactées par le conflit. C’est pourquoi il a donné des instructions à des programmes tels que le Puma, le Pudc et le Ppdc afin d’accorder dans leurs interventions une attention particulière aux localités qui abritent des déplacés de retour, en veillant à la mise en place d’infrastructures sociales de base. D’ailleurs, nous travaillons avec tous ces programmes pour apporter une réponse coordonnée à la préoccupation de ces populations. Enfin, je dois dire que nous sommes en train de finaliser l’élaboration d’un Programme de réinsertion et de réintégration des déplacés du département de Ziguinchor. Ce programme nous permettra de faire la situation de référence de ces populations et d’identifier tous les besoins liés à leur retour. Il s’agira sans nul doute d’un document de référence qui permettra de créer les conditions d’une meilleure articulation des interventions de l’Etat et des partenaires au profit des déplacés.

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