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Un an après la mort de leur camarade Mouhamadou Fallou Sène, les étudiants de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis réclament toujours justice. A la veille de la célébration du premier anniversaire de cet évènement tragique prévu ce matin, les Sanarois ont aussi décidé de déposer les armes et invitent l’Etat à s’impliquer et à prendre ses responsabilités pour que des solutions soient trouvées à leurs problèmes.

Ce fut une année d’espoirs, d’attentes et de tensions. Un an après la mort par balle de Fallou Sène, tué le 15 mai 2018, c’est le statu quo. Pas d’arrestations. Donc, les étudiants de l’Univer­sité Gaston Berger de Saint-Louis (Ugb) se sont rendus à Patar chez les parents de Fallou Sène pour réitérer leur engagement à faire jaillir la vérité dans cette affaire. Hier, ils l’ont réitéré au cours d’une marche pacifique pour dénoncer les louvoiements du gouvernement. Le président de la Coordination des étudiants, Daouda Sagna, qui porte le combat, ne flanche pas : «L‘Etat n’a pas du tout respecté les engagements qu’il avait pris au lendemain de la mort de notre camarade. Nous interpellons solennellement le président de la République pour qu’il donne des instructions au ministre des Forces armées pour que ce dernier à son tour donne des instructions au procureur de Dakar afin que ce dossier puisse avancer.» Parce que jusque-là, le dossier transmis au Parquet de Dakar n’a connu aucune évolution alors que le présumé tireur aurait été identifié. Mais les ordres de poursuite n’ont jamais été signés pour enclencher la bataille judiciaire.
En revanche, les étudiants ont, dans un souci d’apaisement, décidé de surseoir aux journées sans tickets illimitées qu’ils ont décrétées depuis plusieurs semaines afin de protester contre l’insalubrité provoquée par les dysfonctionnements du réseau d’assainissement de l’Ugb. Daouda Sagna explique les dessous de cette décision : «Les étudiants ont fait violence sur eux en prenant cette mesure dans le seul but d’appeler des autorités, surtout internes, à dialoguer. C‘est dans le dialogue et la concertation que des solutions peuvent jaillir.» Dans une dynamique qu’ils qualifient de prospective, les étudiants de Saint-Louis invitent dans la même lancée les autorités locales, universitaires et politiques à renouer le fil du dialogue. Pour eux, le contexte actuel de l’université ne donne plus aux acteurs concernés le droit de poser des actes allant dans le sens de bloquer les enseignements. «Tous les actes qui devaient être posés l’ont été et actuellement il ne reste plus que la pédagogie. Tous les étudiants ont pris conscience du retard accusé dans le temple du savoir. Et pour cette raison, nous invitons l’Etat à prendre ses responsabilités pour régler les problèmes qui, jusque-là, empêchent l’université de jouer son rôle, c’est-à-dire de diffuser le savoir», détaille M. Sagna.
Aujourd’hui, les revendications des étudiants de l’Ugb sont simples : l’évacuation des eaux des fosses septiques qui coulent dans le campus, le fonctionnement des Wifi, la réfection de la voirie interne. «Il faut régler ça parce que l’Ugb a obtenu 8 kilomètres de routes, mais jusque-là ce sont seulement celles menant vers le rectorat et le Crous et aux bureaux des autorités universitaires qui sont réfectionnées, alors que les étudiants marchent toujours sur le sable au campus social», poursuit M. Sagna. Lequel insiste sur la nécessité de régler ces questions urgentes et tend la main au nouveau ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation pour qu’il «s’implique aussi dans la recherche de solutions à nos problèmes». Ce matin, les étudiants prévoient d’organiser un récital de Coran et une procession jusqu’à l’endroit où leur camarade Fallou Sène a été tué.
Mouhamadou Fallou Sène est décédé lors d’affrontements entre étudiants et Forces de l’ordre en mai dernier au campus social de l’Ugb. Ce jour-là, les gendarmes avaient intervenu dans le campus sur réquisition de l’ancien recteur pour mettre fin aux journées sans tickets décrétées par les étudiants pour protester contre leurs dures conditions de vie. Cette tragédie avait paralysé l’enseignement supérieur public sénégalais avec des grèves dans presque tous les campus. En réaction, le Pré­sident Sall avait décidé d’augmenter les bourses qui sont passés de 18 mille à 20 mille F Cfa et de 36 mille à 40 mille F Cfa et de baisser les prix des tickets de restaurants.
cndiongue@lequotidien.sn

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