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Le Saes : «Les conditions ne sont pas réunies»
Les étudiants déversent leur colère dans la rue

Après avoir décrété une grève illimitée, les étudiants ont marché hier de la place de la Nation à la Rts. Nombreux et enthousiastes, ils ont réitéré leur principale exigence : le départ de leur ministre de tutelle, Mary Teuw Niane. Selon Alexandre Mapal Sambou, président de la Coordination des étudiants de Saint-Louis, une rencontre entre le chef de l’Etat et les délégations des universités est prévue le 28 mai prochain.

Une minute de silence à la mémoire du disparu. Puis une mise en garde de Ahmadou Bamba Diop : «Nous allons faire une marche pacifique mais les revendications restent les mêmes.» Top c’est parti pour des heures de marche. Destination Triangle Sud. Les étudiants sur place entament l’épreuve. D’autres camarades les rejoignent en masse au fur et à mesure. Ils sont nombreux et surtout déterminés à faire passer leurs messages. La plupart sont inscrits sur des pancartes, fièrement brandies par ceux qui sont devant, en face des caméras. «Nous sommes contents d’avoir mobilisé autant de personnes. Aujourd’hui tout le monde universitaire est là pour réclamer justice au nom de notre frère Fallou Sène», se félicite Amadou Niang.
Le visage suant, il vocifère pour que sa voix puisse avoir raison du vacarme. Avec sa main gauche, il montre son petit tableau blanc sur lequel est écrit en rouge : «10 millions de francs ne valent pas une vie. Plus jamais ça.» Ils marchent dans la paix, le cœur alourdi par l’énième perte d’un camarade. Cela n’empêche, ils chantent : «Etu­diants, combattants de la liberté.» Leurs voix harmonisées résonnent partout. Un moment d’émotion dans un contexte de lutte : «Avec la solidarité, on a démontré qu’on peut s’extérioriser sans commettre de dommages. Et c’est dans l’intérêt de l’étudiant. C’est émouvant de voir mes camarades marcher et chanter ensemble», apprécie l’étudiante Aïda Niane, habillée en rouge.
Elle n’est pas la seule d’ailleurs, c’est la couleur dominante. Plusieurs étudiants de Dakar, de Saint-Louis ou de Bambey ont arboré des tee-shirts avec un unique slogan : «Justice pour Fallou Sène, je m’engage.» Un engagement pour le changement mais aussi pour la paix. Sans méfiance, à côté de certains parents, ils poursuivent leur chemin. Tantôt, ils observent un temps d’arrêt pour remobiliser et ragaillardir la foule. Le tout devant leurs cibles d’hier et collaborateurs du jour : les Forces de l’ordre, chargées d’encadrer la manifestation. De temps en temps, les «ennemis jurés» marchent main dans la main. Enthousiaste, maillot de la même couleur, Mounirou Fall déplore la mort de Fallou Sène et interpelle l’Etat sur la gestion de la bourse des étudiants, souvent source de conflits. «Les autorités doivent avoir plus de considération à l’endroit des étudiants. Le minimum c’est de lui donner sa bourse à temps avant même qu’il ne le réclame», prône-t-il avant de courir rejoindre ses camarades. Les enseignants aussi étaient de la marche. Emmitouflé de sa toge jaune et noire de professeur, Malick Ndiaye, du département de Sociologie, exprime sa solidarité aux apprenants : «En 1973, lorsque j’étais en première année, il y avait la mort de Oumar Blondin Diop, aujourd’hui on parle de Fallou Sène. Mais qu’est-ce qui nous arrive ? C’est vraiment regrettable de tuer un étudiant dont le seul tort est de réclamer sa bourse.»

«Mary Teuw dégage»
C’est actuellement le maitre-mot des étudiants du Sénégal. C’est le point phare de leurs revendications. Egalement, l’une des conditions pour mettre fin à la grève illimitée décrétée depuis le décès de Mouhamadou Fallou Sène. Assis devant les locaux de la Radiotélévision sénégalaise, les responsables des mouvements se passent la parole. Leurs camarades écoutent religieusement les discours. Des instants de calme et de concentration souvent interrompus par des voix juvéniles qui crient : «Mary Teuw dégage, casse-toi, on en a assez.» Les autres suivent le rythme en levant leurs doigts puis terminent par des applaudissements. Les allocutions continuent, c’est au tour de Alexandre Mapal Sambou, président de la Coordination des étudiants de Saint-Louis. Calme et posé, il apprécie la situation : «Le président de la République a sanctionné le recteur de l’Ugb ainsi que le directeur du Crous. Mais, ce n’est pas suffisant Le problème est structurel. Les principales personnes impliquées sont les ministres Amadou Ba et Mary Teuw Niane. Nous exigeons leur départ et nous nous basons sur un argumentaire clair et fondé.» Son camarade Diène Ngom, président du Collectif des écoles et instituts de l’Ucad est catégorique : «Nous allons maintenir le mot d’ordre de grève jusqu’à satisfaction. Nous avons cessé nos stages et toutes les activités pédagogiques. Toutes les personnes impliquées dans cette affaire doivent partir.»

Le point sur la rencontre avec le chef de l’Etat
Ceux qui avaient loué l’élan de solidarité des étudiants, se sont vite interrogés sur le ndogou au palais avec une partie des étudiants. Faisant partie de la délégation reçue par le président de la République, Alexandre Mapal Sambou déplore une tentative de déstabilisation : «Je ne peux pas accepter que certains veuillent semer le trouble dans le milieu estudiantin. Les gens qui parlent de division ont tout faux. Je le répète encore, c’est faux. Nos exigences d’hier sont celles d’aujourd’hui. Nous avons organisé et réussi notre marche, le combat est le même pour tous les étudiants», dit-il tout en annonçant l’imminence d’une audience élargie : «Nous avons harmonisé nos positions avec tous nos camarades et je parle sous le contrôle de ceux de l’Ucad. Au Palais, sur notre demande persistante, le président de la République s’est engagé à recevoir les délégations de toutes les universités le lundi 28 mai prochain», révèle-t-il puis s’en va. Après quelques pas, il se retourne et lance : «La marche est terminée.» Sifflet final. Les marcheurs rentrent avec un sentiment de fierté dans un moment de deuil.

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