PARTAGER

Il règne une ambiance de deuil à l’ancienne mairie de la Médina. Le chagrin est tatoué sur tous les visages. Brassards rouges attachés au biceps, pour manifester sa colère, le Collectif des sinistrés de l’incendie du Pavillon vert du Centre international de commerce extérieur du Sénégal (Cices) s’est rappelé ce triste événement survenu le 13 décembre 2015  au niveau de la Foire de Dakar. Cette nuit est gravée à jamais dans un coin de la mémoire de chaque victime. Pour certains sinistrés, c’est en plein sommeil qu’ils ont appris que leurs stands avaient pris feu. Conséquences de ces flammes, des millions de francs Cfa sont partis en fumée. Voilà que depuis une année que Alpha Amadou Thiam, porte-parole des sinistrés sénégalais et ses camarades sénégalais comme étrangers attendent la concrétisation des promesses des autorités du Cices. «Aucun engagement n’a été respecté par les autorités du Cices. Aucun sinistré n’a reçu un seul franc Cfa», s’est-il désolé.
L’attente de l’indemnisation est longue et devient insupportable surtout pour ceux qui avaient contracté des dettes à la banque. En dépit de cette situation, ils tiennent le coup. Il n’est pas question pour eux d’abandonner le combat sans rentrer dans leurs fonds. Face à la presse, ce mardi, Mme Diankha, présidente du Collectif des sinistrés du Burkina Faso est revenue sur leur calvaire. Elle raconte : «A un moment donné, on a été saisi comme quoi l’expert a décidé de faire une quotité de  40%. C’est-à-dire un remboursement de 60% sur tout ce que nous avons déclaré. Nous avons accepté.» Mais  à l’approche de l’édition de cette année, dit-elle, les sinistrés ont été rapprochés par les organisateurs de la Foire qui leur ont proposé un million, plus 9 m2 au lieu de 12 qu’ils avaient payés l’an passé. Cette proposition «gratuite» a été rejetée par la partie sénégalaise. Les étrangers eux n’ont pas craché sur cette belle occasion.
Mais une fois à Dakar, ils seront déçus d’apprendre que les stands ne sont pas à offrir gracieusement. Il faut débourser pour exposer ou plier bagages. «Nous avons été obligés de nous placer deux à deux dans un stand de 9 m2», a déploré la Burkinabé. Selon les sinistrés, la Fidak 2017 est un «fiasco total» à cause de la cherté des tickets d’entrée. A l’occasion de cette rencontre avec les journalistes, Alpha Amadou Thiam n’a pas raté le directeur général du Cices, Cheikh Ndiaye. «Au lendemain du sinistre, le directeur disait que le Cices avait une assurance. Ce sont des mensonges qui ont été mis sur pied, beaucoup de paroles cousues de fils blancs», poursuit M. Thiam. Avant de dévoiler un passage de la lettre qu’il avait adressée au Dg du Cices. Il dit : «Si vous pensez qu’on a perdu des miettes, vous vous trompez ! Je fais partie des gens qui ont perdu peu de bagages là-bas. Moi je vais le dévoiler aujourd’hui. J’ai perdu 17 millions 133 mille francs Cfa. Il y en a qui ont perdu des trentaines de millions, des vingtaines de millions.»
Après avoir saisi le chef de l’Etat, le président de l’Assemblée nationale, les chefs religieux et coutumiers du pays «sans succès», le collectif revient à la charge pour implorer le soutien des autorités. Voix étreinte par l’émotion, cœur meurtri, le ressortissant burkinabé, Mamadou Traoré, a lancé un message poignant. Il implore : «Je demande au directeur du Cices si il a un cœur, si il est un père de famille qu’il sache que ça peut lui arriver et qu’il sache que ce qui nous arrive aujourd’hui, n’est pas exclu que ça lui arrive demain». Au total, ils sont 38 Sénégalais, 132 étrangers victimes de cet incendie. La valeur des marchandises réduites en cendre est estimée à 632 millions de francs Cfa.
msakine@lequotidien.sn

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here