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La cérémonie de présentation du rapport annuel du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra), coïncidant avec la fin du mandat de son président, notre ami Babacar Touré, a été une belle occasion et un grand moment pour le Président Macky Sall pour évaluer le chemin parcouru par cette institution à laquelle il a confié de nouvelles et exaltantes missions et, surtout, rendre un bel hommage à son président sortant en des termes qui ont fait la fierté des parents, amis et de l’ensemble des professionnels du secteur des médias.
Madiambal Diagne, président fondateur du journal Le Quotidien, s’en est fait l’écho dans sa chronique du lundi 20 août, en des termes d’une qualité et d’une hauteur que personne ne peut lui disputer. Il convient toutefois de reconnaître que par l’allure conférée à la cérémonie, c’est le Président Macky Sall lui-même qui a bien donné le ton en lui imprimant un cachet affectif empreint de reconnaissance, d’amitié et de respect pour un homme qui aura marqué de manière indélébile l’histoire de la presse et des médias en général dans son pays, dans l’espace francophone et des pays en développement en général.
Pour avoir été pionnier et précurseur dans ce secteur stratégique dans le processus de construction d’une société de liberté et de démocratie, Babacar Touré mérite bien l’hommage qui lui a été rendu par le Président Macky Sall. Il aura en effet marqué tous ceux et celles qui ont vécu avec lui le contexte politique, social et culturel ainsi que l’environnement institutionnel de cette époque pour mesurer à sa juste valeur l’étendue du chemin parcouru, le génie et la somme des sacrifices consentis pour conduire à ce stade de démocratisation avancée de l’espace médiatique de notre pays.
C’est pourquoi les hommages du Président Macky, mettant en exergue les qualités intellectuelles et professionnelles de l’homme tout en insistant surtout sur les valeurs et les principes qu’il incarne, ont eu de l’effet sur tous les compagnons valeureux qui ont partagé l’aventure du groupe Sud, mais ont aussi suscité un profond sentiment de fierté partagée par tous les autres acteurs du mouvement démocratique engagés aux mêmes moments sur les mêmes causes dans les champs politiques, du social et du développement.
L’émergence d’une presse libre, mais surtout crédible dans les années 80, rendue certes possible par les ouvertures apportées par l’arrivée du Président Abdou Diouf au pouvoir, a eu un réel effet consolidant sur les acquis démocratiques qui étaient en gestation et qu’un environnement médiatique densifié a puissamment contribué à rendre irréversibles.
Ce sont ces bons combats pour une société de démocratie et de justice, libre et prospère que Babacar et ses compagnons du groupe Sud ont portés avec panache, sérieux et dans une grande rigueur professionnelle. C’est ce qui justifie dans l’opinion ce large sentiment de fierté partagée à travers les hommages du chef de l’Etat.
Dans notre contexte de fébrilité, d’invectives, de caractérisations grossières et de déballages, où on a le sentiment que la décence ou tout simplement la retenue sont en train de déserter l’espace public, le bel exercice d’échanges policés sur des sujets sérieux dans une atmosphère de sérénité et dans la plus grande élégance républicaine nous ont apporté la fraîcheur et la hauteur que les citoyens attendent de leurs dirigeants et de ceux qui ont la prétention de les gouverner. Et c’est précisément cette grande générosité dans les propos qui a donné encore plus d’éclat à ces moments de rappel d’un engagement commun au service de la Nation et des citoyens, engagement qui doit connaître un prolongement avec des résultats toujours plus probants à condition d’être porté par une relève digne des précurseurs.
Notre pays a connu un itinéraire politique singulier du fait d’une expérience institutionnelle marquée par la place prépondérante que nous avons tirée de notre statut particulier sous l’empire du régime colonial pour avoir été le siège d’un Etat fédéral ouest-africain. La forte participation des «originaires» du Sénégal à la vie politique française nous a valu une représentation au Parlement français depuis 1830, ce qui s’est naturellement accompagné de l’existence d’une presse écrite pluraliste et influente, reflet des courants politiques et d’opinions qui traversaient la société française de l’époque. Leurs prolongements dans notre espace fédéral se sont effectués à partir du Sénégal qui a toujours été une plaque tournante et le foyer ardent d’une vie culturelle, intellectuelle et politique d’une très grande intensité.
C’est cet héritage porté au cours des siècles par une élite de haut niveau, dans les champs intellectuels et spirituels, qui a donné naissance à la Nation sénégalaise d’aujourd’hui, riche de sa diversité, mais forte de son unité et d’un œcuménisme que le monde entier nous envie et que nous avons tous le devoir de préserver au-delà des contingences et des turpitudes de la vie politique.
Je pense que c’est le principal message qu’il est important de retenir du banquet républicain auquel a donné lieu la cérémonie que nous ont gratifiée le Président Macky et notre ami Babacar Touré.
Ils auront, j’en suis convaincu, le profond sentiment du devoir accompli si les messages portés et les images renvoyées devaient concourir à cette prise de conscience de nos responsabilités collectives à assumer pour maintenir le cap de ce Sénégal qui a toujours fait notre fierté.
Et sous ce rapport, les attitudes, postures et comportements des acteurs principalement dédiés à la prise de parole publique sont lourdes de conséquences devant un public de plus en plus jeune, avec un âge médian estimé à 22 ans, selon les experts sur ces sujets. On n’insistera jamais assez sur le fait que, bien avant et pendant l’époque coloniale, des hommes et des femmes de grande valeur ont consenti des sacrifices énormes pour résister à l’oppression, préserver notre identité et engager notre pays dans la voie de la construction démocratique d’une société juste, solidaire et prospère.
Ceux qu’on honore aujourd’hui ont été parmi ceux-là même qui se sont distingués dans ce combat pour y avoir apporté leur part de cœur et de génie. En gardant constamment à l’esprit les actes qui ont été fondateurs de la reconnaissance de la Nation et aux centaines de milliers d’autres acteurs connus ou anonymes qui y ont contribué, nous accomplissons un devoir de mémoire que nous devons sanctifier par des commémorations significatives qui sont aussi la marque des grandes Nations qui savent distinguer et valoriser leurs hommes et femmes de qualité.
Maître Babacar Niang aimait à répéter que «le droit à l’information, une information complète et objective, est fondamental, consubstantiel de la liberté d’opinion, fondement de toute démocratie».
C’est pour avoir joué un rôle déterminant pour le plein exercice et la défense résolue de ce droit que Babacar est aujourd’hui honoré par le Président Macky Sall et la Nation.
Nous nourrissons le grand espoir que son exemple sera source d’inspiration pour les générations actuelles et futures qui ont fait le choix du métier d’informer qui, comme celui de former et de soigner, est autant qu’une profession, une mission, avec les sacerdoces qu’il comporte et aussi les honneurs qui s’y attachent.
Abdou FALL
Ancien ministre d’Etat

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