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Police et habitants du quartier Dangou (Rufisque nord) se renvoient la balle à propos du décès suite à des blessures d’un individu lundi soir. Bavure policière ou lynchage populaire ? En tous cas, I. Niang, qui avait téléphoné à la police pour informer de la présence de l’individu chez lui, a été libéré hier, après plus de 96 h de garde à vue.

Il peut pousser un ouf de soulagement. En garde à vue pendant plus de 96 h, I. Niang a été libéré hier par les éléments du Commissariat de police de Rufisque. Son tort : avoir appelé les flics pour signaler l’intrusion d’un individu dans sa maison sise au quartier Dangou Nord (Rufisque nord). A sa sortie, il n’a pas voulu s’exprimer sur conseils de son avocat. En revanche, El Hadj Niang a raconté les dessous de l’arrestation de son frère. «Lundi vers 21 heures, un individu est entré dans notre maison. On a cru que c’était un voleur et les gens ont crié mais il ne s’est pas enfui et a refusé de sortir de la maison. Il disait que c’est ici qu’il habite et qu’il va y passer la nuit. I. Niang a essayé de le convaincre et c’est une fois qu’il l’a calmé qu’il a appelé la police pour venir à la rescousse», a-t-il enchainé pour retracer le film de lundi soir. «Quatre éléments de police sont venus à bord d’une fourgonnette et ont embarqué le gars qui faisait de la résistance. Ils l’ont alors sévèrement tabassé avant de le menotter pour le  jeter dans la voiture et partir», a poursuivi notre interlocuteur. «Moins d’une heure après, I. Niang a reçu un appel de la police lui faisant savoir qu’il devait venir là-bas pour signer une déposition. Une  fois au commissariat, on l’a arrêté sous prétexte que le gars est mort», s’est désolé El Hadj Niang qui dit ne rien comprendre de la situation. «Personne n’a levé la main sur le gars avant l’arrivée de la police donc s’il est mort suite à des blessures, c’est bien les policiers qui en sont les auteurs», a-t-il laissé entendre. La police, par la voix de la commissaire, a donné sa version. «On nous a signalé lundi un voleur au quartier Dangou et arrivés, nos éléments ont trouvé l’individu dans un état grave parce qu’il avait été battu par les habitants. Les éléments l’ont embarqué et avant même d’arriver au commissariat, il a succombé à ses blessures», a renseigné mercredi la commissaire Sanou Diouf. Elle n’a pas, pour autant, expliqué les raisons de la détention de I. Niang. Un argument qu’ont battu en brèche des habitants du quartier témoins des faits. «Si la police veut faire porter le tort aux habitants du quartier, c’est tout simplement pour se décharger. C’est eux (les policiers) qui l’ont battu ; sévèrement même devant tout le monde. Il y avait parmi eux un gars très costaud que j’ai bien reconnu parce qu’étant le plus en vue lors de la bastonnade», a témoigné Massamba Guèye. Même refrain entonné par Mbaye Dial, habitant en face de la maison des Niang. «Personne dans le quartier n’a touché le gars parce qu’on s’est rendu compte qu’on n’avait pas affaire à un voleur mais plutôt à quelqu’un qui présentait des signes de déficience mentale. Lorsque les policiers sont venus, le gars a fait de la résistance et ces derniers l’ont sévèrement battu avant de l’amener», a fait savoir le quadragénaire. La victime est un habitant de Keur Ndiaye Lô, d’après les informations reçues.
abndiaye@lequotidien.sn

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