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Skilz, flow, et technique de rap proche des Occidentaux, cela ne veut rien dire pour Mass. «Il faut faire une musique qui nous parle. En somme, une affirmation de notre identité est un préalable à toute reconnaissance internationale». C’est la conviction de ce rappeur qui vient de sortir un single intitulé «Wodou-Wodou». Véritable succès sur les réseaux sociaux, il est le premier pas de la création d’un mouvement qui veut succéder à l’Afrobeat en Afrique dans un premier temps et dans le monde par la suite.

Comme une traînée de poudre, le single Wodou-Wodou du rappeur Mass se partage sur la toile. En seulement deux semaines, ce clip caracole en tête des vidéos sénégalaises les plus regardées sur YouTube avec pas moins de 265 mille vues. Le rappeur qui assume (sa) différence avec les autres rappeurs avoue ne pas être un artiste comme eux. Il croit dur comme fer à cette philosophie de Steve Jobs : «Les génies créent et les artistes se l’approprient.» C’est dans ce contexte qu’il anticipe le déclin de l’Afrobeat et veut proposer une alternative : le Wolofbeat. Qui est un mélange succulent de sabar sur un beat hip-hop.
Dans son tube Wodou-Wodou, Mass en fait une démonstration. Il évoque dans le texte la crise des valeurs de manière générale. Un coup de gueule du rappeur qui dit en avoir «marre de Rihanna et du leggin» et propose une exploration du «mystère qu’entretiennent les pagnes africains». Trouvé dans un quartier huppé de Dakar, Mass explique son concept : «J’étais dans une voiture avec un copain. On aperçoit 2 femmes. Mon ami a été attiré par celle qui était en jean ou on voyait ses formes généreuses. Pendant ce temps, le mystère de celle qui était en pagne m’intriguait.» Tout naturellement, cette envie de découvrir cette femme a conduit le rappeur à accoucher «ses sentiments sur la musique dont les percussions sabar ont été réalisées par Papis Konaté». Un son assez original qui change la tendance. Si l’on en croit d’ail­leurs Mass, Wodou-Wodou n’est que le début d’une belle aventure. «Ce single est en prélude d’un album en optique qui va suivre la même tendance. Ça sera un mélange de rap et des percussions qu’on a baptisé Wolof­beat», a confié le natif du Baol.

Le Wolofbeat en vogue
Son intention est «d’affirmer notre identité». «Il ne sert à rien de vouloir ressembler à quelqu’un. Nous devons faire notre musique. Je n’ai pas suivi la tendance afrobeat parce que d’ici 5 ans elle  va tourner. Maintenant on doit travailler pour se positionner après l’Afrobeat. Et cela passe par la création d’un mouvement. C’est l’objectif du Wolofbeat», a insisté Mass. En effet, ce mouvement tant souhaité est en passe de se construire un socle. Nix, Ngaaka Blindé, Admow Flow et Maabo se sont déjà lancés dans le concept. Ils ont chacun au moins un single fait de Wolofbeat. Maintenant, il ne leur reste plus qu’à accrocher le public sénégalais qui, dans le passé, a montré une certaine réticence à l’idée de «sénégaliser son rap». On se souvient d’ailleurs que la réputation de Fata en a pris un coup, quand il a voulu démontrer que le tassu est l’ancêtre du rap. C’est donc évident que cette mission pour Mass s’annonce difficile et risquée. Il en est conscient, mais il croit fermement que le salut du rap galsen se trouve dans ce nouveau genre.
Pour Mass, le Wolofbeat est même un «mode de vie». «Il ne s’arrête pas qu’à la musique. Certes c’est un investissement, mais au bout on peut en tirer quelque chose. Dans ce clip, j’avais confectionné à mains levées des tee-shirts, des pantalons et des casquettes, mais depuis une semaine mon téléphone n’arrête pas de sonner. La demande est là, il faut savoir tirer son épingle du jeu tout simplement», tente-t-il de convaincre.
Mass a été membre du groupe Black Diamonds, 2 fois nominé au Kora awards. Après le succès de Safulo, le groupe s’était disloqué. La raison : Gaindé Fatma voulait faire de la musique un métier et Mass voulait en faire une passion. Après, chacun d’eux a sorti son album solo. Mass est aussi devenu producteur de films. Il a lancé la série Dakar division X. Quand Mass enfile sa casquette de rappeur, c’est toujours pour exprimer sa différence avec ce qui se fait. En témoigne son tube Xam nga 1 milliard, ce single qui avait émerveillé le Sénégal entre dans ce sillage.
mgaye@lequotidien.sn

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