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Le Sénégal est un grand pays consommateur de poisson. Cette ressource halieutique est aujourd’hui détournée au profit d’une industrie qui la transforme en farine et en huile pour l’exportation. Difficile d’établir avec exactitude le nombre de tonnage, mais il est estimé à des milliers de tonnes pêchées dans les eaux ouest-africaines. En 10 ans, le tonnage a doublé. Ce sont là des révélations du dernier rapport de l’Ong Greenpeace, présenté à la presse, hier à son siège à Mermoz. Selon le rapport, la sécurité alimentaire est menacée par l’industrie de la farine et de l’huile de poisson en Afrique de l’Ouest. En effet, au Sénégal, ces usines sont au nombre de 8 dont 4 en activité, 2 en construction, 2 temporairement inactive. En Mauritanie, le décompte a établi au total 39 dont 33 en activité et 6 temporairement inactives, pendant qu’en Gambie, il existe 3, toutes en activité. Il s’agit au total de 50 unités productrices de farine et d’huile. Alors le top 10 des importateurs de farine de poisson du Sénégal a révélé les chiffres suivants. Par exemple, pour l’Union européenne, en 2013, il a été dénombré 546 tonnes, en 2014, 1 199, en 2015, 2 094, en 2016, 1 959 et en 2017, 1 836 tonnes. Pour le cas du Japon, c’est 826, 1 801, 1 979, 1 618, 1 606 tonnes respectivement en 2013, 2014, 2015, 2016 et 2017.
Et dans le top 10 des importateurs d’huile de poisson du Sénégal concernant le monde, il y a eu 249 tonnes en 2013, 649 tonnes en 2014, 2 473 en 2015, 2 551 en 2016 et 2 604 en 2017. Les pays concernés sont la France, l’Italie, l’Espagne, le Danemark, le Portugal, la Belgique, le Chili, la République dominicaine, les Pays-Bas et la Nouvelle Zélande.

L’Ong veut la suspension des autorisations
D’après le document, il faut 4 à 5 kilogrammes de poisson frais pour fabriquer un kilogramme de farine de poissons. Le produit sert à alimenter les fermes piscicoles et les exploitations d’animaux d’élevage de ces pays cités. «Le rapport montre que dans des pays comme le Sénégal, il n’est pas acceptable d’avoir des unités de farine de poisson qui aujourd’hui prennent les sardinelles plates ou rondes, les ethmaloses pour les transformer en farine de poisson. Cela n’est pas acceptable. Des pays qui ont une dépendance alimentaire qui sont dans des situations parfois même d’insécurité alimentaire ne peuvent pas permettre aujourd’hui le développement de ces unités», a dénoncé Dr Ibrahima Cissé, responsable de la campagne des océans pour Greenpeace Afrique.
Au Sénégal pour l’année 2017, c’est 191 498 tonnes de sardinelle ronde, 127 085 tonnes de sardinelle plate, 15 735 tonnes d’ethmalose, soit 334 318 captures totales destinées à la fabrication de la farine et l’huile de poisson. Selon Greenpeace, aujourd’hui, la consommation de poisson en Afrique de l’Ouest est de plus en plus en baisse. On est obligé d’en importer. Ce phénomène ajouté à la croissance démographique, la pollution, les changements climatiques, à long terme, prévient M. Cissé, la situation va créer beaucoup de tension sociale. Déjà de nombreuses familles qui tirent leurs revenus des activités de la pêche comme la transformation sont impactées, car leurs productions sont au ralenti à cause de la concurrence. C’est pourquoi entre autres recommandations, Greenpeace de­man­de la suspension de toutes les autorisations, l’arrêt de l’implantation de nouvelles usines avant d’aller vers l’arrêt des usines.
msakine@lequotidien.sn

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