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Abdoualye Diouf Sarr.

La campagne de vaccination contre les papil­lomavirus n’a pas été une réussite à Dakar. Malgré un lancement en grande pompe, les résultats en termes de chiffres déçoivent. Sur une cible de 47 mille 027 jeunes filles âgées de 9 ans, seules moins de 6 000 ont été touchées. Ce qui fait un taux de couverture de 12%, alors que dans les régions il avoisine les 80%. Les autorités promettent de rectifier le tir.

Des manquements ont été notés dans la campagne de vaccination contre les papillomavirus (Hpv), responsables du cancer du col de l’utérus. Dakar a enregistré une contre-performance et n’a pas atteint les résultats escomptés. Et pourtant, se désole Dr Ousseynou Badiane, coordonnateur du Programme élargi de vaccination (Pev), c’est la capitale qui a donné les arguments qu’on pouvait commencer à vacciner les filles âgées de 9 ans contre le Hpv. Mais depuis le lancement en grande pompe de cette campagne en octobre par le Président Macky Sall, les responsables ont noté que sur les 11 districts que compte Dakar, seuls 5 ont commencé à vacciner les filles. Ce qui fait un taux de couverture relativement faible à Dakar avec seulement 12% pour le premier passage du vaccin et 1% pour le deuxième passage, renseigne Mame Diarra Diagne, superviseur à la région médicale de Dakar. Et au même moment, les régions ont atteint une couverture qui avoisine les 80%. «Qu’est-ce qui s’est passé pour que Dakar se retrouve à la fin du peloton ? Souvent, la capitale donnait le ton en termes de bons résultats et d’indicateurs de santé», a dit le tout nouveau gouverneur de Dakar qui promet un diagnostic sans complaisance de la situation au cours de ce forum.
Pour Dr Ousseynou Badiane, la campagne de vaccination a eu lieu dans un contexte défavorable, marqué par le mouvement d’humeur des prestataires et agents de santé qui ont boycotté les activités du Pev et refusé de vacciner les enfants. Pis, dénonce Mme Wane, ancienne inspectrice de vie scolaire, les prestataires ont véhiculé de fausses informations concernant l’efficacité du vaccin. Très remontée contre ces agents, Mme Wane estime qu’il faut dire les choses comme elles sont. «Quand un prestataire vient dans une école et dit aux élèves, ne prenez pas ce vaccin et saboter la campagne parce que tout simplement il est en grève et revenir plus tard pour dire aux enfants oui on vaccine, il y a problème», soutient-elle. Pour elle, le personnel de santé doit faire son mea culpa et parler aux populations pour les rassurer et rectifier le tir. Dr Badiane a également évoqué des résistances au niveau de certaines écoles privées. Et pourtant, relève-t-il, «ces écoles organisent des partenariats avec certains laboratoires pour vacciner leurs élèves avec un prix coûteux. Pourquoi ces écoles font confiance aux privés et non au système de santé ?», s’interroge le coordonnateur du Pev. D’ailleurs, un inspecteur dans la salle a demandé au gouverneur d’organiser une grande réunion avec le diocèse pour discuter et trouver des solutions ensemble.
Parmi les obstacles, les acteurs ont également noté une faible coordination entre les secteurs de l’éducation et de la santé. «Un manque de collaboration», plus précisément selon Dr Badiane. Tantôt «c’est l’Infirmier chef de poste (Icp) qui n’est pas disponible pour l’école tantôt c’est l’école qui refuse d’accueillir l’Icp, prétextant qu’il n’a pas reçu une note de l’Inspection d’académie autorisant la vaccination au sein de l’établissement». Une somme de contraintes donc qui font que Dakar traîne au moment où la maladie gagne du terrain chez la gent féminine. «Devrions-nous, pour des considérations subjectives sans fondement, laisser ces filles grandir sans se faire vacciner, les exposer à un cancer du col de l’utérus alors qu’un vaccin pour les prémunir est disponible et gratuit ?», se demande la chargée de communication du Pev. Les participants à ce forum dont la plupart sont des inspecteurs de l’éducation, des parents d’élèves et des médecins-chefs de district ont exprimé leur désarroi et promis de trouver des solutions dans les plus brefs délais, afin de réconcilier les communautés et le vaccin et au-delà les supplantations en vitamine A et en fer.
ndieng@lequotidien.sn

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