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L’approche de Grandmother project (Gmp-Changement par la culture) pour la protection et la défense des droits des enfants, des filles, en particulier dans le département de Vélingara, est en train de porter ses fruits. En cette période de réduction des déplacements et de fermeture des écoles pour certaines catégories scolaires, de risques de survenance de grossesses d’enfants et de tentation de les donner en mariage, des équipes de cette association, dont le Programme de développement holistique des filles, financées par l’Unicef, investissent les quartiers Nasroullahi et Hafia de Vélingara pour organiser des causeries avec des générations de jeunes filles, de grand-mères et de femmes en âge de procréation.
Mariama Kandé, assistante de développement communautaire à Gmp, et ses collègues ont réuni séparément dans des domiciles ces 3 générations du sexe faible sous l’ombrage d’un gros arbre, pour des séances de partage et d’échange avec des jeunes filles, des femmes en âge de procréer et des grands-mères. Assises sur des nattes, à la ronde, en plein air, à même le sol, masques couvrant le nez et la bouche, elles ont commencé par écouter le récit d’une histoire relative à la volonté d’un père de donner en mariage sa fille en classe de Cm2, âgée de 14 ans. Le prétendant est un émigré qui a promis de sortir la famille de la précarité une fois le mariage consommé. Il n’y eut que la grand-mère pour s’opposer à cette tentative délictuelle, selon la législation en vigueur au Sénégal. Les arguments contradictoires fournis par les 2 parents ont servi de prétexte pour des moments d’échanges entre les participantes. Les jeunes filles ont échangé entre elles, les femmes en âge de procréation entre elles, de même que les grands-mères, avec un agent de Gmp comme facilitateur.
Au terme des discussions, à bâtons rompus, la grand-mère Diouma Sow, la cinquantaine passée, explique : «Nous avons retenu que le papa a eu tort de vouloir donner sa fille en mariage. Non seulement elle n’en a pas l’âge selon la loi du Sénégal, mais surtout interrompre ses études est contraire aux intérêts de la fille. Le papa n’a considéré que ses propres intérêts pécuniaires immédiats.» Et puis la fille Khadidiatou Diallo, en classe de 5ème au Cem I de Vélingara, confiante et à l’aise face au micro, partage ses émotions : «Nous avons profité de l’histoire de cette fille qu’on a voulu donner en mariage pour parler des causes, des conséquences et des solutions aux mariages et grossesses précoces.» En tous les cas, ajoute-t-elle, «la fille ne trouve pas d’intérêt à se marier. C’est dangereux pour sa santé et plein de risques pour son épanouissement en tant que fille, mais aussi en tant future maman. Il faut que les parents apprennent à communiquer avec leurs enfants et à prendre leurs intérêts en compte».
Aujourd’hui, le principe du mariage forcé et précoce est rejeté par l’écrasante majorité de la population à cause de ses méfaits sur la santé et la carrière de la fille. Rassurée par les conclusions consensuelles retenues par les différents ateliers, Mariama Kandé avance : «Nous cherchons juste que les communautés puissent trouver des solutions consensuelles à leurs préoccupations les plus prégnantes. Ces causeries sont régulières et mettent en confiance les participantes et affinent leurs capacités d’analyse. Elles couvrent des thèmes aussi variés que la communication, le leadership, l’excision, la collaboration avec les enseignants, la promotion des valeurs culturelles positives. Il nous est arrivé de manière spontanée de parler de dépigmentation parce que l’occasion en a été offerte par une fille ‘’déviante’’, et même d’assainissement, parce préoccupant la communauté.»

 

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