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Pout. Une paisible commune dans le département de Thiès, à quelque 54 km à l’Est de Dakar. Une localité qui se distingue à travers son dynamisme dans la production et le commerce de produits agricoles. Particulièrement en ce qui concerne les fruits et légumes. Un  secteur rentable pour les braves femmes poutoises, qui s’investissent dans ce créneau porteur. Visite dans ce lieu de prédilection des voyageurs et autres routiers.

A quelque 13 Km de Thiès, tout près de l’usine de fabrique de batteries, Sigelec, on aperçoit une rangée d’étals sur lesquels s’exposent, à travers des caisses superposées, toutes sortes de fruits. On est bien dans la commune de Pout, qui abrite le centre commercial le plus riche de la zone centre. Localité où le commerce reste la principale activité. Particulièrement, la vente de fruits et légumes, qui occupe plusieurs centaines de jeunes et de femmes de ladite localité.
Au marché de la Gare routière, en plein cœur de la Route nationale 2, le soleil était tout haut et Marème Faye marchait sur son ombre. Vêtue d’une taille basse, juste sur le corps, qui moulait son torse robuste et d’un pagne noué sur le côté droit. Dans une démarche assez pressée, elle se dirige vers son étal.  «Ici, celui qui est le plus rapide écoule mieux sa marchandise», nous confie-t-elle. Tout près d’elle, une de ses camarades, Nar Mbaye, une femme courte sur pattes, chauve, le crâne en dos d’âne, bourre ses sachets en plastique d’oranges «clémentine» achetées non loin, à Diamniadio. Le front plissé de rides, notre vaillante invitée qui présente un profil de femme fatiguée, de confier, le sourire aux lèvres : «Je ne me rappelle pas exactement la date où j’ai commencé à m’intéresser à ce petit commerce de fruits. Je me souviens juste que je suis née et ai vu les gens se livrer à ce commerce, et je me suis embarquée.» Nar Mbaye indique que le commerce de fruits, particulièrement la clémentine, marche plus pendant les week-ends et autres événements religieux et nationaux. «Chaque jour que Dieu fait, j’arrive sur les lieux de travail avant 10h pour ne rentrer qu’au-delà de 21h. Je suis aidée dans le travail par ma fille cadette, et parfois, surtout les week-ends et les fins de mois ou autres événements (religieux, nationaux), ensemble, nous vendons plus de 5 000 F Cfa. Toutefois, il arrive des fois qu’on rentre avec de modiques recettes : 1000 F Cfa ou 2000 F Cfa. Je rends grâce à Dieu parce que cela me permet de régler certaines dépenses quotidiennes.» En ce début de campagne commerciale de la clémentine, Nar dit acheter la caisse à 12 000 F Cfa «parce que ça vient juste de démarrer», dit-elle. «La campagne démarre juste après l’hivernage. Il n’y a pas de clémentine pendant la saison des pluies», ajoute brusquement Diémé Sène.
La lumière du jour était cruelle pour cette grande dame sèche comme un tronc d’arbre. Ce sérère bon teint de faire remarquer pouvoir écouler facilement une caisse acquise à 12 000 F. Et de poursuivre : «Il m’arrive de rentrer souvent avec 10 000 F, parfois avec 3 000 F, mais rarement, bredouille.» Yacine Ndiaye, elle, une autre vendeuse de renommée, soutient : «Depuis 3 ans, la vente de clémentine est au ralenti à Pout. Je ne vends pas par jour plus de 2500 F alors qu’auparavant, je pouvais facilement m’en sortir avec plus de 5 000 F/jour.»

Doléances
Assise confortablement sur sa chaise, à l’entente d’une cliente, Yacine Ndiaye, à quelque 10 pas de Diémé Sène, est visiblement débordée depuis le rappel à Dieu de son mari. Après le deuil, elle s’est tristement sentie seule avec ses enfants. Résignée qu’elle est à assumer la nouvelle responsabilité familiale. En 11 ans, elle a eu le temps de se mesurer et d’apprécier, à sa juste valeur, le poids de telles responsabilités. «Aujour­d’hui, je suis méconnaissable, le dur labeur dans ce commerce m’a usée», lâche-t-elle. Le dos voûté, la poitrine creusée, notre pauvre commerçante, lorsqu’elle marche, de ressembler à une vieille femme, la tête, tel un fruit lourd, s’inclinant vers le sol. L’agréable exaltation, comme l’euphorie qui l’avait envahie dès le début, n’est, maintenant, qu’un lointain souvenir. «Je ne pouvais jamais imaginer rentrer, un jour, sans un sou, et regarder en face les enfants. Je devais continuer de me battre et de jouer mon rôle de mère. Je devais tenir bon. Dieu merci, ils ne leur manque de rien malgré mes maigres bénéfices.» Pour cette habitante de Pout Mbayène, «la vente de clémentine se porte à merveille malgré quelques petites difficultés». Des difficultés liées surtout au pourrissement du fruit. «La clémentine pourrit vite. Elle ne peut rester plus de quatre jours dans un sachet en plastique. En période de chaleur surtout.» Raison pour laquelle Nar Mbaye, elle, dit acheter une seule caisse par jour. «Si j’en achète beaucoup, la marchandise risque de pourrir dans mes bras, sans se vendre.» Marème Faye, pour sa part, soutient que cela leur cause beaucoup de problèmes. «Nous avons un bénéfice de 3 000 F Cfa par caisse. Si donc une partie de la caisse pourrit, nous courons des pertes énormes. Et cela, malheureusement, arrive très souvent», dit-t-elle. Ainsi, les femmes de Pout insistent-elles sur la  nécessité d’installer des chambres froides ? Aussi, souhaitent-elles l’électrification de leur lieu de commerce ? A en croire ces braves dames, leur lieu de travail ne souffre d’aucun problème de sécurité. La brigade de la gendarmerie demeure tout près du marché. Toutefois, ces dernières ne manquent pas de déplorer le manque d’électricité sur lesdits lieux. «Avec le poste de gendarmerie à côté, il n’y a presque plus de voleurs. A cela, s’ajoute la construction de dos d’âne pour le renforcement de la sécurité routière. Avant, il y avait beaucoup d’accidents mortels à cause de la course poursuite entre les marchands et les voitures, mais depuis l’installation des ralentisseurs, nous ne connaissons plus beaucoup d’accidents. Aujour­d’hui, seulement l’électricité nous manque», insiste Marième Faye. Et soudain, notre interlocutrice d’interrompre la conversation pour aller s’occuper d’un client plein aux as, à bord d’une rutilante 4/4 qui vient juste de se pointer tout près de l’unique poteau d’électricité qui alimente le marché. Sur un tout autre registre, Diémé Sène demande la finition de la construction des travaux des tentes en zinc établies par la mairie. «En période d’hivernage, nous souffrons beaucoup du fait des intempéries. Nous sommes tout le temps trempées, et les fruits pourrissent. C’est un projet qui est resté inachevé, délaissé à tort aussitôt après les élections», lance-t-elle à l’attention de la mairie dirigée par Moustapha Sarr. Avant la «clémentine», la mangue s’était installée durant plusieurs mois.  Pour simplement dire que les commerçantes  de Pout, particulièrement celles des villages de Mbissao, Gap, Palale, Lelo, Sagnafil, Khodoba, Laine, Khinine,  ne chôment guère.
nfniang@lequotidien.sn

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