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Karim Xrum Xax, de son vrai nom Abdou Karim Guèye, a échappé à une condamnation à la peine ferme. Il a été certes reconnu coupable du délit de provocation à un attroupement non animé, mais il va juste payer une amende de 50 mille francs Cfa.

Karim Xrum Xax est libre, après plusieurs jours de détention. De son vrai nom Abdou Karim Guèye, l’activiste a été condamné hier par le juge du Tribunal d’instance (Ti) à payer 50 mille francs Cfa d’amende au Trésor public. Il a ainsi échappé à une condamnation à la peine ferme. Il a été en effet reconnu coupable du délit de provocation à un attroupement non animé. Il a été arrêté le lundi 25 février, lendemain de la Présidentielle. Dans un live Facebook, il incitait les Sénégalais à venir le rejoindre à la mythique Place de l’Indépendance, au centre-ville pour, dit-il, manifester face au «forcing» du Président sortant Macky Sall. C’est en plein direct qu’il a été mis aux arrêts par des éléments de la police.
A la barre, le rappeur s’est montré beaucoup plus sage qu’au moment de son direct sur le réseau social. «Je n’ai jamais eu l’intention de créer une quelconque violence dans ce pays. J’ai tenu ces propos dans le but d’alerter sur le fait que le Premier ministre (Mahammed Boun Abdallah Dionne) n’a aucunement le droit de proclamer des résultats. Je n’ai pas fait d’appel à la violence. J’ai appelé les citoyens à venir me rejoindre pacifiquement. Je n’ai jamais insulté», a déclaré le prévenu devant le juge.
Par ailleurs, le rappeur a expliqué qu’il n’est pas à son premier post. Il a soutenu qu’en tant que «lanceur d’alerte», il fait très souvent des lives sur des questions citoyennes pour éveiller les consciences. D’ailleurs, pour montrer qu’il n’a été animé d’aucune volonté à porter atteinte à l’ordre public, il a réitéré qu’il n’était armé ni de couteau ni de machette ni d’aiguille. Mais le juge lui a rappelé l’arrêté Ousmane Ngom, du nom de l’ancien ministre de l’Intérieur du Président Wade, qui interdit toute manifestation de l’avenue Malick Sy au Bloc des Made­leines. «Objectivement, c’est de l’enfantillage ce que vous avez fait. Si vous avez quelque chose à dénoncer, allez à la télévision ou à la radio», dira le procureur au prévenu. Et avec ironie, le juge lui a demandé s’il n’est pas seul membre de son mouvement «Nittu deug». Il a répondu par un «non» avec un petit sourire aux lèvres. La salle bondée de monde a répondu à cette question par des claquements de doigts comme pour dire que Karim Xrum Xax n’est pas seul dans son combat. Après le retour au calme, le juge ajoutera cela : «Vous êtes un lanceur d’alerte. Alors, il y a une façon de le faire. Conformez-vous à la loi !»
Toutefois, pour le maître des poursuites, le mis en cause a tenu à l’encontre du Pm des «propos injurieux, irrespectueux même s’il n’a pas été déféré pour ça». Et de renchérir : «Il n’a ni la légitimité ni le droit d’agir de la sorte. C’est de l’enfantillage, cela n’enlève en rien la gravité des faits qui lui sont reprochés, des faits constants dans la mesure où le prévenu les a reconnus sans grande difficulté.» Pour la répression, le procureur a requis une peine d’un mois de prison assorti du sursis, couplée à une amende de 100 mille francs Cfa.
Dans sa réplique, la défense a demandé au Tribunal de placer l’affaire dans son contexte, c’est-à-dire la situation postélectorale. Il a réagi, disent les avocats, suite à la déclaration du Pm tenue la veille et qui crédite Macky Sall de 57%. Il faut rappeler que Ma­hammed Boun Abdallah Dionne a fait sa sortie après celle de l’opposition qui avait soutenu qu’un second tour était inéluctable.
Pour Me Alioune Badara Ndiaye, son client a dit «tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. C’est une déclaration à chaud, basée sur ses sentiments. Il n’y a pas de dérives verbales. Monsieur le président, privilégiez l’apaisement ! Il ne faut pas encore noircir davantage le tableau de la démocratie». Et pour son confrère Me Aboubacry Barro, ce qu’a fait le prévenu «n’est pas de l’incitation à la révolte, il a fait de la sensibilisation. Il ne faut pas confondre. L’Etat a peur de la sensibilisation de masse. Ce qu’il a fait n’est pas de l’enfantillage. L’Etat doit être sérieux. Abdou Karim Guèye est victime de sa citoyenneté».
De l’avis de Me Sow, leur client est «en rébellion contre l’oppression, contre ceux qui violent la loi sans être sanctionnés. C’est une réponse au Premier ministre qui s’est arrogé le droit de donner des résultats en violation flagrante de la loi électorale».
msakine@lequotidien.sn

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